‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 100 sur 159 · CHAPITRE CCXLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLIV

1) raconte ce qa'ayait été messire Bonifacè de Yëroxme et son originer ; et comment le dac d'Athènes reçut Tordre de chevalerie dadit bmssire Bonifacè de Yëronne , et loi fit de grands dons et honneurs le jour qu'il fat arme cheyalier.

Il est de toute vérité que le duc d'Athènes était un des plus nobles hommes qui soient dans l'empire de Romanie, et des plus grands après le roi. Il y eut anciennement deux frères , fils du duc de Braymon^ (jui firent le voyage d'outremer, pour la sainte Eglise romaine , avec une nombreuse cavalerie et grand nombre d'autres personnes et de navires. Ils s'étaient réunis à Brindes et à Venise ; et l'hiver suivant, ils arrivèrent au port de Clarence. Alors les gens de ce pays étaient rebelles à rÉglise ; et ces deux seigneurs envoyèrent dire au pape que s'il voulait leur donner la principauté de la Morée , ils en feraient la conquête cet hiver , et que sans cela ils ue pouvaient aller plus en avant. Et le pape le leur octroya avec grand plaisir. De

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sorte que ces deux frères conquirent toute la principauté et le duché d'Athènes ; l'aîné fut prince de Morée, et le plus jeune ducd'Âfhènes, et chacun d'eux eut sa terre franche et quitte. Et ils donnèrent à leurs chevaliers, châteaux, maisons et terres^ de sorte qu'il s'y établit aussitôt mille chevaliers français^ qui firent tous venirde France leurs femmes et leurs enfants. Ensuite ceux quiy vinrent après eux prirent des femmes des plus hauts barons de France; et ainsi ils sont en droite ligne nobles hommes et de noble sang. Il se trouva que le bon duc d'Athènes, qui , ainsi que je vous l'a^i déjà dit , laissa la terre au comte de Brienne , voulut être reçu chevalier , et fit convoquer une cour plé-^ nière ^ par toute sa terre , et fit dire que le joui> de la Saint- Jean de juin, tout homme de marque de son duché fut rendu à la cité d Athènes, parce qu'il voulait prendre l'ordre de chevalerie ; il manda la même chose aux prélats et à tous autres gens notables. Ensuite il fit publier que tous ceux , quels qu'ils fussent, qui s^y rendraient, recevraient de lui des dons et des grâces. La cour pléïiière fut convoquée bien six mois avant d'avoir lieu. Il est certain que le seigneur de Véronne , bonne cité de Lombardie ; eut trois fils : l'aîné fut héritier de Véronne; il donna au second trente che- "valiers et trente fils de chevaliers , et l'ènvova en Morée au duché d'Athènes. Et celui qui était duc

d'Athènes, père de ce duc dont je vous parle en

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l'Corts.,

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ce moment, le reçut de bon cœur , loi lionaa beaipcoupde ses biens , le fit tin puissant Bich^-Homme^ lui donna une feAme avec de grandes richesses -, et le fit chevalier. Il eut de sa femme deux fils et deux filles. Et quand ses frères surent qu'il lui advenait si bien , messire Boniface dit à son frère , qui était le plus jeune ^ qu'il voulait aller joindre son frère en Morée , désirant plaire à son frère , et l'aider du mieux qu'il pourrait. Or messire Boniface 1;» 'avait qu'un château , que son père lui avait laissé 9 et il le vendit afin de mieux s'équiper. Il se disposa donc à parlir avec dix chevaliers et dix fils de chevaliers , et se fit recevoir chevalier par son frère aîné , parce qu'ils valait mieux qu'il partît comme chevalier que comme écuyer ; eardanscespajSy aucun fils de Biche-I^omme n'est considéré s'il n'est chevalier ; voilà pourquoi il se lit armer chevalier par les mains de son frère.

Aipisi il partit de Lombardie » se rendit à Venise, et de là au duché d'Athènes. Quand il fut arrivé auprès d^ duc, qui le reçut fort bien , il trouva que son frère était mort , il n'y avait pas trois mois , et qu'il avait laissé deux fils et une fille. Ainsi ce Riche- Homme se regarda comme dénué , puisque le bien d(B ses neveux ne pouvait luiservinen rien , et que les tuteurs ne lui pouvaient riendonner.. Vous compte* uez par 1 à commen t ilse regardacommeen tièrement dépouillé. jEt le bon duc^quile vit ainsi déconcerté, l'encouragea, et luiadit de ne point s'affliger, qu'il le recevrait dans sa maison et dans son conseil , ci qu'il aurait également soin de tous ceux qui

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étaient veous avec lui„ Ain^^i ce Riche-Homme fut eotièremeQt remis sur pied , et le duc lui fit assir gaev les revenus nécessaires pom^ lui et §s^ com/r pagaie. Que vous dirai*je? Il véoqt ainsi |>^adant septanSy sibieaque jamais en la cour du duc nul ne fut plqs élégamment et plus richement vêtu et équipé que lui et sa compagnie. De sorte qu'il donnait du brillant à cette cour par sa présence. Le bon duc remarquait son bon sens et son intelligence. Tou-^tefois il n'en témoignait rien ; d'un antre côté, il le trouvait fort sage dans le conseil. A l'époque donc où le duc convoqua sa cour plenière»chacun fit tous ses efforts pour se bien équiper soi et ses gens, et an^ener des jongleurs , de manière à paraître avec honneur à la cour.Que vous dirai*je ? Le jour où la cour pleqière eutlieu^persQnnç ne fut nisiélégamr ment ni si richeinent vêtu que messire fioniface et sa compagnie.Ileutbicn centguidons ayecsabamiière, et il prit tout cela sur les fonds qu'il avait à rece-* voir par la suite. Que vous dirair-je ? La fête comr^ mança avoc éclat; et lorsqu'on fui à la cathédrale , où le duc devait jR^evoir l'ordre de chevalerie , l'ariçhevéque d'Mhènes ajant dit la messe, et les. aro9^s du duc étant sur l'autel, tout le monde at^tendait le moment où Iç duc serait reçu x^voUier , peotôntque le roi de France et l'empeceur senaierit darmés que le duc voulut biem recevoir l'ordre ae kurs mains. Et comme l'on était dans l'attente ^ il fit appeler messire Soniface de Véroone ; ceiii^i^e * s'approcha, et le duc lui dit :^< Messine .Bonifacë, « prenci^ piî^ç^ À cftté 4^ l'iJi^-idieyêqji*» , Q4v je veux

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» que VOUS m*ariniez chevalier. » Messîre Boniface lui dit î « Ah ! mon seigneur, que dites-vous? Vous » moquez-vousde moi?»— «Non, certes, ditleduc, M je veux que cela soit ainsi. » Et messire Boniface , vojant qu'il parlait du fond du cœur , s'avança de l'autel , auprès de l'archevêque , et donna au duc l'ordre de chevalerie. Lorsque cela fut fait , le duc dit à haute voix : « Messife Boniface, l'usage est » que ceux qui reçoivent un chevalier lui fassent » un présent; eh bien ! je veux faire tout le con- » traire envers vous qui m'avez fait chevalier ; car » je vous donne dès à présent cinquante mille sols » tournois de revenu , à jamais , pour vous et les » vôtres , tant en châteaux qu'en bonnes terres » et en franc-aleu , pour en faire vos plaisirs et vo- » lontés. Je vous donne aussi pour femme la fille » d'un baron qui est demeurée auprès de moi , et » qui a en partage la tierce partie de l'île et de la » cité de Négrepont. » Voyez comment en un jour et en une heure, il le dota et lui fit en même temps le plus» beau présent qu'ait fait jamais un grand prince. Chose nouvelle et étrange ! Et messire Boniface vécut riche et bien fourni. Et le duc en mourant sembla lui laisser son ame ; et le fit procureur du duché jusqu'à ce que le comte de Brienne y vînt. D'après cela, vous savez de qui ét^it fiUe la femme d'En Alphonse-Frédéric. A présent, je ne vous parlerai plus de ce* qui se passa en Romanie ;. et je vais vous parler^de nouveau des seigneurs rois d'Arragon, de Majorque et de Sicile.

FIN DE' Ii'ËXPÉplTtON DB |l01fAN(B«

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