LIVRE VI, CHAP. V
est proclamé clans la Loi et les Prophètes n’est pas le Père do Christ ; celoi-là, rdisait-il,] est connu, celui-ci n’est pas connu ; celui-là est juste, celui-ci est hon, » — Cerdon et Marcus étaient d’a- 1)0 rd adonnés à la maorie. Ils baptisaient dans l’eau ceux qui se faisaient leurs disciples en disant : « Au nom du Père de tout, qui est inconnu, et au nom de la vérité, mère do tout, et au nom de celui qui est descendu sur Jésus ; » et ils [lOli] remémoraient d’autres noms hébreux pour l’étonnement de ceux cjni pratiquaient leurs mystères.
Histoire de Marcion. — Il était du Pont, fils d’un évêque de ce pays. Son père l’ayant chassé pour avoir corrompu une vierge, il monta à Rome, et de là passa en Asie, oii il s’attacha à l’évêque d’une certaine ville, appelé Arlstinus, qui le fit prêtre. Arlstinus étant sur le point de mourir, et Marcion ne se trouvant point présent, il appela Satornilus et lui dit : « Je remets le dépc’it* du sacerdoce entre tes mains juscju’à ce cpie Barclon arrive. Rends-lul’ tout ce que tu reçois de mol et fpi’ll soit votre pasteur; car il est prêtre, et il t’ordonnera prêtre^ (?). » — (Quelques jours après il mourut. — Satornilus dit ces choses à Barcion, et Barcion lui répondit :
« Comment mol qui suis âgé*, qui ai prêché et baptisé, pourrai-je courber la tête devant toi qui es jeune? » — Celuici reprit : « Ce n’est pas devant mol que tu courberas la tête, mais devant l’Ancien
paroles avec celui qui avait altéré la vérité*.
Quand les chrétiens furent persécutés sous le règne de l’empereur Antonln, le bienheureux Polycarpe priait constamment pour la paix® de l’Eglise.
Etant en prières trois jours avant son martyre, il eut une vision pendant la luiitL 11 lui semblait que le coussin qui était sous sa tête avait pris® feu subitement [lOd, et était consumé. Quand il s'éveilla, il expliqua la vision et dit : « Je dois sortir de ce monde par le feu, pour le Christ. » Quand les persécuteurs vinrent le saisir, il leur parla avec un visage calme, leur présenta à manger et leur demanda de pouvoir prier. Tandis qu’il priait, plusieurs furent contristés de ce qu’un tel homme, vieillard chaste ctaeréahleà Dieu, devait mourir. Lorsqu il eut fait mention de chacun dans sa prière, on l’amena à la ville. Il y eut un grand tumulte® dans le stade. Comme il y entrait, une voix vint du ciel et dit : « Sols courageux, Polycarpe! » Lejugeluidit : — « .Méprise le Christ et je te relâche! » — Le saint lui répondit ; « 11 y a 86 ans que je le sers, et il ne m’a jamais fait de mal. Comment pourrais-je mépriser mon roi? » — Le juge reprit ; « Jure par la fortune de César ! » — Polycarpe dit: «Tu es souverainement ridicule de vouloir Ignorer qui je suis. Ecoute, je le dis] spontanément'* ; Je suis chrétierf. Si tu veux connaître la doctrine du christianisme, donne-moi le temps'- et
1. Lire : itipaOriXï), — 2. Litt. : « place sur sa tête ». — 3. Le texte parait légèrement
altéré. — 4. Lire :
5. H. E., IV, XIV. — G. Lire : U»*. — 7. H. E., IV, xv, — 8. Lire : — 9. 6ôpêoo:. — 10. ttiV
Kaîiapo; x’j-/ï)v. — 11. p.=Tà TrotppY-.ai’ai;. — 12. 5b; ïipspav.
des jours, Seigneur du sacerdoce. >> — Barcion ne se laissa pas fléchir par ces paroles. Satornilus lui dit : « A Dieu ne plaise que je rejette ce que tu as méprisé. » Et Barcion s’en alla dans la région oii il circulait, et se mit à prêcher une doctrine impure et contraire h la doctrine véritable des Apôtres. Il disait qu’il n’y a point de résurrection, ni de jugement, et ses disciples l’appelèrent Marcion, en signe d’honneur, parce que Barcion signifie « chien aboyeur ». Il place trois êtres dans l’essence, il appelle l’un le Bon, l’autre le Juste et met entre les deux la matière, qui est le Mal, dans la profondeur. Quand le Créateur voulut vaincre le mal, il prit la matière et en fit tout ce qui existe : de ce qui est pur il fit le soleil, les quatre éléments et le paradis ; il prit de la boue du paradis, en fit l’homme, et plaça en lui une Ame tirée de sa propre nature ; des ténèbres' il lit le seôl, le tartare et les autres choses mauvaises. Il méprise le Créateur et les Prophètes. II n’admet que Luc. 11 disait que le Nouveau Testament avait été d<)iiné par le Bon, et l’Ancien par le Juste', que Notre-Seigneur le Christ était censé avoir pris un corps et avoir soufl’ert, tandis qu’il n’a pas souflert. — Cet impie Marcion fut anathématisé en l'an 47G.
A cette époque florissait l’écrivain ecclésiastique Hégésippe, ainsi que Justus*.
Tatien*, disciple de Justus, [iOOj ne
écoute. » — Le proconsul reprit : « Persuade le peuple. » — Le saint lui dit : « C’est à toi que je dois adresser la parole ; nous apprenons en effet à rendre aux princes et aux puissants établis par Dieu l’honneur convenable sans nous amoindrir ; mais eux je ne les juge pas dignes de [recevoir] notre apologie. »
— Le juge reprit ; « Je te ferai jeter aux bêtes. » — Le saintlul dit : « Appelle-les. Nous ne pouvons changer notre proposition* de bien en mal. » — Aussitôt ils préparèrent un bûcher et ils lui lièrent les mains derrière le dos. Dès qu’il entra dans le feu, celui-ci se recourba comme la voile d’un navire gonflée par le vent, et enveloppa le corps du saint martyr.
Voyant que le feu ne le brûlait point, ils ordonnèrent au bourreau de le percer du glaive. Quand il l’eut fait, il sortit du saint une grande abondance de sang
qui éteignit le feu. Lorsqu’il eut expiré, ils se remirent à le faire brûler, pour que la foule des fidèles ne l’enlevât pas. Les fidèles recueillirent les restes de ses ossements.
Justus le Philosophe, après avoir présenté à l’empereur une seconde Apologie en faveur de notre doctrine, et composé de nombreux Traités®, fut aussi couronné du martyre’. On lui doit aussi une interprétation des Livres de l’Ancieu Testament*.
Le 11“ évêque de l’Eglise de Rome fut Soter, pendant 8 ans®.
1. Lire : (BH., Chr. eccl., 1, 4'»). — 2. Justin. Cf. H. E., IV, vitr, — 3. Ihid., IV, xxix.
4. C’est-à-dire la foule. — 5. U.aa»L traduit exactement [xetotvoca. Le texte d’Eusèbe présente luiméme quelque difliculté. — 6. //. E., IV, xviii. — 7. Cf. ihid., xvi. — 8. Cette mention n’est pas dans Eusèbe, — 9. H. a. 2185; II. E., IV, xix.