‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 43 sur 110 · LA MU E · texte numérisé non relu

LA MU E

— Puisque vous conduisiez la sortie, monsieur de La Noue, reprit le maire, d'avance nous étions sûrs du succès.

— Eli ! que ferait La Noue sans le secours de Dieu ? s'écria aigrement le vieux ministre. C'est le Dieu fort qui a combattu pour nous aujourd'hui ; il a écoulé nos prières.

— C'est Dieu qui donne et qui ôte la victoire à son gré, dit La Noue d'une voix calme, et ce n'est que lui qu'il faut remercier des succès de la guerre, Puis, se tournant vers le maire : — Eh bien! monsieur, le conseil a-t-il délibéré sur les nouvelles propositions de Sa Majesté?

— Oui, répondit le maire; nous venons de renvoyer le trompette à Monsieur en le priant de s'épargner la peine de nous adresser de nouvelles sommations. Dorénavant ce n'est qu'à coups d'arquebuse que nous y répondrons.

— Vous auriez dû faire pendre le trompette , observa le ministre ; car n'est-il pas écrit : Quelques méchants garnements sont sortis du milieu de toi, qui ont

voulu séduire les habitants de leur ville Mais tu

ne manqueras point de les faire mourir : ta main sera la première sur eux, et ensuite la main de tout le peuple. La Noue soupira et leva les yeux au ciel sans répondre.

— Quoi! nous rendre! poursuivit le maire, nous rendre quand nos murailles sont encore debout, lorsque l'ennemi n'ose même les attaquer de près, tandis que tous les jours nous allons l'insulter dans ses tranchées! Croyez-moi, monsieur de La Noue, s'il n'y avait pas de soldats à La Rochelle, les femmes seules suffiraient pour repousser les écorcheurs de Paris.

— Monsieur, quand on est le plus fort, il faut parler avec ménagement de son ennemi, et quand on est le plus faible...

— Eh ! qui vous dit que nous sommes les plus faibles? interrompit Laplace. Dieu ne combat-il pas pour nous? Et Gédéon avec trois cents Israélites n'était-il pas plus fort que toute l'armée des Madianites ?

— Vous savez mieux que personne , monsieur le maire, combien les approvisionnements sont insuffisants. La poudre est rare, et j'ai été contraint de détendre aux arquebusiers de tirer de loin.

— Montgomery nous en enverra d'Angleterre, dit le maire.

— Le feu du ciel tombera sur les papistes, dit le ministre.

— Le pain enchérit tous les jours, monsieur le maire.

— Un jour ou l'autre nous verrons paraître la flotte anglaise, et alors l'abondance renaîtra dans la ville.

— Dieu fera tomber la manne s'il le faut! s'écria impétueusement Laplace.

— Quant au secours dont vous parlez, reprit La Noue, il suffit d'un vent de sud de quelques jours pour qu'il ne puisse entrer dans notre port. D'ailleurs il peut être pris.

— Le vent soufflera du nord ! Je te le prédis, homme de peu de foi, dit le ministre. Tu as perdu le bras droit et ton courage en môme temps.

La Noue paraissait décidé à ne pas lui répondre. 11 poursuivit, s'adressant toujours au maire.

— Perdre un homme est pour nous plus grave que pour l'ennemi d'en perdre dix. Je crains que , si les catholiques pressent le siège avec vigueur, nous ne soyons contraints d'accepter des conditions plus dures que celles que vous rejetez maintenant avec mépris. Si, comme je l'espère, le roi veut bien se contenter de voir son autorité reconnue dans cette ville, sans exiger d'elle des sacrifices qu'elle ne peut faire, je crois qu'il est de notre devoir de lui ouvrir nos portes; car il est notre maître, après tout.

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