CHAPITRE CCXLIIr
Comment la Compagnie dut pour chef l'infant Mainfroi , aecond fil» du roi de Sicile , et lui prêta «crmcnt comme a »on chef et seigneur : et comment, suivant leur accord, le seigneur roi leur envoya, au nom de l’infant, En Beranger Estanyol , qui les gouverna long-temps et avec sagesse.
Les Catalans se voyant ainsi établis dans le duché d’Athènes et maîtres du pays , ils décidèrent tous d’adresser un message au seigneur roi de Sicile, lui disant que s’il voulait leur envoyer l’un de ses enfants, ils lui prêteraient serment comme à leur maître, et qu’ils lui livreraient toutes les forces qu’ils possédaient, voyant qu’ils avaient besoin d’un chef. Le roi de Sicile résolut de leur donner pour gouverneur son second fils ; c’est-àdire , l’infant Mainfroi; ils en furent satisfaits; mais le roi leur fit dire que son fils était si jeune qu’il ne pouvait encore le leur envoyer ; mais qu’ils prêtassent serment entre les mains d’un chevalier, pour l’infant, au nom duquel il les gouvernerait. Ils tombèrent d’accord , et toute la troupe fit serment de reconnaître l’infant pour maître.
(,3,3) DB RAMOX MUNTANER. 257
Le seigneurroi ordonna à un chevalier nommé En Béranger Estanyol, qui était du Lampourdan, de se rendre auprès d’eux pour commander l’armée, et de recevoir de tous foi et hommage. Le seigneur roi le leur envoya avec cinq galères. Et lorsque les envoyés furent de retour, on fut très satisfait de leur message, et de voir qu’En Béranger Estanyol était venu pour les gouverner et commander au nom de l’infant Mainfroi. Or, ledit En Béranger Estanyol gouverna l’armée très long -temps et très sagement, comme un brave chevalier ; il fit de hauts faits d’armes à la tête de la Compagnie , car il avait à combattre des marquisats et châteaux, et autres lieux de l’empereur; et le marquis de Lange, seigneur de la Blaquie, et d’autre part, le marquis du despotat de l’Aria , et encore d’un autre côté , le priuce de la Morée. En Béranger Estanyol s’arrangeait de manière à être en guerre avec l’un d’eux, et en trêve avec les autres ; et lorsqu’il avait dévasté la contrée où il avait la guerre , il la quittait et allait guerroyer contre les autres. Et c’est encore la vie qu’ils mènent, car sans la guerre ils ne pourraient subsister.
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