CHAPITRE YI
DO PÉCHÉ D*EIiVIE.
« Et quant est au troisième péché, qui est dUetir vie, jamais le vrai amoureux , tel que je dis, sur homme ne sera envieux: car s'il venoit en la connoissance de sa dame qu'il fût envieux, il la perdroit vraiment. Oncques dame d'honneur ne put aimer homme envieux , si ce n'est en exerçant bonnes vertus, pour y être le meilleur; comme à Péglise le plus dévot^ à table le plus honnêtement mangeant^ en compagnies de dames le plus gracieux et plaisant^ et en armes armigèreset en armes courtoises le plus vaillant; et en ce n'y a point d'envie, c'est à sça voir pour faire le mieux eu vertus, voirç (c'est-à-dire) envie qui est nommé péché mortel comme je l'entends.
« Et en outre, mon cher fils, je vous défends que vous ne suiviez point les tavernes, ni ceux qui volontiers les hantent; ni le jeu de dés; ni la compagnie des folles femmes^ lesquelles, si les hantez, serez toujours pauvre, méchant et malheureux,. et haï de toutes bonnes gens. De ce vil péché d'envie en parle Platon, et dit: Etudie et employé toi à fuir envie, car envie est sans amour , et sèche le corps,et fait le cœur inique et mauvais. Et pour ce, mon cher et aimé fils, fuyez tous vices et toutes gens vicieux :car amour et dames d'honneur le commandent à tous vrais amoureux. Doncques, mon cher fils, pour venir à eonclu^
MESSIRE JACQUES Ï)E LALAIN. a 3
sion touchant le fait du péché d'envie, souvienne vous de ce dit qui dit: J'ai plus cher mourir de faim, que perdre ma bonne renommée. Et sachez, mon fils, que de tant que êtes plus noble qu'un autre, de tant devez être plus noble de vertus: car la noblesse de bonne mœurs vaut trop mieux que la noblesse des * parents: et ne peut la noblesse, tant soit grande ni puissante, surmonter la mort. Doncques par être vrai amoureux, comme je dis> vous escheverez (éviterez) ce tçès desbonnête péché d'envie et vous accompagnerez de cette très noble vertu de charité qui est fille de Dieu , et qu'il nous a tant recommandée^ et serez net et quitta et saue (sain) au regard de ce péché.