‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 110 sur 173 · CHROrnQUES ('3ii · texte numérisé non relu

CHROrnQUES ('3ii

qui purent s’enfuir par l’Espero furent sauvés ; tous les autres périrent, et le seigneur infant courut vers ceux de la cité.

Or , tandis que ce combat avait lieu à l’Espero, l’armée des Maures se disposait à attaquer. Le seigneur roi voulut fondre sur eux , mais Guillaume d’Anglesola et Nesber de Mediona ■mirent pied à terre , et prenant la bride de son cheval , lui dirent : « Que faites-vous , seigneur? » arrêtez-vous et souffrez que l’avant-garde fasse » l’attaque et elle fera son devoir. » Mais le seigneur roi était si impatient de s’élancer au milieu des ennemis , que son cœur en était déchiré ; et je pub vous dire que s’il n’avait été retenu par ces nobles chevaliers et autres , il l’aurait fait ; mais cela lui fut imjx)ssible; et l’avant-garde fondit si rudement sur les Maures , qu’elle les mit eu déroute. Et il est certain que ce jour-là les Maufes eussent perdu toute leur cavalerie; mais dans la crainte qu’on arrivât d'un autre côté au secours des assiégés , on cessa de la poursuivre. Cela n’empêcha pas toutefois qu’il ne pérît un nombre infini de gens de pied et de cheval. Enfin ce fut le plus beau fait d’armes et la plus grande déroute ; tellement que de là en avant les Maures redoutèrent si fort les chrétiens, qu’ils n’osaient plus tenir devant eux » . Que vous dirai- je? Le seigneur roi

i.Il est question ici delà bataille de Fortuna contre la cavalerie d’isuiail , au commenceineut de l’année i3i3. Voyez Conde, llistoria de la Dnniinacioii de los Arabes en Espana, tome 3i, pap,e 107.

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s’en vint avec toute sa troupe vers le camp, où il trouva le seigneur infant, qui avait fait d’aussi brillantes actions qu’aurait pu faire Rolland lui-même, s’il s’était trouvé là. Le lendemain ils célébrèrent de bon cœur la fête de saint Barthélemy l’apôtre.

Quand le roi deGrenadeeut vu les exploits du seigneur roi d’Arragon et de ses troupes, il se regarda comme perdu,. car il n’aurait jamais cru qu’ils fussent hommes de tant de courage et de tant de valeur. Il envoya un messager au roi d’Arragon, et lui fit dire qu’il le priait de renoncer au siège; que l’hiver approchait J qu’il voyait bien que ce qu’il faisait était pour plaire à certaines gens chez lesquelles il netrouverait nulle loyauté; que les Catalans avaient abandonné le siège d’Algésiras afin qu’il pérît lui et ses gens, et que cette conquête ne le touchait nullement ; qu’ainsi il le priait de vouloir faire une trêve avec lui , l’assurant qu’il le seconderait dans toutes les guerres qu’il aurait avec qui que ce fut au monde, et que par bonne amitié pour lui il mettrait en liberté tous les captifs chrétiens qui étaient en son pouvoir, dont le nombre était considérable.

Le seigneurroi ayant entendu ces propositions, fit assembler son conseil , et loi mit sous les yeux ce que le roi de Grenade lui avait fait dire. L’avis fut qu’il devait rentrer chez lui , par trois raisons : la première parce que l’hiver s’approchait; la seconde, à cause de la conduite déloyale des Catalans ; et la troisième, parce que les esclaves chrétiens qu’on

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lui rendait étaient préférables à la prise de deux cités comme Almérie. Cela fut ainsi décidé , et la trêve fut conclue.

Alors le seigneur roi fit réunir- toutes ses troupes et ce qui appartenait à chacun ; et quand cela fut fait, le seigneur roi, avec toute son armée et son bagage , s’en retourna au royaume de Valence, les uns par terre et les autres par mer. Vous pouvez juger si le roi d’Arragon est désireux de faire croître et multiplier la sainte foicathobque, puisque, dans celle conquête , qui n’était point pour lui , il alla tenir ce siège. Et soyez certains que si la conquête du royaume de Grenade le regardait , il y a longtemps que ce pays serait aux chrétiens.

Lorsque ceci fut terminé , et que le roi d’Arragon fut de retour à Valence, le seigneur infant En Ferrand , avec ses galères et ses troupes , retourna en Roussillon , auprès du seigneur roi son père , qui eut grand plaisir à le voir , et surtout à apprendre ses hauts faits, devais cesser en ce moment de vous parler du seigneur roi d’Arragon , et je vais vous entretenir de nouveau du seigneur roi de Sicile.

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