‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 3)Chapitre 9 sur 159 · CHAPITRE CLVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLVL

Comment le seig(neur roi En Alphonse d^Arragon résolut de venger le manque de foi du roi En Sanche de Castille envers son père En Pierre , d*enlever de Xativa les enfants de l'infant En Ferdinand de Castille , et de proclamer F un des deux rois de Castille.

Le roi d' Arragon ayant terminé les fêtes, le seigneur roi lui donna des lettres pour les porter en Sicile, à la reine sa mère, au roiEn Jacques et à l'infant En Frédéric, ses frères. Il fît venir devant lui rinfanl En Pierre, son frère, et tout son conseil, et lui dit : « Mon frère le roi notre père, partit de Bar- » celonne, avec l'intention, si Dieu le ramenait sain » et sauf à Valence, d'enlever de Xativa les fils de » rinfant En Ferdinand de Castille, etdeproclamer » roi de Castille don Alphonse, qui est l'aîné, » afin de se venger de son neveu En Sanche de » Castille , qui a violé sa foi, au moment où il avait » le plus besoin de lui. Puisque Dieu n'a point » permis que notre père, durant sa vie, pût en » tirer vengeance, nous devons le venger nous- >i mêmes, et prendre fait et cause pour le roi »> notre père. Je veux donc que deux chevaliers » se rendent auprès du roi En Sanche, et lui dé- » clarent la guerVe de notre part, à cause de ce que » Je viens de dire, et que vous, infant, vous vous M disposiez à aller avec cinq cents chevaliers cata- » lans, autant d'Arragonais et deux cents hommes

(is85) D£ RAMOn MUfITANER. IQ

» à cheval, armés à la légère, sur les frontières

» du royaume de Valence , afin de pouvoir , lors-

» que les envoyés seront de retour, entrer dans la

)) Castille, et brûler et ri^vager tous les lieux qui ne

» voudront pas se soumettre à nous, au nom de Don

M Alphonse , fils de En Ferdinand , infant de Cas-

» tille. Vous emmènerez avec vous vingt mille

» bons almogavares à pied. Après que cela aura

» été fait, nous irons au royaume de Valence

» prendre ces infants^ et nous réunirons nos ar-

» mées; nous entrerons ensemble en Castille, et

)) nous ferons tant qu'ils deviendront rois de Cas-

» tille, avec l'aide de Notre-Seigneur Dieu Jésus-

)) Christ, qui seconde le bon droit » .

Le roi ayant cessé de parler, le seigneur infant

En Pierre se leva et dit : « Seigneur , d'après ce

« que vous avez dit, je rends grâces à Dieu de ce

n qu'il vous a donné un si bon cœur, et une aussi

» belle résolution. En vengeant notre père , ainsi

» qu'il l'avait résolu, vous témoignez votre bonté

» et votre valeur. Ainsi, mon frère, j'offre en

» cette occasion , et en toute autre, de suivre votre

» volonté; vous ne me trouverez jamais infidèle

» à ma promesse. Songez donc à préparer tout

» ce qui çst nécessaire ; faites votre déclaration de

)) guerre ; je saurai bien réunir des Riches-Hom-

>» mes etdesçavaliers de Catalogne, d'Arragonet du

» royaume de Valence ; j'entrerai en Castille avec

» la troupe que vous avez ordonnée et même avec

» une plus considérable; et soyez sûr, seigneur, que

30 CHRONIQUE (laSS)

» j*y pénétrerai de si bon cœur, de si bon cou- M rage , et avec de si braves gens^ que dût le roi j) En Sanche venir à la tête de dix mille homnaes, » nous ne refuserons pas le combat. »

Le roi , entendant cela , prit par la main l'infant En Pierre, qui était assis un peu au-dessous de lui , le baisa et lui dit : « Infant , nous atten- » dions de vous une semblable réponse , et nous y » avons pleine confiancef. »

«taesBiaÉaittfl

Page 1