CHAPITRE XCII
De là bataille qui fut auprès de Riplemondk qu'oit
MOMM4 LA BATAILLE DE BeRSELLE, OU IL T EUT GRAïUD*
occisioN DE Gantois , et du dasger ou fut m'essibb Jacques de Saint-PoIt, et ds sa recousss sur les DITS Gantois.
QtJAND ce vint le vendredi eosuîvanl, il fut ordonné de par le duc, qu'on feroit enterrer les morts, et pour ce faire fut commis Louis de Mamine, et le roi d'armes- de Flandre, atout (avec) quarante ou cinquante manouvriers. Et tout ainsi qu'on entetroit les morts, par ce même lien vinrent les Gantois qui étoient nombres de treize à quatorze mille combattants, et avoient bannières , charrois, pavois, cottleuvrines et artillerie; et environ d'un quart de lietie du lieu de Riplemonde se mirent en bataille en un fort lieu, et s'encloirent (enfermèrent) de leur chartoy, et pavoi,et là furent plus d'une heure. Par tout l'est du duc on fit cïier alarme, le comte de Saint-Pol et messire Jean de Croy, lesquels faisoient
344 CHRONIQUE DU BON CHEVàUER
Tavant-garde, se inireiit au dehors de leurs logis ed bataille et en très belle ordonnance; et puis un peu derrière et sur le côté de l'avant-^garde, étoit le duc de Bou rgogne et sa bataille pour garder une avenue par où les Gantois pouvoient venir sur le logis de Riplemonde; et fut ordonné le duc de Glè- Tes lequel étoit tout droit venu de son pays de Clè^ ves en très grand' diligence, pour accompagner et servir le duc son oncle au pays de Wast où il espéroit avoir la bataille comme elle fut. Le duc de Clèves, comme il est dit, fut ordonné à garder la dite avenue y et en sa compagnie, monseigneur Adolphe de Clèves son frère, le comte de Hornes, le seigneur de Lalain , le seigneur de Ternant et messire Simon de Lalain lequel avoit la charge de Péten-i dard du comte d'Étampes, et plusieurs autres. Ainsi que les ordonnances des batailles du duc de Bourgogne se faisoient, plusieurs nobles hommes alloient chevaucher et aviser les Gantois, lesquels étoient en grand' ordonnance et si serrés, qu'à grand' peine les pouvoit on nombrer; et toutes fois y avoit-il gens à les aviser, qui bien se connois^ soient au métier de la guerre. Et étoient iceux,le seigneur de Saveuses, messire Guillaume de Vaudré, Simon du Châtelet et Jean de Chanvei^. Iceu^iL Gantois furent bien une heure et plus, en telle ordonnance, sans eux bouger; et quand les gens du duc de Bourgogne virent leurs ennemis les Gantois, lesquels ne se bougeoient de leurs forts, ils firent semblant d'eux enfuir, et lors Gantois issirent (sortirent) après eux en grand nombre et à la file»
eii faisant grands cris, comcne s'ils eussent été tous déconfits; et quand les dits Gantois se trouvèrent sur un beau champ, ]à où il y avoit un moulina vent, ils boutèrent le feu au dit moulin, et puis marchèrent droit là où étoit Tavant-garde du duc. Mais il ne les pouvoit voir, pour les grands arbres qui étoient entre deux. Lors le comte 4e Saint Pol manda au duc que ce seroit bien fait d^ordonner cent hommes d'armes achevai. Si y furent ordonnés, le bâtard de Saint Pol, le seigneur de Wattrin, messirc Jacques de Lalain, et quinze ou seize lances des gens du «eigneur de Croy , et se trouvé-» rent cinquante lances. Et tout ainsi que le seigneur de Waurin, le bâtard de Saint Pol et messire Jacques de Lalain tiroient vers eux leurs ennemis auprès d'un étroit passage, ils rencontrèrent les Gantois, lesquels raarchoient en grand^ diligence, et déjà avoient vu de bien près l'avant-garde. Si commencèrent à marcher hommes d'armes et archers, à pied et à cheval, contre les dits Gantois. Et quand Gantois se virent approcher de tel courage et volonté que les gens du duc de Bourgogne s'y raontroient, ils se mirent en déconfiture et en fuite, et en spécial ceux qui alloient devant, rallier en un assez fort lieu où ils rencontrèrent leur» gens qui venoient de leur bataille, et là se mirent à combattre et à eux défendre moult vivement! mais les vaillants chevaliers et écuyers, comme messire Jacques de Lalain et autres qui étoient à cheval, se frappèrent dedans si vaillamment que iceux Gantois ue durèrent point en cette place, et
furent morts environ sept cents. Et tant&t après de rechef les Gantois se remirent à fuir, et sailUrent grands fossés atout (avec) teurs longues piques » et les vaillanfhommes de les suivre et de passer foteés après eux, si grands qu'il n'est pas à croire qui ne l'auroit vu. Puis quand les Gantois avoient passe les fossés, ils se mirent de rechef à combattre: mais hommes d'armes et archers les combattoielit si vaillamment, qu^ils ne duroient point Là étoient messire Jacques de Lalain et messire Jacques de FoucquesoUes, qui tous deux y firent de si belles appertises d'armes qu'il ne seroit point à croire qai ne les auroit vu, et les vaillants chevaËers et écuyers,qui étoient ordonnés à chasser les Gantois, et autres qui les chassèrent sans ordônnatice, bien une lieue françoise, en les toujours tuant. et mettant à mort. Là se trouva le comte d^Étampes, lequel y fut sans ordonnance et comme homme déconnu, en sa compagnie tant seulement cinq ou six personnes, desquels, comme j'ai onï dire, en furent le seigneur de Roye et Jean de Chanvei^: et quant à ses gens, ils étoient avec le due de Clèves. Jacques monseigneur de Saint-Pol, frère audit comte^ eut son cheval tué dessous lui, et était ï cette heure en grand danger de mort, quand vinrent le vaillant chevalier messire Jacques deLalain, qui à ce jour fit maintes grandes vaiUanœs et beibs appertises d'armes, le seigneur de Wauriliy «t atec eux messire Jacques de FoucquesoUes, lesquels toas •trois secoururent messire Jacques de Saint- Pot, lequel fut en plusieurs lieux navré dessus son eùtfif
MESSmE JACQUES DE LALAIW. 347
et fort plajé (meurtri) , et y eût été mort sans recoiii?Fer (remède), ce n'eût été le bon chevalier messire Jacques de Lalain: car Gantois qui véoient celui messire Jacques de Saint-Pol tout à pied, ne chassoient que de le mettre à mort, nonobstant que moult âprement et hardiment se défendoit:mais par la grand'prouesse et vaillance des trois chevaliers de Lalain, de Waurin et deFoucquesolles,lui fut la vie sauvée ;et Tôtèrent hors du grand danger où il étcnt. Moult de belles appertises d'armes y furent ce jour faites par le seigneur de Waurin, le bâtard de Saint- Pol, le seigneur de Saveuses, le seigneur de Roye, messire Jean de Groy, nonobstant qu'il eût eu le pied percé. Le mardi devant, messire Antoine et messire Guillaume de Vaudré, Simon du Ghâtelet, Jean de Chanvergy, le bon de Saveuses et autres plusieurs chevaliers et écuyers, avec grand nombre de vaillants archers y firent tant d'occisionSj et y mirent tant de Gantois à mort^ que horreur étoit à les voir.
Les batailles tinrent leur ordonnance sans eux bouger, sinon d'un peu approcher ceux qui chassoient Gantois ^ pour cause de ce qu'on ne sa voit de vérité quelle puissance ils avoient, car le pays étoit contraire au duc de Boui^ogne; et s'étoient tellement bouleversés, fossoyés et embûches, qu'on ne pouvoit chevaucher, fors qu'à puissance, pourquoi, comme dessus est touché, on ne pouvoit savoir la convine (arrangement) des Gantois. Si couroitla yoksk qu'ils étoient très grand' puissance de gens, tant de la ville de Gand comme de gens du pays, et qu'il»
mettroient trois puissances en une fois à l'encontre du duc de Bourgogne leur seigneur, et par trois divers lieux. Pourquoi le comte de Saint Fol se tint toujours en belle ordonnance, bannière déployée: et quant à la bataille, le duc ne déploya, point sa bannière, ni penon; et toutes fois étoit tout ordonné^ et aussi étoient ceux qui dévoient garder son corps et sa bannière. Et premiers pour garder le corps du duc étoient ordonnés; le seigneur de Montagu, le seigneur dcCréquy ,1e seigneurd*Arcy, messire Charles de Châlons, le seigneur de Humières, TAmaiit de Bruxelles, messire François FArragonnois, messire Philibert de Gaucourt j le comte de Saint Martin, et plusieurs auti*es chevaliers et écuyers, que pour cause de brièveté je m'en passe à les nommer. Et avec ce avoit le duc en sa bataille son seul fils le comte de Ghari olois, le seigneur de Croy comte dePorcien, Jean monseigneur de Portugal fils du duc de Coïmbre, le seigneur d'Aussj,le seigneur de Lalain, le seigneur deBau5eignies,et le seigneur de Rochefort, et tous les nobles chevaliers et écuyers de sa garde et de sa bannière, excepté le seigneur de Ternant qui étoit avec le duc de Clèves.^Et fut cette bataille nommée la bataille de Berselle, auprès de Riplemonde, laquelle bataille fut au très grand honneur du duc de Bourgogne, et à peu de perte de gens; car il ne perdit ce jour qu'un seul homme, et fut messire Cornille sou aîné fils bâtard, dont ce fut grand dommage, car il avoit un beau commencement, et de vaillance autant qu^ily en pouvoit avoir en un jeune homme^hica
conditionné et fort airné d^un chacun, et bien orné de toutes bonnes vertus, pourquoi il fut fort plaint» et mêmement de ceux de la ville de G and qui ses ennemis étoient, quand ils le sçurent.
Icelui messire Cornille le bâtard étoit gouverneur de la duché et pays de Luxembourg, et avoit bel et grand état; et en fut le duc son père moult fort déplaisant, et non sans cause, car il étoit taillé de bien servir le duc son père, et aussi son fils le comte de Charrolois; et lui fit le duc son père moult grand honneur à son corps: car il le fit porter en la ville de Bruxelles, et mettre en Téglise de Sainte Goule, près du charnier, là où il faisoit mettre ses enfants légitimes quand ils alloient de vie à trépas. Autre perte ne fit ce jour le duc de Bourgogne, mais elle fut grande, et les Gantois y perdirent bien six mille hommes, et si perdirent toute leur artillerie, eharroy et autres bagues; et encore eussent-ils plus perdu, si ce n'eût été le fort pays où ils étoient : car s'ils eussent été aux plains champs, jamais homme ne s'en fut sauvé. Le dit jour, le samedi et le dimanche, le duc de Bourgogne fut en la ville de Riplemonde, et le lundi ensuivant s'en partit, et alla au gîte en un gros village au dit pays de Wast, nommé Vassemenstre. Et passa le duc par un fort village nommé Chemesîck,là où il y avoit forteresse appartenant à un gentilhomme nommé Martin Villain , lequel village et forteresse furent ars; et la cause fut, quant à la forteresse, pour ce que icelui Martin Yillain laissa perdre sa forteress($ que les Gantois
35o CHRONIQUE DU BON CHEVALIER
avoient assiégée : car le duc lui avoit offert gens de sa nation de Flandre pour la garder : mais le dit Martin le refusa, la cuidant (croyant) bien garder. Or abandonnèrent Gantois ville et forteresse quandils sçurent la venue duduc et de sa puissance; si furent tous ars (brûlés) comme dessus est dit £t quand le duc fut arrivé audit lieu de Wassemenstre, il y. séjourna bien par Tespace de huit jours. Et la cause fut pour les ambassadeurs du roi qui là arrivèrent, étant chargés de par le roi, de requérir au duc qu'il lui plût faire et prendre paix aux Gantois, et à r'apaiser son ire et les remettre en sa bonne grâce; et quanta ce faire se vouloient employer, et à l'honneur du duc, comme ils voudroient faire pour le roi, et de ce avoient exprès commandement et charge de par le roL Et quand les ambassadeurs eurent exposé leur charge au duc en la présence de plusieurs de son conseil, U répondit aux ambassadeurs, qu'il mercioit le roi de ce qu'il lui avoit plu envoyer devers lui pour le dit apaisement: mais il prioit au roi que de sa ffkce il ne s'en voulût point mêler, et que véritableinent il viendroit bien à chef des dits Gantois; et que si le roi sçavoit et étoit bien informé à la vérité des dits Gantois et de leur mauvaise rebelliou et déiobéissance, qu'il ne s'en voudroit point mêler, en priant de rechef aux ambassadeurs qu'ils voulussent être contents, et eux déporter (dispenser) de tous points d'en plus parler, en leur disant que s*ils $ça- Yoient la grand'oSensc que les dits Gantois iuiavoient faite, qu'ils ne lui en requerroient point » ni le roi ne
le Toudroil point faire. Toutes fois répliquèrent tant et parlèrent les dits ambassadeurs, que le duc fut content qu'ils allassent jusques à Gand, laquelle chose ils firent j et peu y profitèrent, car durant le temps qu'il y furent et qu'il y parlementèrent à eux, alors faisoient iceux Gantois plus forte guerre qu'auparavant n*avoient fait, non mie une fois. Et par plusieurs fois que paix et moyens s'y cuidoient (croyoient) trouver, adonc faisoient-ils du pis qu'ils pou voient