‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 102 sur 173 · CHAPITRE CCXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXL

Comment le duc d’Athènes laissa le dnchèan comte de 6renda(6rienue); et comment ledit comte , étant défié par le despote d’Ârta et par le tâgnenr de la Blaqnie , et par l’empereur, appela la Compagnie à son secours, et recouvra tonte sa terre, et voulot laire périr ladite Compagnie ; mais il périt lui et les siens.

Or en ce temps il se trouva que le duc d’Athènes mourut de maladie ; il n’avait ni fils ni fille. Il laissa le duché au comte de Brenda (Brienne) , qui était son cousin germain. Le comte de Brenda , étant enfant, fut placé par son père au château de Costa, en Sicile , où il vécut long-temps ; il en fut enlevé, puis racheté. De là vient qu’il était fort aimé des Catalans dont il parlait la langue. Lorsqu’il fut parvenu au duché , le despote d’Arta le défia , ainsi que Langlo , seigneur de la Blaquie , et l’empereur ; de manière que chacun d’eux lui donnait assez à faire * . Il fit dire à la Compagnie que si elle voulait venir le secourir, il leurpayerait la solde desix mois; et il leur proposa de leur donner toujours pareille solde , c’est-à-dire quatre onces par mois à chaque homme de cheval équipé , deux par cheval nonéquipéj une once par homme de pied ; et là-des-

I. Voyez Nlcéphore, Giégoras, J. vu, Ducange, t. a, p. i46 et suiv. de cette collection et la chronique de Morée, t. ni.

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SUS ils firent leur traité qui fut juré dé part et d’autre. Après quoi la troupe partit de Saserandrie (Cassandrie) , et se rendit en Morée , ayant l»en souffert en passant par la Blaquie, qui est le plus I redoutable pays du monde.

Lorsqu’ils furent au duché d’Athènes , le comte de Brenda (Brienne) les accueillit fort bien et leur donna aussitôt la solde de deux mois;et ils commen* cèrent à combattre les ennemis du comte. Si bien qu’en peu de temps ils en eurent nettoyé toute la frontière. Que ^ous dirai-je ! Chacun désira faire la paix arec le comte , et le comte recouvra plus de trente châteaux qu’on lui avait enlevés , et il traita honoralilement avec l’empereur, avec Langlo, et avec le despote. Ceci fut ji fait en six mois , et il n’avait compté que la solde de deux mois. Voyant qu’il avait la paix avec tous ses voisins , il conçut un mauvais dessein , celui de faire périr la Compagnie. 11 choisit deux cents hommes à cheval, des meilleurs de l’armée, et environ trois cents hommes de pied. Il les logea , les paya, leur donnades terres et possessions, et quand il les eut ainsi mis à l’abri du besoin , il fit dire aux autres de s’éloigner de son duché ; ceux-ci lui répondirent qu’il eut à leur payer le temps pendant lequel ils l’avaient servi. U leur dit qu’il leur montrerait sa force. Et en attendant il avait fait venir, soit delà terre du roi Robert, suit de la principauté de Morée , soit des pays environnans, sept cents cavaliers français. Quand ils furent réunis , il réunit aussi vingt-quatre mille hommes de.pied de son

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duché ; et lorsqu’il eut fornné son armée il vint fondre sur la Compagnie. Mais ceux-ci, qui le surent, sortirent avec leurs femmes et leurs enfans en une plaine près d’Athènes. Il se trouvait là un marab dont la troupe se fît un rempart. Mais lorsque les deux cents hommes à cheval et les trois cents hommes de pied virent ce qu’on se disposait à faire , ils allèrent tous ensemble vers le comte, et lui dirent: «Seigneur, nos frères sont là j nous » voyons que vous voulez les détruire ; c’est une » injustice ; c’est un crime ; et nous vous décla- » rons que nous voulons aller mourir avec eux. » Or donc , nous vous défions et nous nous déga- » geons envers vous. » Et le comte leur dit qu’ils s’en allassent à la male-hetirCj qu’üs devaient périr avec les autres. Et tous ensemble ils allèrent se réunir à la Compagnie, et ils se disposèrent tous au combat. Les Turcs et les Turcopules allèrent se réunir en un lieu voisin, ne voulant point se mêler avec notre troupe , s’imaginant que nous faisions tout cela d’accord les uns avec les autres et pour les détruire ; et ils voul urent se tenir ainsi réunis devant nous. Que vous dirai-je? Le comte ayant rangé son armée , vint au-devant de la Compagnie avec deux cents chevaliers français , ayant tous des éperons d’or , et avec beaucoup d’autres cavaliers du pays, et avec les gens de pied. Il se plaça à l'avant-garde avec sa bannière et commença l’attaque ; il fondit sur la Compagnie , et la Compagnie fondit sur lui. Que vous dirai-je? Les chevaux du comte, au bruit que firent les almogavares, s’enfuirent du

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côté du marais, dans lequel s’enfonça le comte, ainsi que sa bannière et tous ceux qui formaient l’avantgarde; alors les Turcs et Tu rcopu les voyant cequ’ils avaient à faire , s’avancèrent et fondirent sur eux , et la bataille fut terrible. Mais Dieu , qui défend toujours le bon droit , seconda la Compagnie , de sorte que de tous les sept cents cavaliers il n’en échappa que deux. Tous les autres périrent, ainsi que le comte et tous les barons de la principauté de la Morée , qui étaient accourus pour anéantir la Compagnie. Les deux que l’on sauva furent, l’un messire Boniface de Verone , seigneur de la tierce partie de Négrepont ; c’était un homme loyal et bon , et il avait toujours aimé la Cèmpagnie , de sorte que dès que les nôtres l’apperçurent ils le sauvèrent. L’autre fut messire Roger Deslaur, qui était un chevalier de Roussillon, lequel était venu plusieurs fois chargé de messages auprès de la Compagnie. Et là périrent tous les hommes à cheval du pays ; et de gens à pied il en mourut bien vingt milles. La Compagnie s’empara du camp, et gagna avec cette bataille tout le duché d’Athènes. Après la prise du camp , ils prièrent messire Boniface d’être leur chef, mais il refusa absolument ; ils nommèrent alors pour leur chef messire Roger Deslaur, et ils lui donnèrent pour épouse la veuve du seigneur de La Sola , avec le château de La Sola. Alors ils répartirent entre eux la cité d’Estiiies (Athènes) , ainsi que toutes les villes et châteaux du duché , et donnèrent les femmes pour épouses à ceux de la

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Compagnie ; età cljacmi selon qu’il était un homme distingué^ ils donnaient telle ou telle femme de haute naissance et digne de lui. De cette manière , ils assurèi'enl leur sort et leur existence , tellement qu’ils pourront à jamais s’y maintenir avec honneur, s’ils se conduisent avec sai^esse.

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