CHAPITRE'CCXLIII
Comment En Béranger Eitanyol étant mort , le seigneur roi de Sicile envoya la Compagnie, au nom de l’infant Nanfos (En Alphonse), En Alphonse-Frédéric son (ils ; et comme l’infant Nanfos étant mort , ils reconnurent pour chef et Seigneur En Alphonse-Frédéric, et il lui fut donné en mariage la fille de mcssire Boniiace de Véronne , et il lui prêtèrent serment.
'A QUELQUE temps de là, En Béranger Estanyol , mourut de maladie ; on en instruisit le seigneur roi de Sicile^ qui leur envoya un régidor (régent); et le seigneur roi fit venir de Catalogne son fils En Alphonse-Frédéric, qu’il faisait élever auprèsdu seigneur roid’ Arragon et de Catalogne;et En Alphonse- Frédéric emmena avec lui une compagnie de chevaliers, des fils de chevaliers et autres gens. Ilvintde Barcelonne en Sicile, et son père futbien joyeux de le voir si grand et si bien fait. Il le munitfort bien, et avec dix galères iirenvoya,comme chefet commandant de la Compagnie , au nom du seigneur infant Mainfroi.
Quand il fut auprès de la Compagnie, tous furent très contents , et le reçurent avec de grandes marques d’honneur. Il les régit et gouverna bien , et très sagement.
Peu de temps après , l’infant Mainfroi mourut , et le seigneur roi leur fit dire que , puisque l’infant Mainfroi était mort, ils reconnussent dorénavant pour chef et commandant En Alphonse-Frédéric. Et ceux-ci en furent très satisfaits. Bientôt ils cherchèrent à le marier , et lui donnèrent pour
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femme la fille de œessire Boniface de Véronne, qni avait hérité de tout ce qui appartenait à messire Boniface ; c’est-à-dire de la troisièrlie partie de la cité , de la ville et de l’île de Négrepont , et bien de treize châteauxsurlaTerre-ferme, au duché d’Athènes. Il eut ainsi pour femme cette damoiselle , fille de ce noble homme, quifut le Riche-Homme le plus sage, le plus courtois et le plus loyal qui véau jamais. Je vous raconterai quels honneurs lui rendit le bon duc d’Athènes, à cause de son mérite. Ainsi En Alphonse-Frédéric eut pour femme cette gentille damoiselle,qui, par son père et sa mère, est du plus noble sang qui soit en Lombardie. La mère, qui fut femme demessire Boniface , était issue des plus nobles hommes de laMorée ; et , en l’épousant, mes sire Boniface devint possesseur de la troisième par^ tie de Négrepont. Et de cette dame. En Alphonse- Frédéric eut beaucoup d’enfants , et il en provint la plus belle personne et la plus sage qui fut jamais en ce pays. C’est assurément une des plus belles chrétiennes du monde ; je la vis dans la maison de son père, à l’âge à peu près de huit ans; car nous fûmes logés dans la maison de messire Boniface, le seigneur infant et moi , lorsque nous fumes arrêtés.
D’ores-en-avant , je vais cesser de vous parler d’En Alphonse -Frédéric et de la Compagnie ; et je ne vous en parlerai plus , parce que, étant venu en Catalogne , ils sont si Imn de moi que jé serais fort embarrassé de vous raconter ce qu’ils font, et je ne veux déposer en ce livre que ce qui
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est la pure vérité. Dieu veuille leur accorder de bien faire et de bien dire ; quant à moi , je ne me mêlerai plus à l’avenir de leurs faits. T outes fois , '
je veux vous raconter les honneurs que le bon duc d’ Athènes, qui laissa sa terre au comte de Brenda (B vienne), fit un jour à messire Boniface de V éronne ; et je veux vous le raconter, afin que les rois, fils de rois et les grands en reçoivent un bon exem{de.