‹ Chronique de Ramon MuntanerChapitre 64 sur 165 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

Comment le noble En Guillemdc Castellnou revint de l’ambassode qu’il avait eue auprès du pape ; et comment la re'ponae fut que le pape ne voulait en rien seconder le roi En Pierre.

Le noble comte En Guillem de Castellnou étant parti d’Alcoyll, fit route pour Rome et alla trouver le pape avec les deux galères. Quand il fut devant le pape et le consistoire, il fit et dit tout ce dont le roi l’avait chargé. Le pape l’ayant écouté, répondit, ainsi que le roi En Pierre l’avait prévu : « Pourquoi le roi ne nous a-t-il poin t communiqué, » quand il était en Catalogne , ce qu’il nous fait » dire à présent? » Ledit noble lui fit la réponse que le roi lui avait prescrite. Que vous dirai-je? Le pape lui répliqua que s’étant alors caché de lui , il n’en obtiendrait à présent ni argent , ni croisades, ni rien du tout. Alors le noble protesta de la manière que le roi lui avait dit de le faire ; et , fâché , et indigné il prit congé du pape^ et ajouta ces paroles, que le roi ne lui avait point prescrites : « Je m’en retourne avec une cruelle » réponse de votre part; qu’il plaise au Seigueui\ » vrai Dieu , que si celte réponse attire des mal-

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» heurs sur la chrétienté , cette réponse retombe » sur vous et sur tous ceux quii vous ont conseillé » et vous conseillent ! » Ensuite il s’embarqua et se rendit à Alcoyll. Le roi le vit avec plaisir, et alla le recevoir^ car il l’aimait beaucoup et l’estimait pour son courage et ses autres qualités. Il réunit son conseil et voulut connaître la réponse qu’il apportait. Il en rendit compte : le roi, voyant la dureté du pape , leva les mains vers les deux , et dit : « Seigneur, vrai Dieu, maître et souverain » de toutes choses , daignez seconder mes desseins; » vous savez que mon intention était de venir ici » et de mourir à votre service. Mais je ne pour- » rais me maintenir, si vous ne m’accordiez votre » protection et vos conseils à moi et aux miens. » Ensuite il pria tous les membres du conseil de songer à cela, et de lui conseiller ensuite ce qu’ils pensaient à faire, et qu’il y réfléchirait de son coté. On se sépara, et chacun rentra dans sa demeure.

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