‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 154 sur 159 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

L'exact et judicieux J. Villani nous a laissé , dans ses Chroniques^ un récit court mais animé de la conspiration entreprise en 1282 par J. de Procida, pour soustraire sa patrie à la domination

de Charles d'Anjou et des Français. Presque contemporain de ce terrible drame ^ puisqu'il est mort en i346 ^ il a dû puiser ses renseignements et dans les attestations de quelques témoins ^ et dans les récits qui en Dnt sans doute été écrits à ce moment. Le savant Sicilien Rosario Gregorio, voulant compléter autant que possible sa Bibliothèque his^ torique de Sicile sous les rois (TArragon ^ et étonné de voir que ni Barthélemi de Neocastro, ni Nicolas Specialis^ ni le chroniqueur anonyme publié par Martenne , ne disaient un seul mot de l'entreprise de J. Procida, et de ses négociations avec l'empereur Paléologue , le pape et le roi d'Arragon, parcourut toutes les bibliothèques de Sicile à la rechercheM'un monument contemporain , et il parvint enfin à retrouver parmi les manuscrits

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de P. Carrera y dans la bibliothèque publique de Palerme^ une chronique en ancienne langue sicilienne f uniquement relative à ce grand événement.

La narration de ce chroniqueur anonyme est simple et vive; son dialecte sicilien est élégant et pur, et ses assertions reçoivent une nouvelle autorilé de sa connaissance exacte des hommes et des lieux» La comparaison qu'on fera de son récit avec celui de Ramon Muntaner donnera une nou* velle forceau témoignage de l'un et de l'autre; et quelques lettres des papes , rapportées dans la collection de Martenne , et la fidélité avec laquelle Villani senU^le l'avoir suivi pas à pas , achèvent de prouver toute la valeur de cet antique monument littéraire.

L'abbé Francesco Pâolo Filocatrio^ dans une Histoire des J^êpres siciliennes y publiée à Païenne en 1821, a cherché à disculper ses compatriotes du massacre général qu'ils firent alors des Français leurs oppresseurs. Il n'avait besoin , pour motiver la nécessité d'un soulèvement , que de rap* porter les fragments suivants de deux lettres de Clément IV. La première est tirée du Trésor des anecdotes de Martenne,

« Si ton royaume , écrivait Clément à Charles » d'Anjou , est cruellement spolié par tes minis- » très , c'est à toi seul qu'on doit s'en prendre^

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»> puisque tu as conféré tous tes emplois à des bri- H gands et à des assassins qui commellerit dans' » tes Etats des actions dont Dieu ne peut suppor- )^ ter la vue... Ces hommes infômes ne craignent » pas de se souiller par des viols, des adultères , » d'injustes exactions et toutes sortes de brigan- » dages,... Tu cherches à m'attendrir sur ta pau- » vreté; mais comment puis-je y croire? Eh quoi! » tu ne peux ou tu ne sais pas vivre avec les re- » venus d'un royaume, dont rabondance four- » nissait à un souverain, tel que Frédéric, déjà » empereur des Romains, de quoi satisfaire à des M dépenses plus grandes que les tiennes, et de » quoi rassasier l'avidité de la Lombardie , de la » Toscane , des deux Marches et de l'Allemagne » entière , et qui lui donnait en outre de quoi » accumuler d'immenses richesses, »

L'autre lettre de Clément IV est tirée de Rainaldi, tom. 2 , p. 169, datée de Viterbe , 5 mai, quatrième année de son pontificat.

« Je ne sais, lui dit il , comment et pourquoi je » l'écris encore comme à un roi, puisque tu ne » prends aucun soin de ton royaume, qui se trouve » aujourd'hui sans chef, et ravagé parles Sarra- » sins ou par de perfides ennemis. Après avoir » été appauvri par tes brigands de ministres, le » voilà aujourd'hui dévoré par tes ennemis.... Si

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n les défenseurs manquent , les spoliateurs ne n manquent pas. Si tu perds ce royaume par ta » faute I ne te flatte pas que l'Eglise s'expose à de » nouveaux travaux et à de nouvelles dépenses » pour te le faire ravoir. Tu pourras alors retour- D ner dans ton comté héréditaire, et, flatté de » l'inutile nom de roi , y attendre les événements. V Peut-être coniptes-tu sur ton courage, et es- » pères-tu que Dieu fera miraculeusement pour » loi ce que tu devrais faire toi-même ; ou peut- M être te fies-tu à la prudeuce que tu crois possé- » der, et dont tu préfëres les suggestions aux M conseils de tout le monde. J'étais déterminé à » ne plus t'écrire sur ces affaires. Si je te donne M ces derniers avis , ce n'est que sur les instances » de notre vénérable frère Raoul , évéque M d'Albe. »

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