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celui-là ; de les faire couvrir de cuir , de mettre sur chacun d’eux cent des meilleurs guerriers qui seraient dansBarcelonne ; d’y placer de la farine , des ancres , des cabestans , de grands anneaux de fer , des châteaux mouvants , d’armer et de faire couvrir les hunes ; enfin d’y placer tout ce qui est nécessaire à l’armement d’un navire; et d’armer déplus quatre galères, deux vaisseaux et deux barques, pour aller de conserve, parce qu’il voulait envoyer en Sicile la reine , l’infant En Jacqueset l’infant En Frédéric. Il voulait aussi ajouter cent chevaliers de plus à ceux de leur maison , et enfin , outre les gens de mer, cinq cents homnies de trait bien armés et cinq cents sergents , afin que les navires fussent bien pourvus , et portassent d’utiles approvisionnements en Sicile.
En Raimond Marquetet En Bérenger Mallol suivirent exactement ses ordres; ils augmentaient plutôt que de diminuer; ils étaient , surtout, chargés par le roi du commandement de l’expédition.
Quand tout fut préparé , la reine et les infants arrivèrent; on les fêta beaucoup. Leroi donna ordre qu’on s’embarquât sous la garde de Dieu. Chacun se rendit sur les vaisseaux. Tout étant disposé , la reine prit congé du roi dans ses appartements; et •on peut s’imaginer combien fut tendre cette séparation des deux meilleurs époux qui furent jamais. Après cela, les infants entrèrent dans la chambre du roi, et se jetèrent à ses pieds. Le roi les signa, les baisa cent fois et leur donna sa grâce et sa bénédic-
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tion , les baisa sur la bouche et leur dit les choses les plus affectueuses, surtout à l’infant En Jacques, qui était l’aîné, puisqu’il avait sept ans de plus que son frère En Frédéric. Il était d’ailleurs plein de sens , de prudence et de sagesse. On peut répéter ce qui se dit en Catalogne : Que l’épine , pour piquer, doit naître aiguë. De même, il paraissait bien en son enfance qu’il serait un homme sage ; et s’il le faisait espérer alors, il l’a bien prouvé parla suite, et le démontre chaque jour; car jamais prince ne fut plus habile, mieux élevé, plus courtois, plus brave , enfin plus accompli en toutes choses. Ainsi l’est-il, et le sera-t-il long-temps, s’il plaît à Dieu , qui lui accordera, j’espère, une longue et heureuse vie.
L’infant En Jacques écouta et conserva soigneusement toutes les paroles du roi son père , aussi bien que l’infant En Frédéric , autant que le permettait son âge et son intelligence ; on peut dire de lui tout ce que j’ai dit de son frère ; car ils sont l’un et l’autre bons envers Dieu , envers le monde, envers leurs peuples et envers tous leurs sujets, de sorte que l’on ne saurait en trouver de meilleurs.
Le roi leur ayant donné ses grâces et sa bénédiction , et les ayant baisés plusieurs fois à la bouche , ils lui baisèrent les pieds et les mains , et sortirent de l’appartement. Le roi resta quatre heures tout seul, sans vouloir permettre que personne fût admis auprès de lui. Ce que le roi avait fait, la reine le fit également dans un autre appartement avec l’infant En Alphonse et
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rinlanl En Pierre. Elle les signa, et leur donna sa bénédiction , les liaisant sur la bouche à plusieurs reprises. Ils s’inclinèrent et lui baisèi'ent les pieds et les mains, et gravèrent dans leur mémoire toutes les bonnes choses qu’elle leur avait dites et les bons conseils qu’elle leur avait donnés. Après cela^ le roi de Majorque, les comtes, barons, prélats, chevaliers et citoyens, sortirent. La reine les invita à entrer dans la cathédrale, voulant obtenir elle-même les grâces de sainte Eulalie et de saint Léger.
L’archevêque de Tarragone, avec huit évêques et autres qui se trouvaient là , firent de ferventes prières en faveur de la reine et des infants. La reine ayant terminé ses oraisons , les montures furent préparées , et on se rendit aux bords de la mer. Le roi de Majorque accompagna la reine à cheval ; venaient ensuite le comte d’Ampuries , le vicomte de Rocaberti , En Raimond Folch , vicomte de Cardona, et autres gentilshommes de Catalogne et d’Arragon , au nombre de plus de cinquante, qui la suivaient à pied, ainsi que les consuls de Barcelonne, et beaucoup d’autres citoyens. Ensuite le peuple la suivait en foule, hommes, femmes, filles, enfants, versant des larmes et priant Dieu jK)ur la reine et les infants, en le suppliant de les garantir de tous maux, et de les faire arriver sains et saufs en Sicile. Que puis-je vous dire? Il eût fallu avoir un cœur bien dur pour ne pas pleurer.
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Arrivé a la mer, le roi de Majorque descendit de cheval , aida la reine à descendre , et la fit entrer , avec les deux infants , dans une belle barque d’osier bien recouverte * , appartenant au navire. Et quand lesinfants se séparèrent de leur deux frères qui restaient, vous eussiez été navrés. On ne pouvait les arracher des brasles uns des autres; maisleroide Majorque^ sortant de la barque, les sépara en pleurant, et fit entrer les infants En Jacques et En Frédéric, dans la barqueoù était la reine. Alors le roi de Majorque s’embarqua , ainsi que le comte d’Ampuries , En Dalmau de Rocaberti et En Raimond Folch, vicomte deCardona;on fitforcede rames, et la reine, se tournant vers ses enfants, les signa, les bénit , et en fit autant au peuple et au pays. Les mariniers firent jouer les rames, et on se rendit au vaisseau principal , nommé la Bonne Aventure. La reine une fois loin du rivage , on fit embarquer les dames et demoiselles dans d’autres barques . avec des Riches-Hommes et des chevaliers, pour les servir et les accompagner. Grâces à Dieu, ils arrivèrent tous sur le navire, aussi bien que le roi de Majorque, avec le comte d’Ampuries, le vicomte de Rocaberti, et le vicomte de Cardona. Ensuite montèrent les dames et demoiselles qui devaient suivre la reine.
I. Ou se sert encore, dans quelques parties de l’Irlande, de ces barques d’osier, doublée de cuir.
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En Raimond Marquet répartit toutes les autres personnes sur le second navire ainsi que sur les galères.
Tout le monde étant embarqué , En Raimond Marquet et En Béranger Mallol vinrent au roi de Majorque , lui baisèrent les mains , et lui dirent : « Seigneur, signez-nous, bénissez-nous, et retour- » nez au rivage ; et laissez-nous partir sous la » garde de Dieu. » Enfin le roi de Majorque prit , en pleurant , congé de la reine et des infants , les signa, et leur donna sa bénédiction, en versant un torrent de larmes. Le comte et les vicomtes firent de même.
A près avoir pris congé de nouveau, le navire étant tout prêt , et les infants dans la chambre , le capitaine fit son salut. On hissa les voiles, le navire partit , et tous les autres le suivirent. Alors , on entendit tout le long du rivage : « Bon voyage, bon voyage ! » Et les airs en retentirent.
Le roi de Majorque retourna à terre, et montant à cheval avec les Riches-Hommes et les barons ilsse rendirent au palais, où ils trouvèrent le roi dans •sa chambre, avec les deux infants. En Alphonse et En Pierre. Le roi ayant appris leur retour, sortit de sa chambre; les trompettes sonnèrent, et on alla se mettre à table. Chacun s’efforça de paraître gai et content , pour distraire le roi et les infants de leur douleur.' Après avoir mangé , on se leva . et on passa dans l’autre salle, où on fit venir différents jongleurs pour se divertir. Que vous
DK ItAMON MüHTANER.
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dirai-je ? La journée se passa ainsi. Je ne vous parlerai plus d’eux ; mais de la reine , des infants et de leur flotte.