‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 157 sur 165 · CHAPITRE CXLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIII

Comment le seÎ0ncnr roi En Pierre d'Arragon , jiartant de Barrcloime pour se rendre à Xativa, commença par être malade d’un refroidissement i et comment étant à Villefranche de Panades , il eut la fièvre, fit son testament, et reçut le précieux corps de Jésus-Christ.

A son départ de Barcelonne , il se leva de bonne heure et prit un grand froid ; ce qui fut suivi d’un tremblement de fièvre. Il se trouva très incommodé dans la route, et fut forcé de s’arrêter à Saint- Clément. On envoya de suite à Barcelonne, à maître A. de Villanova , et autres. On lui fit prendre l’eau dès le matin : tous d’un commun accord assurèrent que ce n’était qu’un refroidissement ; que d’ailleurs ce n’était rien. Le même jour il monta à cheval, et alla à Villefranche de Panades. Là le

Chbosiqoes. T". F. — b. Muhtaheb. /. 28

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mal fut plus violent , et la fièvre fut très forte. Quand elle se fut calmée , il fit venir son secrétaire particulier, et fit même son testament dans toutes les formes. Le lendemain , il l’examina de nouveau, de même que le surlendemain. L’ayant enfin réglé à sa volonté , il le fit publier , et reçut pour témoins des prélats , des Riches-Hommes, des chevaliers, des citoyens notables et des hommes des villes. Après quoi il se confessa à plusieurs reprises à l’évêque^ à l’abbé de Sainte-Croix, aux l'rères prêcheurs , aux frères mineurs , et soulagea bien sa conscience. Il reçut plusieurs fois son Sauveur , avec grande dévotion , en présence de chacun de ceux qui pouvaient être contenus dans la chambre, et avec d’abondantes larmes qui s’échappaient de ses yeux. Tous les assistants pleuraient aussi. Après cela, le mal s’aggravait toujours. La nouvelle s’en répandit de tous côtés, et parvint à l’infant En Alphonse , qui s’était déjà embarqué. En l’apprenant, il pensa qu’il devait se rendre anprès de son père.

En le voyant , le roi lui dit : « Infant , qui vous » a conseillé de venir ici ? Etes-vous un médecin » propre à me traiter dans ma maladie ? Vous >1 savez bien que non ; et que votre présence n’est » point nécessaire ici. Si Dieu veut que nous n mourions à cette heure, vous ne pouvez nous être » d’aucune utilité; car nous avons fait et publié » notre testament. Songez donc à vous en retourlier; embarquez-vous à la bonne heure. Votre

DE UAMON MUNTANEn.

« retour sera une bonne œuvre envers Dieu , et un » acte utile à votre gouvernement, et à celui de » votre oncle le roi de Majorque ; le moindre re- » tard pourrait être très préjudiciable. »

Alors l’infant lui baisa les pieds et les mains ; le roi le baisa sur la bouche , lui donna sa bénédiction , et le signa plus de dix fois. L’infant s’en alla, et s’embarqua à Salou, avec la grâce de Dieu.

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