CHAPITRE CCLXXI
Gomment le sdgneur roi En Jacqaes d'Arragon rësolat d'envoyer rinfiudt IT Anfos (EnAlphonse), son fils^à la conquête du ro janme de Sardaigne, avec Paide da roi de Majorque y .qui lui fournit vingt galères.
Il est certain que le seigneur roi d'Arragon, voyant que ses fils étaient grands^ fiers et valeureux, convoqua une cour-plénière (cortès) dans la cité de Gironne , où se trouvaient le seigneur roi de Majorque et tous les barons de la Catalogne; et là , il fit publier qu'il chargeait entièrenaent son fils y le seigneur infant N'Anfos de la conquête du royaume de Sardaigne et de Corse , dont il devrait être le possesseur, car il lui paraissait, à lui et à tous ses sujets, que c'était une hont6 pour lui de ne point le conquérir , puisqu'il y avait long-temps qu'il en prenait le titre de roi.
Chacun l'approuva, et surtout le seigneur roi de Majorque , qui promit de lui faire armer vingt galères à ses frais et dépens, et de lui envoyer deux cents hommes à cheval et des gens de pied.
Cçtte offre ayant eu lieu , tous les Riches-hom* mes , les cités , les évêques , archevêques , abbés , prieurs, lui firent aussi des offres. Enfin les secours que le seigneur roi trouva en Catalogne , furent si considérables, que c'est merveille. Il vint dans l'Arragon , où on lui fit de pareilles offres , ainsi que dans le royaume de Valence. Que vous dirai-je?
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Chacun fit de tels efforts ^ que Ton peut bien dire , que jamais seigneur ne reçut des %^% sujets d'aussi grands secours ^ que ceux qu'il reçut des «iens. n vint à la bonne-heure à Barcelonne ; il fit préparer soixante galères et beaucoup de vaisseaux armés ; il nolisa un grand nombre de vaisseaux et «de barques /et il ordonna que de l'Arragon, de la Catalogne , du rojaume de Valence et du royaume <le Murcie , on se rendit auprès du seigneur in- :fant. Le seigneur roi de Majorque fit construire les ^ngl galères neuves ; il mit ensuite sur pied les ^îavaliers et les autres troupes ; il s'en alla avec la <avalerie , et se tint prêt de cette manière. Quand Jles galères furent faites et que les hommes furent ^ous en état , le seigneur roi d'Arragon et le sei- ^neurinfant N*Anfos(En Alphonse), et le seigneur dnfant Pierre allèrent de côté et d'autre pour <lisposer le départ ; et chacun faisait de son mieux. Il est vrai qne chacun , soit grand ^ soit petit , est 'tenu de conseiller son seigneur en tout ce qu'il 2>eut de bien. £t si, par hasard , ce n'est pas un liomme qui puisse dire personnellement au roi ce qu'il sait ou connaît de bien ^ il doit le dire à un ^utre qui le fasse savoir au seigneur roi , où bien il doit le lui faire dire par écrit. Et puis le seigneur Toi, s'il est assez sage pour savoir que le conseil est ion^doitlefaire,s'il ne le fait pas, au moins celui qui l'a donné aura l'excuse de bonne intention, et aura lavé sa conscience et se sera acquitté de son devoir. Voilà pourquoi, dès que le voyage fut publié.
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je composai , pour la bonne ordonnance de ce voyage , un sermon que j'envoyai par un secrétaire au seigneur roi et au seigneur infant ; et vous allez ouïr ledit sermon. Et je le fis porter à Barcelonne, parce que je n'étais pas disposé à monter à cheval et à y aller en personne.