ÉTOIENT PLUSIEURS PRINCES DE SON SANG ET LIONAGI
Quand deux jours furent passés après ce que messire Jacques de Lalain eut été à cour, volonté prit au roi de Portugal de tenir état, et tenir salle, en intention de festojer messire Jacques de Lalain. Si commanda à ses maîtres d'hôtel qu'ils fissent et ordonnassent un très beau et solemnel dîner* auquel
MESSIRE JACQUES DE LALAIIV. i \q
jdiner l'infant don Pedro duc de Coïinbre bailla l'eau au roi à laver. Les mains lavées, le roi s'assit au milieu de la table, et à la dextre du roi fut assis Je duc de Coïmbre, etau coté séneslre du roi, fut assis messire Jacques de Lalain. Si fut à ce jour 3ervi le roi de Portugal moult hautement et ricberaient^ car à chacun des mets qui étoient apportés à la table venoient au devant des plats, sonnans et menants grand bruit, trompettes et menestreux ,rois d'armes, hérauts, et poursuivants, chacun la cotlç d'armes vêtue des armes du roi, et des princes qui là étoient présents, tant du sang royal commje d'autres, qui étoit moult belle chose à voir^ et n'étoit nul de ceux de l'hôtel du roi, de quelque état qu'il fût, qu'il ne s'efforçât et mît peine de festoyer messire Jacques de Lalain et ses gens: des mets et entremets, de quoi le roi fut servi, ne vous ferai long
conte.
Le dîner accompli, le roi se leva de table, grâces furent renduesà notre Seigneur, puis le'roi prit messire Jacques de Lalain par la main^ si se tira vers l'une des fenêtres du palais j là eut le roi plusieurs devises à messire Jacquqs, lequel tant arréemenl fit ses réponses au roi selon ses demandes, que le roi étoit moult content de lui, et le louoit et prisoit fort en son cœur , et moult se contentoit de lui. Après tou« tes devises, le roi et chacun se retrait (retira). Puis quand ce vint ainsi comme à heure de vêpres après dîner, le roi se retira vers les dames, au messirç Jacques de Lalain vint, et fit la révérence au roi /r\. à la reine, comme bien le s^çavoit faire. Lors en-
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commencèrent les danses; le roi dansa, et menait reine; puis après ce qu'il eurent accompli cette dan- ^e,le roi prit la reine par la main, appela messire Jacques de Lalain , et dit: « Messire Jacques, li vous convient mener danser la reine. » Messire Jacques remercia le roi, et aussi fit-il la reiius de rbonneuf qui par eux lui étoit fait Si encommença la danse de toutes parts parmi le palais; là étoient méueslreux jouants de plusieurs et divers instruments mélodieux^ tant que grand' joie étoit à les voir et ouïr. IVIoult grandement fut festoyé messire Js|cqi|(!s de Lalain, du roi, de la reine ^ des princesses ^ dar mes etdamoiselles qui à ce jour étoient au palais. Puis après toutes danses et festojemens, vins et §»pices furent apportés à la manière accoutumée, et prit messire Jacques congé du roi, de la reiqe, et des dames, et s'en retournèrent chacun en son logis. Ainsi messire Jacques fut festoyé du 1*01 et de la reine de Portugal si grandemient, lui et ses gens, que plus i] n'eut sçu souhaiter. Si aviut qu^ volonté prit au roi et à la reine d'aller chassçr, et eux ébattre aux champs; si mandèrent messire Jacques de Lalain, lui et aa compagnie, pour y venir, comme par plusieurs fois il avoit fait «durant le temps que 'messire Jacques avoit là séjourné, où i] fut enviroa jtreize ou quatorze jours; et tout ce fut pour lie fes* toyer et faire honneur, tant pour l'honneur du duc cle Bourgogne comme pour l'amour de lui, tellement que le roi, la reine, princesses^ dames et damoiselles s'efForçoient tous et toutes à leur pouvoir (dfi lui f^ire honneur (et fctc; et tant ][ui en fajsoieot.
MESSIRE JACQUES Ï)È LALAIN. i4g
qu^iceliû messire Jacques de Lalain ne sçavoit as* sez remercier le roi, la reine, princes, princesses, bàronfs, chevaliers, dames et damoiselles de ce que fait lui avoient,et s'efforcoient de faire chacun jour. Si avisa messire Jacques, que plus ne pou voit faire séjour en Portugal, selon le jour et terme qui luiavoit été baillé de par le rOi de Castille, pour retourner faire et accomplir ses armes. Si vint un jour devers le roi de Portugal et la reine, et les remercia moult humblement des grands honneurs et réceptions qui faits lui avoient été par lui, la reine, prîncesj princesses, barons, chevaliers, dames et damoiselles j et de tous les nobles de son royaume, et des grands chères qui faites lui avoient été en passant parmi son royaume j laquelle chose il n'attribuoit point à lui, mais le tenoit être fait pour l'amour de son souverain seigneui^ monseigneur le duc de Bourgogne, auquel, moyennant la grâce de notre Seigneur, à son retour, il l'en reraercierôit grandement^ Lors le roi répondit et dit: « Messire Jacques, cmyéz certainement que pour l'amour de tiotre bel oncle le duc de Bourgogne, et notre tante la duchesse son épouse, nous et les nôtres voudrions à notre pouvoir complaire, et faire service et honneur à tous ceux qui en leur nom viendroient par deçà; et après eux> devant tous les chevaliers^ qu'avons vu en notre royaume , vous voudrions faire plaisir, et bien voudrions que plus en eussions sçu faire. Vous êtes gentil chevalier, vous prendrez «n patience ce qu'avez trouvé par deça^ car nous voyons qu^en vous a tant de vertus, que digne êtes de les avoir. »
rSo CHROMQt'E Dt BON CHEVALlIR