‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 116 sur 160 · CHAPITRE CCLXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXI

Où il est (ait mention comment le seigneur de la Morée descend du doc de Bourgogne, petit-fils du roi deFrancc, dont madame Isabelle , femme du seigneur infant EnFcrrand de Majorque, descend en ligne directe.

Je cesse de vous parler de cette guerre , qui est suspendue par une trêve , et reviens à vous parler de ce qui advint au seigneur infant En Ferrand de Majorque. II est de fait qu’il y a bien deux cents ans que des barons de France firent , pour obtenir des indulgences, le voyage d’oulre-mer. Leur chef était le duc de Bourgogne , et son frère le comte de la Marche *. Ils étaient petits-fils du roi de France. Le duc était le plus âgé ; ils étaient suivis de mille cavaliers français et d’un grand nombre d’hommes de pied. Ils allèrent à Brindes , où ils se réunirent et tardèrent tant que l’hiver les surprit. On leur conseilla d’attendre le printemps; mais ils ne voulurent prendre conseil de personne , et partirent de Brindes avec une grande quantité de vaisseaux et de navires , et se mirent en route. La fortune les seconda, et ils arrivèrent à Clarence en Morée.

Il est vrai de dire qu’en ce temps-là , le Grec qui était prince de la Morée , duc d’Athènes , seigneur de la Sola , seigneur de la baronnie de Matagrifo, seigneur de la baronnie de Damala , seigneur de la baronnie de Mandissa , et de la Bandi-

i. R. Muntancr confond ici les dates et le» noms. V .pour l’expédition de Morée en iio4,lc4* vol. de cette collection.

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nica , (Bodonitza) et de Négrepont , était un fifs bâtard de l’empereur de Constantinople , qui s’était révolté, avec toute sa terre, contre son père l’empereur et contre le saint-père apostolique ; et c’était un homme de mauvaise vie.

Quand ces barons de France se virent en si mauvaise saison , et encore loin de leur passage , ils envoyèrent un message au pape , lui disant: que, si tel était son bon plaisir, ils enlèveraient ce pays à ce bâtard de l’empereur de Constantinople ; qu’il leur accordât les indulgences qu’ils devaient obtenir outre-mer , et qu’ils feraient part des terres aux prélats, évêques et archevêques de la foi catholique. Que vous dirai-je? Le pape leur accorda tout ce qu’ils demandaient.

Tandis qu’ils avaient envoyé leurs messages au pape , l’empereur se trouvait au royaume de Salonique , et venait pour attaquer son fils ; mais il ne pouvait traverser la Blaquie du despote d’Arta , qui était allié de son fils , et il ne savait quel parti prendre. Il apprit que ces deux grands personnages, qui étainte frères et de plus petits-fils duroide France, étaient dans ce pays avec de grandes forces. Il leur envoya dire que s’ils voulaientdétruire son traître de fils, il leur donnait franche et nette cette terre qui lui appartenait. Lesdits grands personnages furent très contents de cela , et envoyèrent à l’empereur deux de leurs chevaliers, afin qu’il leur livrât le privilège de ce qu'il leur avait promis. Ces envoyés allèrent trouver l’empereur et rapportèrent , en une bulle d’or , une

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bonne déclaration, bien scellée de ladite donation. De plus , Vempereur leur envoya des secours d’argent. Que vous dirai-je ? Ces deux magnifiques seigneurs élevèrent une cité qu’on appelle encore Pal ras ; ils y placèrent un archevêque , et défièrent ce fils de l’empereur , qui se nommait Andronich, lequel ayant réuni toutes ses Forces et une partie de celles du despote d’Arta , vint les attaquer. Ceux-ci vinrent en plein champ, et Dieu voulut qu’Andronich fût vaincu et périt dans la bataille , ainsi que toute la cavalerie qui était en sa puissance , et une grande partie des troupes à pied qui étaient avec lui. Ainsi ces deux seigneurs Furent maîtres de ce pays qu’il gouvernait , mais où le peuple le détestait. Ils s’emparèrent donc de tout , cités , villes , châteaux. Ces deux seigneurs se partagèrent les terres; le duc fut prince de la Morée , et le comte Fut duc d’Athènes, et chacun d’eux eut sa terre Franche et quitte. Ensuite ils firent le partage de toutes les baronnies , châteaux et autres lieux qu’ils distribuèrent à leurs chevaliers , ainsi qu’à ceux qui étaient en Morée , et à d’autres qui vinrent de France.

Or, de ces seigneurs sontdescenduslesprincesde la Morée, etdetous teuipsils ont épousé des Femmes des meilleures maisons de France; de même, lesautres Riches-hommes et chev aliers ne prenaient pour femmes que celles qui descendaient de chevaliers français ; aussi disail-on que la plus noble chevalerie du monde était celle de la Morée . et on y

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parlait aussi bon français qu’à Paris. Et cette noble chevalerie dura jusqu’au moment où les Catalans l’exterminèrent en un seul jour , lorsque le comte de Brienne vint les attaquer , ainsi que je vous l’ai déjà raconté. Soyez assurés qu’ils périrent tous, et qu’il n’en échappa pas un seul.

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