CHAPITRE CCLX
Comment le seigneur roi de Sicile Trédénc fit armer soixante galère pour d^uire toute la flotte da roi Robert; et comment la reine, mère da roi Robert, et belle-mère da seigneur roi d^ Aragon et da telgnçor roi de Sicile , Payant appris , fît faire une trêve d'un an entre le seigneur roi de Skile et le roi Robert.
ïja est de fait que le seigneur roi de Sicile fut instruit que la plus grande partie des meilleures troupes du roi Robert ^ soit à pied soit à cheval, avaient péri ; (][ue le plus grand nombre des chevaux et dés gens de la flotte étaient en mauvais état^ soit par nK)rt, soit par mtaladies. Alors il fit armer soixante galères à Messine, Palerme, Sarragosse (Syracuse) et autres ports de la Sicile. Quand les galères furent à Palerme, il y fit monter le noble ËnBéranger de Sarria , le noble En Dalman de Ga»tellnou j En Pons de Gastellar et autres nobles et chevaliers. Le seigneur roi vint au Mont Saint-Julien avec toutes ses forces, et ordonna aux galères d'attaquer toute l'armée ennemie ; et le seigneur roi et le seigneur infant En Ferrand, avec toutes leurs
('^'^ DE RAMON XUNTANBR. SoQ
troupes, devaient tomber sur les assiégeants; par ce mojen tous les gens du roi Robert ne pouvaient éviter d'être pris ou tués. Il était aussi aisé de faire cela qu'il est possible à un lion de dévorer trois ou quatre brebis; c'en était fait, ib étaient tous perdus; mais madame la reine , mère* du roi Robert et belle* mère du seigneur roi d'Arragon et du seig'neur roi de Sicile , se trouvant au siège avec le roi Robert et le prince , ainsi que la reine femme du*roi Robert, sœur duseigneur infant En Ferrand, «t cousine-germaine du seigneur roi d'Arragon et de Sicile , elles surent ce qui avait été ordonné. Elles envoyèrent un de leurs messagers au seigneur roi de Sicile et au seigneur infant En Ferrand, qui n'étaient qu'à deux milles de là, les conjurant pour l'amour de Dieu et par amour pour elles , de ne pas faire tomber ce mal sur le roi Robert, de consentir à une trêve d'un an , et de s'engager dans le cours de cette année à s'en tenir chacun au traité de paix qui serait réglé par le seigneur roi d'Arragon. Elles se chargèrent de leur côté de faire ap^ prouver le tout par le roi Robert et par le prince , de manière que nul ne pût revenir là-dessus. Le seigneur roi et le seigneur infant ayant ouï le message, le seigneur roi fît réunir son conseil avec le seigneur infant et les Riches-hommes qui étaient là, et fit dire à En Béranger de Sarria et à En Dalmau de Castellnou , qui étaient avec les galères au pied du Mont , de venir le trouver ; ce qu'ils firent. Quand OD fut en conseil, le seigneur roi fit con-
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naître les messages qu'il ayait reçus des deux reines* Quand les membres du coDseil eurent tout entendu , ils engagèrent le roi à ne pas faire de trêve , disant qu'il fallait attaquer y que la chose serait dé-' cidée pour toujours , et qu'en ce moment il serait maître de toute la principauté , et de la Calabre , et de tout le royaume ; que puisque Dieu avait porté les choses à ce point là , c'était le moment d^en finir. Tout le conseil fut de cet avis. Le roi ayant vu quel était leur désir , prit par la main le seigneur infant En Ferrand , le conduisit dans une chambre et lui dit : '< Infant , cette affaire nou^ )i intéresse vous et moi plus que tout autre : » je pense que l'on doit faire la trêve , et cela, M par quatre raisons. La première est que nous » devons la faire par reconnaissance envers Dieu , » qui nous a fait la grâce de se faire connaître ï, » nous , et d'empêcher que son peuple chrétien ne >► mourut pour nous. La seconde , c'est que voilà » deux reines auxquelles vous et moi sommes fort » attachés , madame la reine ma belle - mère , » mère du roi Robert, et belle-mère de notre frère, » le roi d'Arragoff, que je dois honorer comme ma . » mère^ et lareine femme du roi Robert, votre sçeur, » que nous devons aimer comme une sœur , et % honorer. Il est bon que nous fassions ceci par »^ amour et par honneur pour elles. La troisième » raison est qae y bien que le roi Robert et le » prince ne fassent pas envers nous ce qu'ils de- » vraient faire, nous devons songer qu'ils sont
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» oiiçles des fils du seigneur roi d'Arragop , qui est
» fiotre frète et notre fils aioéi lesquels sont nos
» neveux, que nous aimons comme nds enfants ; ils
» sont aussi les oncles de nos enfants et les frères de
» la reine ma femme ; de plus, le roi Robert est
» notre beau-frère ; son fils est mon neveu et le
» vôtre. Par cette considération , nous ne devons
>> point désirer qu'il soit tué, ou pris et exposé à tant
» de déshonneur ; et ce déshonneur retomberait su]^
9 nous, qui leur sommes si obligés. Enfin ^.la qua-
>» trième raison est que s'ils sont ce qu'ils doivent
» être , ils n'auront jamais l'envie de nous causer
» le moindre dommage. Par ces quatre raisons ,
^? j'af^rouverai la trêve ^ si tel est voire avis. »
Le seigneur infant fûl du sentiment du. seigneur roi. Alors le seigneur roi envoya un message aux reines , et accorda la trêve , de manière pourtant , qu'il ne se désaissirait de rien de ce qu'il avait dans la Galabre , jusqu'à ce que le roi d'Arragon eut approuvé leur traité. Cela fut ainsi convenu. Que vous dirai-je? La trêve fut faite , par l'entremise des reines , ainsi qu'il avait été projeté. Tous ceux du parti du seigneur roi de Sicile en furent très fâchés , et ceux du roi Robert très satisfaits ; car ils voyaient bien qu'ils hjb pouvaient éviter d'être tous pris ou tués. Le roi Robert et les reines se rendirent ensemble à Naples ; plusieurs allèrent par terre à Messine , et passèrent ensuite dans la Calabre . Le seigneur roi envoya le noble EnBéranger de Sarria àCastellamar ,
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que le roi Robert avait mise en état de défense ; et le château lui fut livré. Ainsi, le roi Robert a travaillé et beaucoup dépensé vainement ; car tant que Dieu conservera le seigneur roi de Sicile et ses enfants , les Siciliens sont si pénétrés d'amour pour la maison d'x\rragon , pour le seigneur roi Frédéric et ses enfants , qu'ils aimeraient mieux se laisser écarteler que de changer de seigneur. Et J*on ne trouvera jamais un roi qui enlève un royaume à un autre roi, à moins que ce ne soient les peuples eux-mêmes qui dépossèdent leur propre roi. Voilà pourquoi le roi Robert travailla et travaillera toujours vainement. Il se fût conduit plus sensément en s'occupant à faire vivre en bonne intelligence son fils avec ses oncles et ses cousinsgermains ; car s'il est en discors avec eux , il pourrait arriver que l'empereur d'Allemagne vînt pour s'emparer de son royaume , ce qu'il ne pourrait faire s'il le trouvait vivant en bonne intelligence avec la n;^aison d'Arragon et de Sicile.
tiiS) DE BAMOH MUNTANER. 3l3