‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 2)Chapitre 60 sur 160 · CHAPITRE CCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCVI

Comment lesTure» furent vaincus à Tira par Eu Corberan d’Allct, qui y fut blesse d'une Quche et mourut; et comment Eu Beranger deRocafort vint à Constantinople avec deux galères et deux cents cavaliers, et. à Épbèsc où est le tombeau de monseigneur saint Jean l'evangelislc.

Lorsqu’ils furent dans la cité de Tira, ceux des Turcs qui avaient échappé à la bataille, avec d’autres qui s’étaient réunis à eux et qui étaient de la gabelle de Mondexia, se rendirent à Tira, dans

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l’église où repose le corps de monseigneur Saint- George , qui est une des belles églises que j’aie jamais vues et près de Tira, à environ deux milles.

A l’aube du jour les Turcs vinrent à Tira et ne savaient pas que les Francs y fussent. Et dès qu’ils » commencèrent à aller fourrager , la garde s’avança à leur rencontre. Le méga-duc regarda et vit les Turcs, et tout le monde pouvait les voir, car ils étaient tous dans la plaine, et la cité de Tira est sur une hauteur. Il envoya sur-le-champ dire à En Corberan d’Alet , sénéchal de l’armée , d’y aller avec la troupe qui voudrait le suivre. La troupe prit les armes et se hâta, et En Corberan, avec environ deux cents hommes à cheval et mille à pied, aller fondre sur eux, si bien qu’il les mit bientôt en déroute etlua plus de sept cents hommes à cheval et beaucoup de gens de pied. 11 les eût tous tués , mais la montagne était tout près, et ils laissèrent leurs chevaux et s’enfuirent à pied par la montagne. En Corberan d’Alet, quiétaitbon chevalier et plein de bonne volonté , voulut aussi descendre de cheval et les poursuivre sur la montagne; mais les Turcs, qui virent que ceux-ci montaient après eux, prirent le parti de tirer leurs flèches , et par malheur une flèche frappa ledit En Corberan , qui avait ôté son chapeau à cause de la chaleur et de la poussière , et là il périt. Les chrétiens se rangèrent autour de lui, et les Turcs se sauvèrent.

Quand le méga-duc l’apprit , il fut très affligé , parcequ’il l’aiiuait beaucoup. Il l’avait fait séné-

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chai et lui avait destiné pour femme uoe fille qu'il avait eue d’une dame de Chypre et qui était restée auprès de madame la mégaduchesse ; les noces devaient se faire quand ils seraient retournés à Constantinople. En Corberan fut enterré dans l’église de St. -George , avec dix autres chrétiens morts avec lui, et pendant les huit jours que restèrent le méga-duc et l’armée on leur fit un beau monument , et la tombe d’En Corberan fût riche et belle. Le méga-duc envoya des ordres de Tira à Emira et d’Emira à Chio, à l’amiral En Ferrand d’Aunès, pour qu’il vînt à la cité d’Avie avec toutes les galères et les hommes de mer qui étaient avec lui. Ainsi fit-il. Et dès qu’il fut prêt à partir de Chio, En Rocafort, avec deux galères, vint à Constantinople^ et amena deux cents hommes de cheval , avec tout leur harnais , moins les chevaux ; il amena aussi bien mille almogavares et vint vers l’empereur. L’empereur lui envoya dire qu’il allai où il savait qu’était le méga-duc , qu’ils vinssent à l’ile de Chio, et qu’avec l’amiral, ils partiraient ensemble de Chio et viendraient à la cité d’Avie.

Lorsqu’ils y eurent resté environ huit jours, ils reçurent la nouvelle que le méga-duc venait ; ils en eurent grande joie , et envoyèrent au méga-duc, deux messagers qui le trouvèrent à la cité de Tira; et le méga-duc fût tressalisfait et voulut que j’allasse à Avie , et que j’amenasse En Beranger de Rocafort dans la cité d’Allolloch , que l’écriture nomme Ephèse.

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Dans ce lieu d’Ephèse est le tombeau dans lequel monseigneur saint Jèan l'évangéliste se plaça qua/ul il eut pris congé du peuple , et puis on vit un nuage comme de feu ; et l’opinion est qu’il monta au ciel en corps et en ame avec ce nuage. Cela paraît bien par le miracle que l’on voit chaque année à son tombeau ; car le jour de Saint-Estienne, chaque année, à l’heure desvespres, ilcommenceàsortir quelque chose du tombeau duditsaint Jean, qui est carré et placé au pied de l’autel ; audessus est une belle pierre de marbre qui a douze pans de long et cinq de large : au milieu de la pierre sont neuf trous fort petits ; et de ces neufs trous, quand on commence à dire les vêpres le jour de Saint-Etienne, lesquelles vespres sont de Saint-Jean , il sort de' chaque trou delà manne, qui monte bien un pied au-dessus de la pierre, et sort ainsi qu’un courant d’eau. Et cette manne sort, et commence à sortir, ainsi que je vous ai dit, dès que les vêpres de Saint-Jean commencent, c’est-à-dire le jourde Saint-Etienne, et continue toute la nuit et tout le jour de Saint-Jean , jusqu’au soleil couché : si bien que cette manne, quand le soleil est couché et qu’elle a cessé de sortir, est en tout de trois quarlerades de Barcelonne. Cette manneest merveilleusement utilepour beaucoup de bonnes choses. C’est à savoir, que qui en boit quand il sent venir la lièvre, jamais cette fièvre ne lui vient. Et d’autre part, si une femme est en travail d’enfant et ne peut accou-

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cher, qu’elle en boive avec de l’eau ou avec du vin, elle est délivrée aussitôt. Et d’autre part, celui qui est en danger de mer, qu’il en jette dans la mer trois fois au nom de la Sainte-Trinité , de madame Sainte-Marie , et du bienheureux Saint- Jean l’évangéliste , et le danger cesse aussitôt ; et encore celui qui a mal à la vessie, et en boit en prononçant ledit nom , est guéri aussitôt. On donne de cette manne à tous les pèlerins qui y viennent, et elle ne sort que de deux années Tune.

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