CHAPITRE LXXXVL
CoMMBirT LK sBiaiTEUR DE Lauhot, le sbigaeur db Hu-
MIÈBBS ET MES8IRB JaCQUBS DB LlLâlH AIXkRBHT GOUBRB DBVANT LOCRB ; ET DU GRAND DAHGSB BT Pi. llLj EN QUOI FUT CELUI MESSIRE JaCQUSS DB hàlASM, DUQUEL IL ÉCHAPPA PAR SA GRANDE' PROUBSSR: KT DU BELLES APPERTISES d' ARMES Qu'lL T HT.
Or advint que le dix-huitième jour du mois, qui fut le jour de rAscension , furent courre en pa^ d*enneniis le seigneur de Lannoj, le seigneur de Humières etmessire Jacques de Lakdn, tonstmis chevaliers de Tordre de la Toison-d*or; et avec eux le seigneur de Fretin , messire Jeam bâtard de Renty, et Morlet de Rentj) lesquds avaient environ quatre cents combattants en leur oompagnis, et allèrent en un village de Tentrée du pays delrVail, nommé Locre, qui étoit gardé par monlt grand nombre de gens tenants le parti des Gantois, letquels avoient fait plusieurs boulevards, et fivtifiék dit village, et avoient en plusieurs lieox roaapnk chemin et fossojé. Pour laqudle chose, et ana doutants le fort et mauvais pajs, iœnx chevalkn dessus nommés avoient mené avec eox dix vrierspour refaire les chemins. Si tant, quHls se trouvèrent au premier fort q[ne kl Gantois gardoient: mais iceux Gantois ne tiucntai
le premier, ni le second , ni le liers, ni quart boulevart, et se mirent tous en fuite et se retrairent (retirèrent) à celui village de Locresqui étoit fortfossoyé, et boulevarqué, comme dessus est ditj et si y avoit une moult belle église, là où la plupart des Gantois se retrairent. Les chevaliers dessus nommés passèrent et allèrent jusques au dit village deLocre et assaillirent le boulevards de Feutrée d'icelui village, et tantôt queGantois virent qu'on les assailloit,ils se mirent en fuite et se retrairent, les aucuns dedans l'église de la ville, et les autres passèrent un pont oiipassoit une grosse rivière nommée le Drosne, venantdu pays de Wastjet cuidèrent(crurent)iceux Gantois garder le pont , lequel ils a voient dépecé et rompu, et dessus ils avoientmis une étroite planche, par où gens de pied ne pou voient passer, fors à moult grand danger jet là avoient deux bateaux, et dedans arbalétriers pour garder le dit pont et passage qui étoit levé; et étoit l'une des entrées du pays de Wast, lequel pays les Gantois sur tout rien désiroient et vouloient garder, carc'étoitle pays dont ils avoient leurs vivres , aide et conforty pour laquelle cause ils doutoient et craignoient à le perdre. Mais quand messire Jacques de Lalain et autres nobles hommes qui avec lui étoient, virent que Gantois abandonnoient l'entrée d'icelui village de Locre^ ils passèrent outre un fossé, où il y avoit très mauvais passage et dangereux j et suivirent iceux Gantois, tant à pied comme à cheval, jusques auprès d'icelle église où Gantois fuyoient, les aucuns et les autres au pont:auquel pont compença
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une moult grand* escarmouche d'ioeux Gantois, qui étoient outre Peau , à Tencontre des gens du doc de Bourgogne, lesquels voyants Gantois ainsi eox mettre à défense, se mirent à assaillir le pont. Et là fut le premier qui assaillit le pont, un écujer de Bretagne^ lequel étoit nommé Jean de la Forêt. Et pendant le temps qu^on assailloit le pont, qpi moult dangereux étoit, une trompette, qui avec eux étwt, trouva un guet sur la rivière de Drosne, par on messire Jacques de Lalain passa, et bien œnt hom* avec lui^ et quand Gantois le virent passer^ ils se mirent tous à fuite et se sauvèrent es bois et is marais.
Or retournerons à parler de rordonnanœ- que les trois chevaliers dessus nommés firent touchant la conduite des gens de guerre durant la dite course. Vrai est que messire Jacques de Lalain et Morletde Rentj, avoient la charge des oonrcon pour aller devant et défendre à pied si besoin étoit, et messire Jean le bâtard de Renty avoitb charge des archers; le seigneur de liumières elle seigneur de Lannoy avoient la charge de la bataille. Et pour revenir à parler du village de Locrc, quand messire Jacques de Lalain et Morlet de Rentj eurent passé l'entrée du dit village après les Gantois qui s'enfuy oient, comme dessus est dit, et chassé les uns droit à l'église et les autres au pont, messire Jean de Renty passa atout (avec) un nombie d'archers de sa conduite, et alla tout droit à une rue croisée, dont l'un des chemins alloit tout drmt à la dite église, et l'un des autres chemins à la dite
rivière, et là se mit une espace de temps, auquel liea il étoit bien séant pour la venue d'iceux Gantois, lesquels étoient bien de trois à quatre cents retraits (retirés) en cette église: et quant au seigneur deHumières et au seigneur de Lannoy, ils ne passèrent point le mauvais passage et demeurèrent les enseignes à la bataille avec eux. Messire Jacques de Lalain , après ce qu'il eut passé la dite rivière et chassé les Gantois qui s'enfuyoient autant comme ils pou* voient courre dedans les bois, et Picards après qui les mettoient à mort autant comme ils en pouvoient acconsuivir (atteindre), repassa la rivière et rentra dedans le dit village de Locre, oii il trouva messire Jean le bâtard deRenty à la dite croisée du chemin, qui tout droit alloit à la dite église, et lui commença à conter d'icelle rivière, et comme ils y avoient trouvé un guet. Et ainsi comme ils se devisoient ensemble, le seigneur de Fretin arriva devers eux et leur dit que le seigneur de Humières et le seigneur de Lannoy l'envoyoient devers eux , en disant qu'on se pouvoit bien retraire (retirer), et qu'on y pou voit plus perdre que gagner. Lors messire Jacques de Lalain répondit que les Gantois étoient de trois à quatre cents dans l'église, et qu'il le dît au dit de Lannoy et de Humières, et s'ils vouloient qu'on les assaillit^ qu'ils passassent atout (avec) la bataille, et s'ils se vouloient retraire sans autre chose faire, qu'ils le mandassent^et puis dit à roessireJean le bâtard de Renty : « Demeurez-ci et gardez la saillie d'icelle église, et je m'en vais requerre nos gens qui 6ont encore par de là l'eau, pour les fair&<;i venir.
afin d'aider à exécuter ce qui sera conclu, soit d'assaillir la dite église ou de retourner. »
Lors messire Jacques de Lalain désirant de mettre à fin cette emprise, tôt et hâtivement s'en alla vers la rivière, et n'étoit que lui huitième de ses gens; et passa et repassa la rivière, et ce fait s'en retourna tout hellement au lieu où il avoit laissé messire Jean le bâtard de Rentjr; et étoit messire Jacques de Lalain, monté sur un petit cheval sans avoir les pieds à étriers,car il avoit été long temps à picd^et ainsi comme il étoit au bout du ditpontjen soi retraiant (retirant), comme dit est, trouva que le feu étoit de nouvel bouté en deux maisons au bout d'icelui pont et dedans un bateau, et ne sçavoitqui ce avoit fait; et n'a voit alors avec lui» que sept hommes, comme dessus est dit, et les autres venoient après lui et cuidoient de trouver messire Jean le bâtard de Renty à la croisée par où les dits Gantois pouvoient saillir d'icelle église: mais il s'en étoit partit et allé devers les deux seigneurs, c'est à sçavoir de Humières et de Lannoy,pour sçavoir quelle conclusion ils prendroient et quelle chose ils voudroient faire. Si le suivirent ses gens, et pour ce qu'il y avoit un très mauvais passage à repasser, pour convoitise d'être devant pour gagner le dit passage,ils se mirent tous endéroi(désordre),et tant que plusieurs de leurs chevaux demeurèrent enraschiés (embarrassés) dedans le ditpassage,et les laissèrent derrière, de hâte qu'ils avoient d'eux enfuir et comme gens déconfits , sans attendre l'un PauKre, sans avoir vu nul homme qui les chassât^et sans voir
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ni sçaroir pourquoi, sinon que les couards disoient à haute voix : «c Eh voici six mille qui nous viennent couper le chemin. » Et par icelles paroles^ et mêmement que les chemins étoient si rompus et fossojréS| et aussi si embûches d'arbres, et grosses haies que la bataille ne pouvoit voir Tavant-garde, niTavantgarde les coureurs, ni les coureurs les avant-ooifrreurs, pourquoi les plusieurs furent si épouvante que les vaillants ne les pou voient réassurer; et par cette pauvre ordonnance et par ce que messire Jean bâtard deRentj nedemeura tout dépied coi à ladite croisée, ce gentil chevalier messire Jacques de Lalain et ses gens furent en grand péril d'être tous pris ou morts. Car si celui messire Jean le bâtard eût envoyé l'un de ses gens devers les deux chevaliers^ la chose ne fût pas ainsi allée: car communément on dit, que brebis sans pasteur c'est peu de chose. Or est ainsi que du dit effroi messire Jacques de Lalain le bon chevalier n'en sçavoit rien: mais s'en venoit de la dite rivière tout le pas, avec lui sept hommes, comme dit est, et les autres venoient après coidants croyant) trouver à la croisée celai Jean le bâtard de Renty, où ils l'avoient laissé. Lors lui fut dit par an poursuivant d'armes, nommé Talent, qu'il fût sur aa garde et que ses ennemis lui venoient couper le chemin , et que déjà étoient tous hors dé l'élise auprès du chemin croisé, et que messire Jean le bâtard, de Renty étoit repassé outre le passage, lui et ses gens.; Quand messire Jacques de Lalain ouït telles nouvelles, et que il se vit en ce danger^ il descendit k pied, et par grand courage et hardiment, comme celui qui
ne (loutoit péril de mort» voyant ses ennemis auprès de lui, admonesta ses gens de bien faire. Si se ferit lui et ses gens dedans ses ennemis, et fit tant, par force d'armes et par la grand'prouesse qui étoit en lui, qu'il fit reculer ses ennemis, et les occioit et abbattoit devant lui, et leur coupoit bras et jambes; et pareillement faisoient ses gens. Certes autour d'eux gisoient des morts et des navrés, tant que à grand' peine seroit croyable , si gens notables ne les eussent vus, qui la vérité en racontèrent au duc de Bourgogne. Et là fit messire Jacques de Lalain de son corps tant de belles apertises d'armes, qu'il fit reculer ses ennemis qui s'étoient mis devant, jusques à la puissance des Gantois: et par ce moyen passa messire Philippe de Lalain son frère et autres nobles hommes et archers, venants de la dite rivière; et passèrent outre la croisée, que les dits Gantois cuidoient (croyoient) gagner pour eux couper le chemin: mais à cette heure messire Jacques , lui quatrième ySontint le fait d'iceux Gantois, tant que tous ses gens et antres eurent passés cette croisée. Et ainsi s'en allèrent au passage, sans passer outre, et là attendirent k dit messire Jacques; lequel quand il sçut qu'il n'/ avoit plus d'hommes derrière se retrabit (retira) en moult grand danger jusques au passage^ oik il tioan messire Philippe de Lalain son frère» Emoolt di Herimes, Jacques de Gouy et aucuns autres; et se trouvèrent outre ledit passage,le seigneur de Homières, messire Pierre Yasquezyle seigneur deFrfr lin ,et cinq ou six autres qui l'attendoient et ëtoient retournés pour sçavoir ce qui étoit du dit
Jacques de Lalainjcar ceux qui s'eHfuyoient, alloient criants à pleine voix, que lu^ et toutes se% gens étoient morts.
Quand le seigneur de Humières vit que icelui messire Jacques n'étoit encore point hors du grand danger, et que Gantois étoient saillis à puissance hors de l'église, lesquels s'efforçoient à leur pouvoir de grever et assaillir messire Jacques de Lalain et ses gens, il alla requerre de ses gens pour les secourir et aider. Si rencontra en son chemin le seigneur de Lanaoy et le seigneur de Fretin, 1res vaillants chevaliers, qui en toute diligence retournoient pour aider et bailler secours audit messire Jacques de Lalain; et dit le seigneur de Lannoy au seigneur de Humières: « II. ne faut pas laisser ce vaillant chevalier, messire Jacques de Lalain; et s'en voise (aille) qui veut, car quant à moi, je l'attendrai. » Et ainsi dirent le seigneur de Humières et le seigneur de Fretin, et assembloient gens pour le secourir et attendre, mais nuls ne vouloient demeurer; et s'en alloient la plus part sans ordonnance. Et là trouva, l'un des gens messire Jacques de Lalain, qui portoit son étendard et qui n'avoit point passé outre le dit passage, lequel très diligemment retournoit à son bon maître, et depuis ce jour De le laissa et se porta très vaillamment avec lui. Et pour revenir à parler de messire Jacques dé Lalain , qui par la vaillance et hardiesse de son corps avoit sauvé ceux qui étoientdemeurés derrière, comme dessus a été dit, quand il fut venu au mauvais passage, il dit à messire Philippe de Lalain son
frère: « Or avant, mon frère j il faut passer, vojei ici Gantois qui nous suivent à grand* puissance. • Si se mit ledit messire Philippe à passer, mais il fut tellement enraschié (embarrassé) dedans lafangCi qu'on ne le pouvoit avoir; et il n'étoit pas seul, car nul n'y pouvoit passer qu'en grand danger de mort, pour la presse des chevaux qui là étoient demearés, que leurs maîtres avoient abandonnés, et s'en étoient fuis. Et quand Gantois virent le dit messire Jacques à (avec) si peu de gens, ils se férirent dedans lui et ses gens. Et là eut-il plus à faire que devant: mais il fit tant , par la grand' prouesse et vaillance qui étoit en lui qu'il sauva tout, exceptés quatre archers qui là furent morts; et si y demeura bien vingt chevaux , tant morts que pris.
A celui passage falloit montrer hardement (an* dace) et courage, ou là mourir: car toute la plus part des gens de la bataille et autres étoient jà bien éloignés d'icelui mauvais passage, exceptés les dessus nommés, de Humières, de Lannojr, messire Pierre Yasquez et le seigneur de Fretin, lesquds très petit nombre degens avoient avec eux. Et quant au dit passage, il étoit si très mauvais, que peu de gens et de chevaux y passèrent sans cheoir, dont les plusieurs étoient tellement brouillés, comme s'ils eussent été traînés tout au long du pot à la crême,etc'est l'un des mauvais passages en hiver qui soit en tout le pays de Flandre. Là ayoit deai vaillants et nobles hommes du pays de Portugal, lesquels avoient vu toute la manière de la besogatt et pour ce dirent ainsi: « La vaillance et hanie-
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meiit(courage) d'un seul chevalier, c^est àsçavoir (Je messire Jacques de Laiain, a aujourd'hui préservé de mort plus de trois cents hommes, et gardé de grand* honte toute la compagnie ci présente. » Et avec ce disoient, qu'ils avoient ouï dire, qu'icelui messire Jacques de Lalainavoit fait armes dix-huit fois en champ clos, et à toutes les dix-huit fois s'en é toit parti à son honneur, mais ce jour-là lui étoit aussi hono-f rable, et avoit acquis à leur avis autant d'hon-^ neur qu'il avoit fait en toute sa vie, et toute fois siétoit-ce belle chose à si jeune chevalier d'avoir fait dix-huit fois armes en champ clos, et si n'a voit d'âge, que trente ans ou environ. Après ce que le dit messire Jacques de Lalaiq et ceux dé sa compagnie eurent passé outre le dit mauvais passage, et les choses dessus déclarées faites et accon^plies, ils prirent leur chemin à retourner au lieu de ïerre^ monde ^ et fit messire Jacques de Lalain l'arrière garde à (avec)petit nombre de gens, et saillirent Gan^ toissur lui: mais messire Jacques les rebouta (repoussa) moult vaillamment, jusques à leurs boule-r vards,etlàj eut deux Gantois morts. Si ne saillirent plus iceux Gantois après messire Jacques, excepté un tout seul, duquel on ne se donnoit garde auquel on demanda, qui vive! et il répondit, Gandiquifut, comme je croi la dernière parole qu'il parla ouCr r[ues puis. Et ainsi comme vous oyez se passa en ij(j noint la besogne du village de Locre,
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