‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 25 sur 173 · CHAPITRE CLXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXX

Comment le seigneur roi En Alphonse d’Arragon se mit en tète de conquérir Minorque, et le fit dire à son frère le roi de Sicile, ainsi qu’à l’amiral En Roger de Luria , pour l’engager à venir avec quarante galères armc'es j et comment il vint et alla conquérir Majorque.

Le roi d’Arragon ^ parti d'Oléron et revenu dans ses terres , pensa qu’il était honteux pour lui , que l’île de Minorque fût possédée par les Sarrazins ; qu’il devait donc les en chasser, et en faire la conquête; qu’il fallait assister en cela son oncle le roi de Majorque ; et qu’il lui convenait mieux de faire habiter l’île de Minorque par des chrétiens , que d’y laisser des Sarrazins. Ilenvoya aussitôt desmessagers auMoxerifdeMinorque,pourluidired’évacuer celte île , car autrement il pouvait l’assurer qu’il l’en chasserait, lui et ses gens. Le Moxerif lui répondit assez froidement. Le roi pensa alors qu’il vengerait le roi son père de la trahison qu’il avait éprouvée, quand le Moxerif avait publié le voyage que ce roi allait faire en Barbarie , ce qui causa la mort deBugron, et lui fit perdre Constantine , ainsi qu’on l’a vu ci-devant. Il fit partir des envoyés pour son frère le roi de Sicile , le priant de lui expédier l’amiral avec quarante galères armées , qu’il destinait pour aller à Minorque. Il écrivit à l’amiral de se hâter, et de se rendre à Barcelonne avec les galères.

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Cequ’il avait fait dire à son frère et à l’amiral fut exécuté. L’amiral arma les quarante galères, et vint à Barcelonne ; il y fut à la Toussaint. 11 trouva là le roi qui avait disposé la cavalerie et l’almogavarerie qui devaient passer avec lui. Il y avait bien cinq cents bons cavaliers armés , et trente mille almogavares. Ils s’embarquèrent à Salon , et allèrent de là à la cité de Majorque , où ils se trouvèrent quinze jours avant Noël. L’hiver fut si rude par les vents , la pluie et les bourasques, qu’on n’en vit jamais de pareil. Que vousdirai-je ? il fut si rigoureux, que des hommes qui étaient dans des galiotes, à la mer de Tana , perdirent l’extrémité des doigts.

Je veux vous dire un miracle qui eut lieu pendant ce mauvais temps, miracle que j’ai vu , aussi bien que chacun. Je veux le raconter, afin que tout homme évite la colère de Dieu.

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