CHAPITRE CCXLVI
Comment il fut convenu entre le seigneur roi d’Arragon et le roi de Castille d’aller avec tontes leurs forces contre le roi de Grenade , qui avait viole' I es trêves ; et comment le roi de Castille alla assiéger Âlgésiras et le roi d’Ârragou Almcrie.
La paix étant faite , le seigneur roi d’Arragon pensa que, puisqu’il avait la paix avec tout le inonde, il devait aller combattre les Sarrasins, c’est-à-dire aller contre le roi de Grenade , qui avait rompu les trêves. Le roi de Castille s’était aussi éloigné de lui parcequ’il voulait absolument s’en venger.
{'3i4) DE RAMON MUHTAHER. 367
Il convint donc avec le roi de Castille qu’ils attaqueraient à la fois le roi de Grenade ; que le roi de Castille attaquerait avec toutes ses forces Algésiras d’Alhrade , et le roid’Arragon lacitéd’Almérie. Il fut arrangé et promis par chacun de ces rois, quecela aurait lieu à jour fixe , et que nul ne pourrait renoncer à la guerre ni abandonner le siège sans l’aveu de l’autre. Cela fut sagement combiné , afin que le roi de Grenade fût obligé de diviser ses forces. Ainsi fut il décidé ; et le roi de Castille alla assiéger Algésiras et le seigneur roi d’Arragon Almérie , qui est une très belle cité. Le siège dura neuf mois , pendant lesquels le roi d’Arragon employa les grandes et petites balistes, et toutes les autres machines propres aux sièges. Le roi d’Arragon s’y rendit avec beaucoup de pompe^ avec de grands personnages et des barons de Catalogne et d’Arragon. Parmi eux vint le seigneur infant En Ferrand, fils du roi de Majorque , richement armé, avec cent chevaux armés, un grand nombre de gens de pied, et avec des galères et des vaisseaux qui transportaient chevaux , vivres , soldats et machines de guerre, parce que le roi de Majorque voulut qu’il vînt au secours du roi d’Arragon bien fourni en tons points , comme celui qui était un des meilleurs chevaliers du monde. Et il y parut bien dans toutes les occasions qui se présentèrent à lui durant le siège, surtout lorsqu’il manœuvra trois fois contre les Maures , si bien qu’il surpassa tous les autres dans la chevalerie.
CHRONIQUES