‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 87 sur 159 · CHAPITRE GCXXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE GCXXXII

Comment la Gompaçoic sentit en mafebe pour aller an royaume de Salooiqae , et comment ëtant à deux journées de Christopol , une querelle l'âeTa parmi ceux de la troup<; , où BérenQev d^Entcnça fut tuë par les gens de la compagnie d'En Bocafort.

LoBSQUE rinfant et toute la troupe surent que j*avais brûlé el détruit toutes les places et châteaux^ et que j'étais sorti sans accident de la Bouche d'Avie, ils donnèrent l'ordre de leur départ. Et l'ordre du seigneur infant fut tel : En Rocafort et ceux qui étaient avec lui , ainsi que les Turcs et Turcopules , devaient nous devancer d'un jour; de sorte que là où ils coucheraient une mût, le lendemain le seignenrinfantetEn Béranger d'Entecca , et En Ferrand Xinienès et leurs compagnies y coucheraient, afin qu'ils allassent sans cesse à une journée les uns des autres; et ainsi ils marchèrent en bon ordre à petites journées. Et lorsqu'ils furent à deux journées de Christopol , le diable , qui ne fait jamais que du mal , voulut que la troupe d'En Béranger d'Entença se levât de très grand matin , à cause de la grande chaleur qu'il faisait. Et les gens d'En Rocafort s'étaient levés . tard, par la raison qu'ils avaient reposé dans une plaine couverte de jardins, où se trouvaient toutes sortes de bons fruits, auxquels le temps était fa-

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Torable. Il y avaient trouTé de bonnes eaux , ainsi qu'une grande abondance de vinscbez les habitans. Or donc , ce lieu si favorable où ils s'étaient arrêtés fut ce qui retarda leur départ^ tandis que les autres s'étaientlevés de grand matin par laraisorî contraire; de sorte que Tavant-gnlle de la h*oupe de Finfant atteignit Tarrière-garde de la troupe d'En Rocafort; et dès que ceux de Rocafort les apperçurent , une voix du diable s'éleva parmi eux, criant : « aux ar- » mes ! aux armes ! Voilà la troupe d'£n Béranger » d'Entença etd'En Ferrand Ximenès qui viennent » nous tuer. » Ce cri passa de l'un à l'autre dans l'avant-garde. En Rocafort fit armer ses cavaliers et tous se préparèrent au combat,Turcs etTurcopules. Que vous ditai-je? Le bruit en vint au seigneur infant , à En Béranger d'Entença , et à En Ferrand Ximenès. Aussitôt En Béranger d'Entença monta à cheval , n'ayant pour toute armure qu'une cotte d'armes, ceint de son épée, et un court javelot à la main, et pensant arrêter et retenir lès siens et les ramener. Il allait en avant comme il pouvait, et ignorait la cause du tumulte; il agissait ainsi en homme sage et prudent et eti bon chevalier, lorsqi>'En Gilbert de Rocafort, frère cadet d'EnBéranger deRocafoiPt,et En Delmas Saint-Martin, leur oncle, montés l'un et l'autre sur leur chevaux tout armés , vinrent fondre sur En Béranger d'Entença qui arrêtait ses troupes> pensant qu'il excit^itles siens. Ils arrivèrent sur lui la lance en arrêt ; et En Béranger d'Entença s'écria : « Qu'est-ce que cela ? » Et tous les deux le

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frappèrent, elle trouvant desarmé , lui passèrent leur lance de pari en part au travers du corps. Et les blessures furent telles qu'ils le tuèrent, dont ce fui grand dommage. Et l'ajant tué, ils coururentsur les autres, et principalement sur En FerrandXimenès. EnFerrandXimenès,cdl|||he bon et sage chevalier, apprenant la querelle^ sortit désarmé, et monté à cheval il alla au devant des troupes; mais voyant que ceux d'En Rocafort avaient tué En Déranger d'Entenca, que les Turcs et Turcopules les accompagnaient et obéissaient à leurs ordres, et que tous ses soldats succombaient, il se retira avec trente hommes achevai, en un château appartenant à l'empereur. Jugez àquel péril il s'exposa^ puisqu'il se mit au pouvoir de ses ennemis, Ceux-ci quivoyaientlaquerelle le reçurent volontiers. Que vous dirai-je? ils allèrent ainsi tuant, jusqu'au Iteu où se trouvaient la bannière et la troupe du seigneur infant. Et le seigneur infant vint à cheval et armé, avec le bâton de commandement à la main , et alla en avant comme il put. Et dès qu'En Rocafort et sa Conspagnie le virent , ils l'entourèrent , afin que nul ne pût lui faire aucun mal , ni Turcs , ni Turcopules. Que vous dirai-je ! Du moment où le seigneur infant fut avec eux , on cessa de combattre, mais ils n'en continuèrent pas moins tout le jour à tuer de nos gens , c'est-à-dire de la Compagnie d'En Réranger d'Entença et d'En Ferrand Ximenès , plus de cent cinquante homï»es de cheval et cinquante de pied. Voyez si ce

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ne (ut pas belle œuvredudiableyCarsilaterreeûtété pleine de gens armés pour les combattre^ ils les auraient tues et eux-mêmes encore •

Lorsque le seigneur infant fût arrivé au lieu où En Béranger d'Entença gisait mort il descendit de cheval ^ s'abandii|(la à la douleur , et Tem** brassa plus de dix fois, et tous ceux de Tarmée en firent autant. En Rocafort lui-même en parut trës affligé , et versa des larmes , ainsi que son frère et son oncle , qui l'avaient tué. Et lorsque le seigneur infant le leur reprocha, ils s'excusèrent, disant qu'ils ne l'avaient point reconnu. Ils eurent grand tort, et le meurtre de ce Riche-homme, et celui de tant d'autres fut un grand péché. Le seigneur infant fit séjourner l'armée en ce lieu pendant trois jours, et le corps du dit En Déranger d'Entença fut enseveli dans une église d'un hemiitage de St.-Nicolas.On lui fit chanter des messes, et il fut placé dans un beau monument auprès de l'autel. Dieu veuille avoir son âme ; car il fut véritablement martyr , en tâchant de nous garantir de mal et de destruction. L'infant apprenant qu'En Ferrand Ximenès etceux quil'avaient suivi étaient en ce château , qu'après lui soixante-diix autres s'y étaient rendus, en qu'enfin il y avait bien dans ce château cent hommes de notre armée, lui envoya dire de revenir auprès de lui ; mais En Ferrand Ximenès lui fit dire qu'il le priait de l'excuser et qu'il n'était pas en son pouvoir de le faire; canine fois venu dans le château, il était forcé de paraître devant l'empereur, avec tou te saCompa-

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gnie; et leseigneur infant le tint pour excusé^ lui et toiLsceux qui étaient avec lui. Les choses étant ainsi, les quatre galères du seigneur infant^ commandées parle chevalier EnJDelmas Serran, et parEn Jacques Des-Palau de Barcelonne , vinrent là où était l'armée. Le seigneur infant le^ïivait envoyées vers moi, a^ec ordre de me suivre, mais elles ne voulurent pas se hasarder à pénétrer dans la Bouche d'Avie , moi, craignant les galères des Génois; et ainsi, sans elles se rendirent au lieu où elles savaient que se trouvait l'armée.

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