‹ Chronique de Ramon Muntaner (volume 4)Chapitre 39 sur 173 · I. Don Sanche mourut le u5 avril lagS à Tolède · texte numérisé non relu

I. Don Sanche mourut le u5 avril lagS à Tolède

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firmer ces differents traités de paix, ainsi que le mariage , et voir la princesse.

Ledit noble fut bien accueilli par le roi Charles, par le roi de Majorque et par toutes les autres personnes. Ayant vu la jeune personne , il en fut très satisfait, et confirma au nom du roi d’Arragon , et la paix et le mariage. Le roi d’Arragon l’ayant appris, amena avec lui les fils du roi Charles et les autres otages. Arrivé à Gironne avec eux et toute sa cavalerie , dames et demoiselles des plus qualifiées de Catalogne , il alla à Figuières.

De l’autre côté , le roi Charles , la princesse , le cardinal ettout leur monde se rendireutàPéraîade. Pour lui, il alla se loger entre Péralade et Cabanes, au monastère de Saint-Feliu. Le roi d’Arragon envoya au roi Charles ses enfants et tous les otages.

L’infant En Pierre les accompagna jusqu’auprès de leur père. Jugez quelle fut la joie du roi Charles et de ses fils. Les barons de Provence et de France, n’en ressentirent pas moins, en revoyant leurs fils , qui étaient également en otage ; mais la joie de madame Blanche et de ses frères fut à son comble.

Il se trouvait un si grand nombre de personnes à Péralade, à Cabanes, au monastère de Saint- Féliu, à Figuières, à Yila- Bertrand, à Alfar, à Vilaleni, à Vüaseguer, à Castillon, à Ampuries et à Villeneuve, que toute la contrée était remplie. Le roi d’Arragon fit distribuer une ration

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complète à tout individu , tant étranger que du pa^-s. Les rois s’amusèrent beaucoup entre eux. Le roid’Arragon alla voir le roi Charles et l’infante sa femme , et lui posa la couronne sur la tête ; c’était la plus belle et la plus riche couronne qui ait jamais orné la tête d’une reine ; dès ce moment , on l’appela la reine d’Arragon. Les présents qu’on se fit mutuellement furent magnifiques. Avec la grâce de Dieu ils devaient ouir la messe à Vila-Bertrand, au monastère, et les noces y devaient être célébrées. Le roi j fit élever une salle en lK)is d’une grande beauté : le monastère est par lui même très beau et commode. Ils se rendirent tous audit monastère. La fête y fut splendide et gaie , d’abord parce que le mariage se faisait sous d’heureux auspices; car jamais mari et femme ne s’accordèrent mieux que ceux-là. Je puis bien assurer que le roi Jacques d’Arragon est bien le seigneur le plus aimable, le plus courtois, le pins sage et le plus brave du inonde. Quant à la reine Blanche , elle fut la personne la plus belle, la plus sage et la plus chérie de Dieu et de ses peuples, et de plus une bien pieuse personne; c'était une fontainede grâces et de bonté. Dieu leur accorda la faveur de s’aimer plus tendrement que firent jamais deux époux, de quelque rangqu’ils fussent. C’est avec raison que les habitants des royaumes d’Arragon et de Valence l’appelèrent la Sainte Reine , Dame Blanche de Sainte Paix. Le bonheur lui vint de' tous côtés, comme vous l’apprendrez bientôt ; elle eut des fils et des

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filles cjui furent l’amour de Dieü et du monde.

Les fêtes durèrent bien huit jours a près le mariage. Tous restèrent réunis; ensuite ils prirent mutuellement congé les uns des autres, et le roi Charles s’en retourna avec ses fils.Quand ils furent au passage de Panicas, le roi de Majorque vint à leur rencontre ;ils entrèrent à Suelo et ensuite à Perpignan : le roi de Majorque les y retint huit jours, pendant lesquels il s’établit une telle intimité entre liionseig’neur En Louis, fils du roi Charles et l’infant En Jacques, fils aîné du roi de Majorque, qu’ils se pronûrenl, dit-on, de faire chacun ce que l’autre ferait , et qu’ils furent d’accord de renoncer tous les deux aux royaumes qui devaient leur écheoir en partage, et d’entrer dansd’ordre de saint François.

Peudetempsaprès, monseigneur En Louis, filsdu

roi Charles , se mit dans cet ordre. Il renonça à son -

héritage, devint évêque de Toulouse «, contre son gré, et mourut à peu de temps de là. Il fut canonisé par le pape à cause des nombreux miracles que Dieu fit par son moyen , soit durant sa vie , soit après sa mort, et aujourd’hui ou célèbre sa fête dans toute la chrétienté.

L’infant En Jacques , fils du roi de Majorque , qui était un excellent prince et l’aîné de sa famille , et qui devait régner, se fit frère mineur , et

1. Louis fut miiiimé en 129G évêque de Toulouse puis évêque de Paniiers, et mourut le 19 août i-î97, à 33 ans. Le pape Jean X\ll le canonisa par bulles de l’an iSi^.

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renonça à la couronne. Je ne cloute point cpj 'après sa mort il ne soit au rang des saints du paradis ; car plus on fait pour Dieu , plus on doit en être récompensé. Celui qui renonce aux royaumes de ce monde , doit avoir plus grande part au royaume céleste, pourvu cpie sa vie soit toujours pure et exemplaire jusqu’à la fin. Je laisse là ces deux bons Pt dignes frères mineurs, et reviens au roi Charles, qui prit congé du roi de Majorque et revint en son pays avec ses enfants, sain et sauf.

Le roi d’Arragon alla avec la reine à Gironne, puisdeGironneà Barcelonne^ et parcourut tous ses royaumes. Vous pouvez bien imaginer quelles fêtes et quelles réjouissances on lui fit dans tous les lieux où il passa ; car on avait rétabli la paix et les sacrements de la sainte église, et chacun pouvait jouir des messes et autres offices dont on était si désireux , ce qui ramena la joye en tous lieux.

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