CHAPITRE dCXCII
Comment le teignear roi En Jacques d’Arragon moarnt, après s’ètre plosienrs fois confessé et avoir reçu les sacrements de l’Église ; comment il fut inliunié à Sainte-Croix; et comment le royaume d’Arragon et de Valence demeura au seigneur infant N’Anfos.
ArNsi le seigneur roi En Jacques vit de son vivant, tous ses enfants bons , beaux, sages et pieux. Quand Dieu lui eut fait la grâce de voir tout cela , il tomba dans une telle maladie qu’il souffrit beaucoup ; et en bon et gracieux seigneur , et plein de la sainte foi catholique , il se confessa , communia et fut absous , et reçut tous les sacrements de la sainte église ; et les ayant reçus dans la plénitude de ses sens et de sa raison , il croisa s^ mains , embrassa la croix , et déposa son ame entre les mains de Notre Seigneur Jésus - Christ , le lundi deuxième jour de novembre de l’an mil trois cent vingt-sept , à l’heure où l’on allume les lampes. Notre Seigneur vrai Dieu , et sa bienheureuse mère madame sainte Marie , et toute la cour céleste reçurent son ame et la placèrent dans le séjour glorieux des esprits 'saints. Ainsi , ledit seigneur roi En Jacques d’Arragon mourut à Barcelonne le jour dessus dit, et laissa son corps au monastère de Sainte-Croix, où repose le corps du bienheureux roi En Pierre , son père ; et son corps fut porté , avec grande solennité , et parmi les
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pleurs , les cris et les douleurs de tous ses sujets , audit monastère de Sainte-Croix , où il fut enterré 5 et là se trouvèrent ses fils , une partie de ses filles et des prélats , et un grand nombre de personnes de distinction de son royaume. Que Notre Seigneur Dieu plein de bonté daigne tenir en sa garde et sous sa protection , et à jamais , ses fils , et ses peuples ! Quant à lui , il est en bon lieu, et il était né pour le bonheur de son ame et celui de ses .peuples. Il eut un bon commencement , une bonne suite, et une fin encore meilleure , par la foi , la bonté et la vérité dont il était plein ; aussi voyez la grâce que Dieu lui a faite ; c’est pourquoi chacun doit s’efforcer de faire le bien ; car Dieu le veùt ainsi.
Il est bon que , dorénavant son fils le seigneur N’Anfos , roi d’Arragon , de Valence , de Sardaigne , comte de Barcelonne et d’Urgel , s’efforce de faire beaucoup de bien , d’après l’exemple qu’il a reçu du seigneur roi, son père ; et il a eu un tel commencement , que ses sujets le yoient et le verront aller et faire de mieux en mieux , s’il plaît à Dieu. Qu’il soit , ainsi qu’il doit l’être, le père et gouverneur de ses frères ; qu’il se rappelle qu’il n’y a pas au monde de fils de rois , ni de reines qui soient nés de meilleur père et de meilleure mère qu’ils ne le sont , et qu’ils ont été tous conçus dans le même sein. Fasse aussi le Seigneur Dieu , qu’il ait en son cœur la volonté de soutenir le seigneur roi En Frédéric, son
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oncle , et ses fils-, qui sont ses cousins-germains des deux côtés , et qu’il ne prive jamais la Sicile de celui qui la gouverne ; car , tant qu’il plaira à Dieu et à lui , celte maison se soutiendra ferme et .inébranlable , pour la gloire de Dieu et celle de tous ses descendants , et pour le plus grand bien de ses sujets. Il doit savoir qu^il est roi d’Arragon , de Valence , de Sardaigne ^ de Corse, de Majorque et de Sicile ; qu’il en est entièrement le chef et le maître , et qu’à lui en est confiée la direction que le royaume deMajorque aussi-Wen que celui d’Arragon et celui de Sicile sont à ses ordres. Tant qu’il possédera ces royaumes et les regardera comme de sa maison , et tant que le seigneur roi de Majorque et le seigneur roi de Sicile auront une même volonté et une même intention , comme ils le doivent , ils peuvent compter qu’ils seront supérieurs à tous les rois et princes du monde , soit chrétiens , soit sarrazins , et à toutes les communes.
Si le contraire arrivait , ce qu’à Dieu ne plaise ! et qu’ils fussent divisés entre eux , on peut croire qu’ils seraient bientôt renversés l’un par l’autre. Il est bon que le seigneur infant N’Anfos mette bien dans son cœur , que toute force et toute vérité est en Dieu, qui est maître et seigneur en toutes choses ; et Dieu veuille qu’il n’oublie pas le proverbe catalan , qui dit : Que tous ceux qui nous sourient ne sont pas nos omis; et qu’il dirige et soutienne , envers et contre tous , les maisons de Majorque et de Sicile, qui portent sa
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bannière, et avec lesquelles il doit vivre et mourir ; que des méchants ne versent pas d’autres pensées en son cœur ; qu’il se rappelle l’exemple du faisceau de joncs, quis’applique particulièrement à lui; que Dieu , par sa diviné bonté , dirige leurs cœurs et leurs intentions , et les comble tous de ses grâces ! Amen I Si quelqu’un me disait : Muntaner , quel est l’exemple du faisceau de joncs? Le voici : c’est , que tant que les joncs sont bien unis et liés entre eux , par un corde , dix hommes et plus encore feraient en vain tous leurs efforts pour rompre ces faisceaux ; mais je vons dis que si vous coupez la corde , et que vous preniez les joncs un à un , un enfant de huit ans parviendra à les rompre , de sorte qu’il n’en restera pas un seul. C’est ce qui adviendrait de ces trois rois ; car s’il naissait entr’eux division et discorde , ce qu’à Dieu ne plaise ! vous pouvez croire qu’üs ont des voisins qui les perdraient l’un après l’autre. Il est donc nécessaire qu’ils se tiennent en garde contre ce danger; car tant qu’ils seront tous d’une même intention et d’une même volonté ils n’auront à redouter nulle autre puissance. Et, comme je vous l’ai déjà dit , ils seront au contraire supérieurs à leurs ennemis.
CaaoaiQDEs. T, FI. — R. Mdstaher. II.
CHRONIQUBS