AVERTISSEMENT
Un érudit, dont le savoir et rexpérience ont une grande autorité dans les choses littéraires, nous écrivait, il y a quelque temps : « Le moment est venu, ce me semble, où Ton va remettre en honneur les ouvrages de notre ancienne littérature, et surtout ceux qui portent, dans les idées, dans la ibrnie et dans le style, rempreinte de cet esprit français, que nos pères appelaient Vesprit gaulois. Ce sont, en général, des poètes, des romanciers, des conteurs, des comiques, que vous verrez revenir, en quelque sorte, à la mode. On peut dire qu'ils n'ont pas vieilli, ou, du moins, qu'ils ont conservé, en vieillissant, comme les vins généreux, la chaleur et le parfum qui les caractérisent. Il faut que, de temps à autre, de siècle en siècle, la littérature se retrempe et se régénère, en remontant à sa source et en ravivant ses origines. Quel que soit le changement qui se fasse dans les mœurs et les goûts du pays, on sent bien que ces productions d'une autre époque, si naïves, si ingénieuses et si charmantes, sont comme le dépôt du génie national : tout est là, le bon sens, la bonne gaieté, la bonne langue. »
La tendance que nous signalait l'auteur de ces observations est, à présent, plus prononcée que jamais. On recherche, on lit, on étudie, avec autant de curiosité que d'intérêt, les anciens écrivains français, et, de préférence, ceux qui se rattachent à la littérature gauloise, si l'on peut s'exprimer ainsi, des quinzième, seizième et dix-septième siècles. Jamais on n'a mieux goûté les chefs-d'œuvre de Molière et de la Fontaine, tous deux formés 'a l'école de cette littérature vraiinent française, qui a son berceau dans les fabliaux des trouvères et dans les farces du théâtre de la Basoche.
Nous avons donc eu la pensée de choisir, parmi les trésors si variés et si peu connus de notre ancienne littérature, ceux qui sont marqués au sceau indélébile de cet esprit français ou gaulois, que l'on retrouve dans certains ouvrages, de tous genres, écrits à toutes les époques, chroniques, mémoires, poésies, contes, romans, facéties, théâtre, etc. Nous réimprimerons ces différents ouvrages d'après les meilleures éditions ou les meilleurs manuscrits , avec des notes et des notices historiques, philologiques et critiques, en nous efforçant, autant que possible, de faire entrer chaque ouvrage ou chaque recueil dans un seul volume ; car c'est enrichir doublement les bibhothèques des amateurs, que de réduire le nombre des volumes, en augmentant celui des ouvrages.
Toutes nos éditions seront donc nouvelles, faites exprès pour notre collection, par les savants et les écrivains qui sont les plus familiers avec nos vieux auteurs et qui se recommandent déjà par des travaux analogues. Nous tiendrons à ce que ces éditions présentent un texte à la fois plus correct et plus complet que celui des autres éditions; car on exige aujourd'hui, dans la réimpression des ouvrages anciens, un soin tout particulier et une correction minutieuse, ce qui prouve qu'on n'achète plus des livres que pour les lire, et, comme on l'a dit dans la préface de notre édition de VHeptaméron, c'est un devoir pour tout éditeur de faire mieux que ses devanciers.
Quant à l'exécution matérielle de la Bibliothèque gauloise, il ne nous appartient pas d'en faire ici l'éloge; mais nous espérons que les acquéreurs de ces éditions nouvelles se chargeront de cet éloge, que notre habile imprimeur, M. Simon Raçon, ne manquera pas de justifier par le concours habile et intelligent qu'il doit prêter à notre publication. Nous nous elForcerons de satisfaire les amateurs les plus difficiles par le choix et la correction des textes, la beauté et la solidité du papier, l'égalité et la netteté du tirage.
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