CHAPITRE CCLIL
Gomment moi, Bamon Mantaner, je me rendis à Gerbes , en qualité de gouverneur, et pris possession da cbàteau , et reçus hommage de tous ceux qui y étaient ; comment pendant trois fois je citai. tous ceux de Miscona, et Alef leur chef, et les défiai, et les poussai dans uù coin de nie , où ils éprouvèrent une telle faXm. , qu^ils faisaient du pain avec la sciure des palmiers.
Dès que j'eus armé, je partis de Messine, et En Simon de Montoliu , monté sur son vaisseau armé, partit en même temps que moi. Nous fûmes bientôt rendus à l'île de Gerbes. Quand nous fûmes au château , nous trouvâmes qu'il y avait devant ledit château quatre cents hommes à cheval , des Maures du roi de Tunis ; tous les Maures de l'île étaient là aussi ; et nous trouvâmes que la porte était fermée • Aussitôt nous abordâmes au château
.et nous y entrâmes. Je puis vous assurer que je trouvai la guerre dedans aussi bîen que dehors . entre les cavaliers et écuyers qui avaient échappé à la défaite et les gens du château. Avant de rien, entreprendre, je reçus le châleau et Thommaget oe tous ceux qui y étaient. Je remis ensuite une lettre du seigneur roi à messire Pélegrin de Piti et aux autres chevaliers et écuyers. Le seigneur^ roi leur mandait qu'ils me fissent tous hommage de bouche et de mains, et qu'ils gardassent ma personne comme ils feraient la sienne. Et aussitôt ils remplirent les ordres du seigneur roi.
Quand tout ceci fut fait, je mis de gré ou de force la paix parmi eux tous; et je fis en sorte qu'à l'avenir nul ne portât envie à l'autre , soit pour femme, soit pour autre chose. Après quoi je distribuai à chacun sa paie et des provisions. En même temps le seigneur roi m'avait envoyé les trois natires chargés, ainsi que je l'avais demandé. Lorsque je les eus reçus , j'envoyai mon vaisseau armé à Gapis, où étaient tous les anciens de la maison de Ben Simomen dans le château d'un Aiarps, leur ami , grand seigneur de ce pays , et qui se nomme Jacob Ben Atia. Et dès qu'ils eurent entendu la lecture des lettres que le seigneur roi leur adressait , ainsi que ma lettre , ils montèrent sur mon vaisseau et vinrent à moi. Tandis que le vaisseau allait les trouver, je fis placer des piquets à la distance d'un trait d'arbalète autour du château , et je défendis à qui que ce fut de dépasser
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oes piquets sans mon ordre, sous peine d'être puni comme traître. J'ordonnai aussi que deux fois c^liaque jour une escouade avec un arbalestrier Sortissent pour combattre. Nous étions dedans "tTente cavaliers pesamment armés et quinze chev^aax légers; et dès lors nous commençâmes à nous défendre très bien et avec ordre. De sorte que ïious nous trouvions toujours quelques-uns dehors. Cependant je fis dire aux anciensde l'île de Gerbes, de la part du seigneur roi de Sicile , de venir me joindre ; j'écrivis à chacun d'eux que le seigneur roi leur ordonnait de m'obéir en tout comme à lui-même ; et tous les anciens de Moabie vinrent à moi , ceux qui étaient hors de l'île comme ceux ({ai étaient dedans. Je pardonnai à chacun d'eux tout ce qu'il avait fait. Aussitôt je fis faire un fossé avec un mur en pierre et en terre en dehors du château ; et entre ce fossé et ce mur, je fis construire des cases avec des planches, des nates et du feuiJlagé ; et tous ceux de Moabie se rendaient la nuit auprès de moi avec leurs femmes et leurs enfants. Je distribuai alors des rations de I farine, de légume et de fromage qui m'arrivaient avec abondance. Je fis dire ensuite au traître , c'est-à-dire à Alef , chef des Misconas , qu'il ^. vînt à moi ; il n'en voulut jamais rien faire. Il me \ vint deux anciens des Misconas ; mais leurs gens 1 ne voulurent point se séparer des autres ; et ces u deux étaient , l'un Amar Ben Buceyt et Barquet. . Que vous dirai-je? Il ne s'écoula pas un mois
depuis mon arrivée à Gerbes y que je n'eusse en mon pouvoir trois cents hommes de Moabie , avec leurs fe mmeset leurs enfants.
Lorsque tout cecifutfait, je sommai trois fois ledit Âlef et ceux de Miscona, avant de leur faire aucun mal ; mais ils ne voulurent point venir à merci. Et les ayant sommés trois fois^et eux ne voulant pas venir à merci, je les défiai, et envoyai dans Tîle deusi cents cavaliers des Alarps, tous bons cavaliers , amisde la maison de Ben Simomen, etqui étaient du parti de Moabie ; je leur donnai àchacun un besan^ par jour, qui vaut trois sous quatre deniers barcelonnais; de l'avoine^ et une ration de farine, de légumes et de fromage. Quand j'eus les deux cents cavaliers dans l'île avec ceux de Moabie , je m'oo cupai à faire courir sur les ennemis. Pendant la nuit ^ nous les poursuivions en tout lieu. Que vous dirai-je ? Cette guerre dura quatorze mois , et chaque jour nous nous rencontrions au moins une fois; et^ grâces à Dieu ! pendant ces quatorze mois , nous leur prîmes ou tuâmes plus de sept cents combattants; et nous les mime; en déroute deux ou trois fois. Cependant ils avaient biei) quatre cents hommes à cheval. Que vous diraije? Enfin nous les forçâmes à se retirer dans no CQÎn de l'île, où ils furent tellement pressés par la faim, qu'ils faisaient du pain avec la sciure des palmiers.
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