‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 22 sur 160 · CHAPITRE CLXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXIX

Comment le roi Cliarlci envoya tes troi* fil» avec vingt enfant» de a noble» de Provence , pour Auge» , au roi d’Arragon ; et comment , ayant appriaque le roi de Sicile faisait le sidge de Gaëte, U demanda des secours au roi de France et au Saint-Père.

Il avait à Marseille deux de ses fils, savoir : Monseigneur En Louis, et monseigneur En Raimond Béranger, quiétait son cinquième fils ; il lesenvo} a tous les deux, et vingt filsde gentilshommes de Provence, au roi d’Arragon , à Barcelonne , pour le remplacer en sa captivité. Le roi d’Arragon les reçut et les envoya à Ciurana, où ils furent gardés comme si le roi Charles y eût été lui-même. Le roi Charles, après avoir fait tout ce à quoi il s’était engagé , alla en France et demanda au roi des secours en cavalerie , parce qu’il avait appris que le roi de Sicile faisait le siège de Gaëte. Le roi de France lui accorda ce qu’il lui demandait , tant en troupes

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qu’en argent. Il partit cle France avec une nombreuse cavalerie, et alla trouver le pape, à qui il demanda aussi des secours qui lui furent accordés ; et avec ces forces il vint à Gaëte. Là, se rendit son fils aîné Charles Martel, avec de très grandes forces.

Le rassemblement fut très considérable. Sil’amiral et les autres seigneurs qui étaientauprès du roi , y eussent consenti , il leur aurait certainement présenté la bataille; mais ils ne voulurent point le permettre , et se fortifièrent tant qu’ils purent dans leurs positions. Le roi Charles assiégea le roi de Sicile, qui, de son côté tenait la ville assiégée, et tirait dessus avec ses trébuchets , et la ville lui ripostait.

Le roi Charles faisait aussi jouer ses machines contre le roi de Sicile, qui en faisait autant contre son ennemi. Tous les jours les hommes du roi de Sicile se battaient contre ceux de la ville et contre ceux du roi Charles 5 c’étaient des prodiges. Cela dura long-temps. Le roi Charles vit que cette position lui tournait à mal ; que le roi de Sicile finirait par s’emparer de la ville , et que dans ce cas toute la principauté et la terre de Labour seraient perdues; il fit en conséquence proposer une trêve au roi de Sicile , et le lui manda par ses envoyés. 11 lui écrivit qu’il réclamait une trêve pour un temps; qu’il lui déclarait qu’il l’assiégeait contre l’aveu de sa conscience , puisqu’il avait promis sur serment au roi d’Arragon , que, dès qu’il serait en liberté , il ferait tousses efforts pour avoir avec lui bonne paix

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et amitié ; qu’il était dans l’intention de remplir sa promesse, si Dieu lui faisait la grâce de le laisser vivre; et que la trêve serait plus propice que la guerre pour traiter de la paix.

Le roi de Sicile ayant pris connaissance de ces propositions, et sachant que ce que le roi Charles disait était vrai , n’ignorant pas aussi quelles étaient les vertus du roi Charles, et qu’il traiterait de la paix avec bonne foi, si une trêve avait lieu , accorda la trêve ; il fut convenu que le roi Charles se retirerait, et qu’aprèsson départ le roi de Sicile se rembarquerait avec tout son monde. Ainsi, le roi Charles alla à Naples avec son armée , après quoi le roi de Sicile fit son embarquement à son aise et vint en Sicile , à Messine, où on lui fit de belles fêtes. L’amiral désarma ses galères. Ensuite le roi de Sicile alla visiter ses royaumes et toute la Calabre ; l’amiral l’accompagna ; ils s’amusèrent, chassèrent et conservèrent long-temps toutle pays en paix et en grande justice. Je les quitte pour vous parler du roi d’Arragon.

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