CHAPITRE CXLV
Comment le roi En Pierre d’Arragon fit publier une seconde fois son testament devant l’archevêque de Taragonne et huit évêques ; et commentil laissa l’infant En Alphonse légataire universeldu royaume d’Arragon, de la Catalogne et du royaume de Valence ; et l’iniant En Jacques roi de Sicile.
Le lendemain du jour où l’infant quitta son père, le roi voulut que son testament fût publié une seconde fois en présence de l’archevêque de Taragonne^ qui se trouvait auprès de lui, ainsi que de huit évêques, tous sujets du roi d’Arragon, et des abbés, des prieurs, des écclésiastiques et des Riches- Hommes , des chevaliers, des citoyens et des hommes des villes. Lorsque tout le monde fut présent devant le roi, le testament fut lu à haute voix , de manière que chacun l’entendit. Il laissa pour exécuteurs testamentaires l’archevêque deTaragonne, l’évêque de Barcelonne , l’abbé de Sainte-Croix , des Riches-Hommes et des chevaliers, tous bons, sages et discrets , et bons chrétiens , afin que tout fût exécuté ponctuellement ou réparé par eux.
11 voulut que son corps fût enterré au monastère de Sainte-Croix , excellent monastère de moines ,
(•aSS) DE UAMON MUMl'ANER. 43/
situé à six lieues dudit Villefranche. Il laissa l’in- Caiit En Alphonse légataire universel du royaume d’Arragon, de laCatalogne, et du royaume de Valence. 11 lui laissa aussi tous les droits que la couronne d’Arragon , le comté de Barcelonne et le royaume de Valence pouvaient avoir dans toutes les parties du monde. D’unautrecôté, il ordonnait à l’infaint En Alphonse, de reconnaître sa mère comme reine, tant qu’elle vivrait ; de suivre toujours ses volontés; de l’aimer et l’honorer comme la mère la meilleure et la plus sainte qui fût au monde. Il lui prescrivait aussi de donner ses conseils à son jeune frère l’infant En Pierre, et de le diriger et entretenir ainsi qu’il convenait au fils d’un roi. Il lui recommandait encore sa sœur Yolande, à laquelle il devait donner pour époux un roi qui fût d’une haute origine. Il laissa le royaume de Sicile et tout ce qui pouvait lui appartenir dans toutes les parties du monde^ au seigneur i n fant En Jacques, qui venait après l’infant En Alphonse pour la naissance , avec la clause que si l’infant En Alphonse mourait sans enfants de légitime mariage, l’Arragon , la Catalogne, le royaume de Valence, et tous leurs droits reviendraientà l’infant En Jacques, tels qu’il leslaissait à l’infant En Alphonse. Si l’infant En Jacques mourait avant l’in fant E n Alphonse, le royaume de Sicile devrait être transmis à l’infant En Frédéric. Il recommandait à l’infant En Jacques de maintenir ce dernier dans l’état qui convient à un fils de roi. Il voulait de plusque la reine fût, tant qu’elle vivrait.
Digilized by Googl
438 CHRONIQUE (n85)
dame, maîtresse et reine ; et qu’il l’aimât et l’honorât comme il l’avait ordonné à l’infant En Alphonse. Demêmepour l’infantemadame Yolande, leur sœur , à laquelle il était tenu de donner pour mari un roi de haut lignage.
Le testament contenait bien d’autres clauses qu’il est inutile de rappeler puisqu’elles n’ont point de rapport à mon sujet.
Ce testament ayant été lu et publié , le roi demanda à tous les assistants , comme à des loyaux vassaux , s’il leur paraissait être bon. Ils répondirent unanimement qu’il avait agi avec sagesse et maturité , et que cela ne pouvait être autrement , puisqu’il était le seigneur le plus prudent et le plus expérimenté qui fût en toutes choses. -Tout étant ainsi réglé , le roi fut bien plus tranquille , et on pensa même que son état était devertu meilleur. Mais le lendemain le mal empira ; c’était la veille de la Saint-Martin; ce jour et la nuit suivante , il souffrit beaucoup. Le lendemain • , jour de Saint- Martin , bon et digne chevalier de Dieu , le Seigneur appela dans son royaume le roi En Pierre d’Arragon, le meilleur, le plus sage chevalier qui lût sur terre , et le plus affable envers tout le monde. Il était plein de grâces en sa personne , au-dessus de qui que ce fût.
Il laissa quatre fils les plus sages et les plus ha-