‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 53 sur 165 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Comment le roi de Majorque et l'infant En Sanche prièrent le roi En Pierre de leur dire quelles e'taicnt scs intentions ; et comment le roi En Pierre refusa de le dire j seulement il confia son pays à l’infànt En Sanche.

Le roi de Majorque alla vers le roi d’Arragon ; il le pria de lui communiquer ce qu’il avait résolu de faire , offrant de le suivre avec toutes ses forces. « Je ne désire pas, lui répondit son frère, » que vous me suiviez ; mais bien que vous demeu- » riez et preniez soin de tout mon royaume. Au » reste, je vous prie de n’êlre point fâché si je ne » vous découvre pas mes projets ; car s’il était quel- » qu’un au monde à qui je voulusse ouvrir mon » cœur, ce seraità vous; mais je ne puis vous faire » part du but de ce voyage. Je vous prie aussi de ne » pas prendre en mauvaise part si je n’accepte les » secours de personne au monde , me reposant sur » ceux de Dieu , de mes vassaux et de mes sujets. » Là-dessus, le roi de Majorque n’insista pas davantage. Le roi de Castille et son neveu l’infant firent la même démarche. L’infant En Sanche vint en Arragon, et offrit , «le la part de son père et de la sienne , de le suivre en personne , avec toutes ses forces ; il lui promit trente ou quarante galères de Séville, et de .ses autres ports, bien années et appa-

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reillées. Que vous dirai-je? La même réponse lui fut faite qu’à son frère le roi de Majorque , excepté qu’il lui recommandait le soin de son royaume, le regardant comme son fils. Le seigneur infant lui répondit qu’il acceptait volontiers cet ordre , et qu’il n’avait qu’à prévènir tous ceux qui étaient munis de ses procurations, que dès qu’ils auraient besoin de quelque secours que ce fût , ils le lui fissent dire ; et que , toutes affaires cessantes , il s’y rendrait avec toutes ses forces. Le roi d’Arragon en fut très charmé ; il l’embrassa plus de dix fois ; après quoi ils prirent congé l’un de l’autre. L’infant retourna en Castille, et rendit compte au roi son père de tout ce qui s’était passé entre eux. « O Dieu! s’écria le roi, quel prince a un cœur » pareil au sien ! »

Pende temps après, le roi de Castille mourut, et l’infant En Alphonse lui succéda; mais je laisse là le roi En Sanche de Castille , et retourne au roi d’Arragon.

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