‹ Chronique de J. de LalainChapitre 106 sur 133 · CHAPITRE LXXXVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVIIL

SiNCORE DE CETTE MEME COURSE OU GRAIÏdVoISON DË

Gantois furent morts et occis, et mis b» fuite

ET k DÉCONFITURE.

Quand messire Jean de Croy entendit du bailli^ quHl nWoit personne trouvé, il demanda àplu-^ sieurs notables seigneurs gui là étoient quelle chose à leur avis il étoit bon de faire. Messire Jac* ques de Lalain regardant qu^il n'j avoit nul qui répondit, lui dit: ff Monseigneur, il me semble que ce seroit le meilleur que je m'en allasse devers le comte de Saint Pol et devers le seigneur de Croy ponr savoir qu'il est de faire. » Si fut ainsi fait; et alla messire Jacques de Lalain , et trouva le comte de Saint Pol et le seigneur de Croy, lesquels se mirent ensemble et tinrent conseil pour avoir avis sur ce ([u'ils avoient à faire; et là conclurent d'aller à Locre, dont ci-dessus est parlé, où il y avoit un grand boulevard et gens qui le gardoieot. Si dirent à messire Jacques de Lalain qu'il rassemblât ses gens et qu'il tirât le chemin de Locre, laquelle chose il fit. Alors messire Jacques de Lalain désirant de tout son cœur d'acquérir los et bonne renommée, très tout le pas et bellement en atten^ dant ses gens se tira vers Locre. Si avoit messire Jacques, près toute son ordonnance, excepté m^s-

33o CHRONIQUE DU BON CHEV.

sire François l'Arragonnois qui encore étoît derrière avec messire Jean de Crojr auxquels on a voit m an dé ce qui étoit conclu.

Tout ainsi que messire Jacques de Lalain et » compagnie commencèrent à raarcbeF en vers la TiHe de Locre, qui étoit à lieue et demie on environ deli où ils C'toient, ils perçurent bien mille Gantois y& nants tout droit à la bataille, laquelle les dits Gantois ne pouvoient voir: mais le bruit pou¥oient-ib bien ouïr, et aussi oyoient-ils les cloches^ sonner et faire l'effroi du pays. Pourquoi ils s'étoient mis* ensemble, cuidants(croyauts)gi^er et mettre à d'éooDfîture les gens du duc de Bourgogne leur seigneur naturel^ lesquels Gantois marcboient très fièremeot à enseigne déployée et en ordonnance. Alors'qmnd messire Jacques de Lalain les vit ainsi marcher, dit à messire Antoine et à messire Guillaume de Yaudré,au seigneur d'Aumont,à messire Pierre Vasque et à cinq ou à six autres qu'ils demearassent pour être à cheval, et quanta lui, il descendroitàpied, et ainsi le fit sans plus arrêter. Alors à haute Toix encommença de crier alarme, et trompettes à sonner^ dont la noise (bruit) fut moult grande. Et pour vérité dire, il est assez à présupposer qu'teenx Gan* tois ne sçavoient pas la puissance qui là étoitv sinon que du tout ils se Soient à leur fort pays et retraites, cuidants (croyant) susprendre en déroi (désordre) le< gens du duc de Bourgogne. Les Gantois avouent un très large pajs plein de bruyères: mais les geins du duc de Bourgogne ne pouvoient passer vers eux ton à très grand' peine , pour les fossés qui étoient entre

MESSlftE JACQUES DE LALAIN. 33 1

deux. Le comte de Saiat-Pol, et le seigneur de Crojr, et toute la belle chevalerie et grande noblesse fut tantôt mise en moult belle ordonnance: mais le pis étoit qu'on ne sçavoit comment passer vers eux , et quéroit chacun passage à dextre et à semestre (gauche). Du coté dextre où étoit messire Jacques de Lalain,furentGantoispremièremeutrompus. £t là se combattirent moult vaillamment à cheval les deux frères de Yaudrè, lé seigneur d'Aumont, messire Pierre Vasque, Chammergny , et plusieurs autres gentils chevaliers et écuyersqui se frappèrent à cheval sur les Gantois. Au bout du coté dextre messire Jacques avec ses gens de pied et autres, à ce dit pont se portèrent mouk vaillamment; et quant estau bout senestre, il n'j put passer plus nuls chevaux; mais ceux qui passèrent outre à pied, le firent très bien. Et au milieu de la bataille, n'en pouvoit passer nul , tant étoit la fosse grande et mauvaise à passer; mais par plusieurs autres lieux chacun endroit soi s'enforçoit à passer. Et à la vérité dire, si passages eussent été ouverts, jamais Gantois n'en fussent écliappés sans être morts ou pris; et par ainsi l'orgueil d'iceux Gantois qui là étoient venus, fut en peu d'heures abattu et mis en fuite et en déconfiture. Et là furent morts de quatre à cinq cents Ciantois, tant en la dite place, et fossés, bois et aulnaiesjà où ils se bon toient, comme àla rencontre que messire Jean de Croy fit contre eux en revenant de l'église d'Ouremare, où il les rencontra fujants^et aussi à l'assaut du boulevard. Et si furent pris environ trente prisonniers, lesquels par le commande*

ment du duc furent tous décapités en la ville d« Teni emonde. Doncques par cette dernière besogne fut Temprise de Locre pour ce jour rompue. Et lait^ sèrent à y aller pour deux raisons, la première, pour ce que les prisonniers disoient qu'on n*jtroiH veroit homme nul et qu'ils en venôient tout draiti l'autre raison fut pour le comte de Saint-Pol et messire Jean de Croy , qui étoient logés à Alost, oà il y avoit du lieu de la déconfiture des dits Gantois, bien quatre lieues. Si fut conclu de retoarner à Tenremonde sans aller à Locre, et fut ainsi fait; et fit messire Jean de Groj, Favant^^garde an retourner, après lui le comte de Saint-Pol» en aprii le seigneur de Croy, et atout (avec) l'arrière-garde venoit messire Jacques deLalain et sa compagnie; et furent ce jour par le pays, maintes maisons ameft

c:hapitre Lxxxix.

Comment le comte d'Etampes prit par roses ii*AAiii LA Ville de Nivelle par deux fois sur les GARTOUf lesquels y purent morts et occis st mis ktt fuite Et en Déconfiture.

O^^ ^'^^ournerons à parler de ce noble ef gentil chevalier Jean de Bourgogne comte d'ÉlanpeSt lequel, le vingt quatrième jour de Mai) se partit de la ville d'Audenarde, et en sa compagnie plusieait grands seigneurs, gens d'armes et de traity^iutf

qu'il avoit ouï dire que Gantois étoient issus en grand nombre hors de la ville de Gand, pour aller vers la ville de Tielt^ et disoient les aucuns qu'ils vouloient assiéger Englemouslier. Ce jour le comte d'Etampes se logea à un village nommé Harlebeque pour tirer vers les Gantois: si ordonna ses batailles, et bailla la charge de Favant^garde à messire Antoine bâtard de Bourgogne. Le seigneur de Saveuses, messire Gauvain Quieret, le seigneur de Dreuil, et autres furent des coureurs. Le comte d'Etampes fut conducteur de la bataille, et n'y eut point d^arrière garde. Si fui le compte d'Etampes averti que les Gantois étoient logés en une ville nommée Nivelle, laquelle étoit close de portes et de fossés. Et devant la porte, du côté de Courtray avoit un fort boulevard que les dits Gantois gar^» doient, devant lequel boulevard étoient les chemins fort rompus, et fossojés, et dedans les bleds a voient mis penons croisés et fichés en terre, afin que les chevaux n'y pussent passer. Les coureurs et Tavant-garde se mirent à pied pour assaillir le boulevard^ si passèrent hommes d'armes et archers à travers les fossés de la ville, là où ils avoient eau jusques au menton; si commencèrent archers à tirer sur Gantois aux flancs et aux cotés, et tellement que les dits Gantois se mirent à déconfiture et en fuite. Et fut la ville de Nivelle par force et vaillance d'armes conquise sur les Gantois, lesquels, comme dit est, tantôt encommcncèrent à prendre la fuite et à abandonner la ville, quérants leur sauve^ lïient, car rançon ni miséricorde ij'y avoit lieu, que

334 CIJROMQLE DU BON CHEYALIER

tout ce qif on pouvoit acconsuivir (attendre) ne fut mis à Vépée. Et tirèient tous iœux fuyants vers la ville de Gand, excepté aucuns qui étoient des villages d'entour, qui se boutoient es hajes, et buissom. Et lors le comte d'Étampes voyant la ville être prise^ ordonna aucuns de ses capitaines pourchasser les dits Gantois, lesquels s^enfujoient Si y alla messire Antoine bâtard de Bourgogne atout (avec) sob étendard, et aussi firent le seigneur de Waurin, k seigneur de Rubempré, messire Gauvain 4^uieret et autres; et ceux qui dedans la ville étoient demeurés encommeiicèreut de chercher et fourrager et prendre tout ce qu'ils pou voient trouver.

Or advint assez tôt après, que par les fuyants,et

aussi des seigneurs qui les chassoient, moult gvud

bruit s'éleva par le pays d'entour; si commencèrent

cloches à sonner par villes et villages, et le pajsà

fort à soi effrayer, qu'il ne demeura homme qui ae

courût soi armer. Les uns prenoient leurs piqneii

les autres bâtons ou épées. Si se rassemblèrent Uen

environ cinq cents hommes paysans^ 6t n'en sçnient

oncques rien ceux qui chassoient les Gantois: naii

les alloient toujours chassants si rudement, qoe

plusieurs ils rateindirent, lesquels ils occirent et

mirent à mort, durant lequel temps les dits paynns

qui s^ét oient rassemblés, eux avertis par aucaus des

fuyants qui étoient échappés de la ville de nivelle,

lesquels leur dirent et affirmèrent que dedans h

ville étoient demeurés bien peu de gens, et que de

léger, si aller y vouloient, la ville de Nivelle sermt

bonne à recouvrer. Iceux paysans moult joyeax de

MEî^IBE JACQUES DE LALAIN. 335

ces nouvelles, noQ pensants à ce que depuis leur en advint, à une très grand' hâte cheminèrent jusques assez près de la dite ville de Nivelle. Or advint iju'avant ce qu'ils fussent arrivés, ceux qni dedans la ville étoieut entre ouïrent le bruit et la frainte(tapage), qu'au venir faisoient les dits paysans. Lors s'émeurent, tant hommes d'armes comme archers, environ vingt, dont étoit chef messire Antoine de Hérin^ et chevauchèrent vers le lieu où ils ouïrent venir les Gantois. lis ouvrirent la barrière, et passèrent le pont et tous ensemble marchèrent à l'enicontre de leurs ennemie sans sçavoi-r Leur puissance. Car bonnement ne les pou voient voir à pleimf pour ce que la ruelle, par où ils venoient étoit assez étroite, et jetèrent un cri: si se férirent sur les Gantois et les firent recider. Lors les Gantois voyants que les gens du comte d'Ktampes n'étoient guères de gens, prirent courage, et sans plus attendre se férirent sur eux en telle manière qu'ils reboutèrent messire Antoine de Hérin et ceux qui avec lui étoient, jusques sur le pont auprès de la barrière^ et là les Gantois occirent messire Antoine de Hérin, qui fut moult grand dommage de sa mort; car pour lors il étoit tenu pour un vaillant chevalier; et avec lui moururent, un gentil-homme du Dauphiné nommé Chiboy Pèlerin, Charles deMorages natif du pays de Bourgogne, Rollequin le prévôt, Roncy,et Oiidart Hatterel natif de Picardie, et deux autres gentilshommes (lesquels je ne sçaîs les noms: de la mort desquels fut moult déplaisant le comte d'Étampes quand il en fut averti: et si celui mes-

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Et lors le cou . ^

se, ovdonna aucuns .

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CHAPl'TRE XC.

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^ la vUle de TS^vell enUe ^^^^^.^ auendantses couveucs. sç^ ^ ^.^^^^^^ ,„,U

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nseil de ce qu'il étoit de faire. Lors ré* sire Simon et dit: « Monseigneur, il •olus arrêter, que tantôt et incontioit reconquise syr ces vilains: car k les assaillir, je fais doute que^ ^ <C^ 'xr le pays, les paysans s*éle-

"^^ ^ viendront secourir leurs

^ sçavez assez que vos cou-

^avent rien, nepourront repasser

ce ne soit en grand danger; c'est la

cî bruit de votre compagnie. » Alors le

a'Elampes commanda que chacun se mît à

^ ied,et orrlonna que son étendard fût baillé à por-»

ter à un gentilhomme Nivernois, qu*on nommoit

Philibert Bourgoing, lequel pour lors on tenoit

pour un vaillant homme, preux et hardi aux armes,

et qui bien se montra ce jour: le comte d'Étampes

fit sonner ses trompettes pour aller assaillir. Alors

messire Simon de Lalainet tousses gens d'armes et

archers , encommencèrent moult vivement à as-

saillir, et Gantois à eux défendre.

pr advint, ainsi comme à cette heure que l'assaut étoit encommencé, que les coureurs s'en retournoient, c'est à sçavoir messire Antoine bâtard de Bourgogne et son étendard, le seigneur de Wanrin, le seigneur de Rubempré, et messire Gauvain Qnieret, revinrent et arrivèrent auprès de la ville, pour y cuider(penser)cntrer:mais ainsi qu'ils approchèrent, ils ouïrent le bruit et la noise de l'assaut, par quoi ils connurent que la ville avoit été reprise pjir les Gantois. Si s'approchèrent ^ tous côtés, et

sire Antoine et ceux qui avec lui étoient eussent tenu leur barrière ferme, sans Pa voir ouverte, les Gantois ne s^y fussent point boutés, car le comte d'Étarapesétoit k l'autre lez(côté) de la ville, qui de ce ne sçavoit rien, où il tenoit sa bataille en ordre, attendant que ses coureurs fussent revenus de la dite chasse; et pour ce dit on un en proverbe, que grand' hâte mène répentance après soi: et si messire Antoine de Hénn,etceux qui avec lui étoient, n'eussent été si hâtifs de saillir sur les Gantois, sans les avoir vus et sçu quels gens ils étoient, il ne lui en fut pas ainsi avenu, comme vous avez ouï dire. •

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