‹ Chronique de règne de Charles IXChapitre 6 sur 110 · LE LENDEMAIN IÙWK FÊTE · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN IÙWK FÊTE

— Que signifie ceci? où est mon cheval ?

— Que votre seigneurie prenne la peine d'aller le demander à messieurs les reitres protestants, répondit l'hôte avec une feinte humilité; ces dignes étrangers l'ont emmené avec eux : il faut qu'ils se soient trompés à cause de la ressemblance.

— Beau cheval ! dit un des marmitons ; je parierais qu'il n'a pas plus de vingt ans.

— On ne pourra nier que ce soit un cheval de bataille, dit un autre : voyez quel coup de sabre il a reçu sur le front.

— Quelle superbe robe ! ajouta un autre; c'est comme la robe d'un ministre, noir et blanc.

Mergy entra dans l'écurie, qu'il trouva vide. — Et pourquoi avez-vous souffert qu'on emmenât mon cheval ? s'écria-t-il avec fureur.

— Dame! mon gentilhomme, dit celui des valets qui avait soin de l'écurie, c'est le trompette qui l'a emmené, et il m'a dit que c'était un troc arrangé entre vous deux.

La colère suffoquait Mergy, et, dans son malheur, il ne savait à qui s'en prendre.

— J'irai trouver le capitaine, murmurait-il entre ses dents, et il me fera justice du coquin qui m'a volé.

— Certainement, dit l'hôte, votre seigneurie fera bien; car ce capitaine... comment s'appelait-il?... il avait toujours la mine d'un bien honnête homme.

Et Mergy avait déjà fait intérieurement la réflexion que le capitaine avait favorisé, sinon commandé le vol.

— Vous pourrez, par la même occasion, ajouta l'hôte, vous pourrez ravoir vos écus d'or de cette jeune demoiselle ; elle se sera trompée, sans doute, en faisant ses paquets au petit jour.

— Attacherai-je la valise de votre seigneurie sur le cheval de votre seigneurie! demanda le garçon d'écurie du ton le plus respectueux et le plus désespérant

Mcrgy comprit que plus il resterait, plus il aurait à souffrir des plaisanteries de cette canaille. La valise attachée, il s'élança sur sa mauvaise selle ; mais le cheval, se sentant un maître nouveau, conçut le désir malin d'éprouver ses connaissances dans l'art de l'équitation. 11 ne tarda pas beaucoup cependant à s'apercevoir qu'il avait affaire à un excellent cavalier, moins que jamais disposé à souffrir ses gentillesses; aussi, après quelques ruades bien payées par de grands coups d'éperons fort pointus, il prit le sage parti d'obéir et de prendre un grand trot de voyage. Mais il avait épuisé une partie de sa vigueur dans sa lutte avec son cavalier, et il lui arriva ce qui arrive toujours aux rosses en pareil cas, il tomba, comme l'on dit, en manquant des quatre pieds. Notre héros se releva aussitôt, légèrement moulu, mais encore plus furieux à cause des huées qui s'élevèrent aussitôt contre lui. Il balança même un instant s'il n'irait pas en tirer vengeance à grands coups de plat d'épée ; cependant, par réflexion, il se contenta de faire comme s'il n'entendait pas les injures qu'on lui adressait de loin, et plus lentement il reprit le chemin d'Orléans, poursuivi à distance par une bande d'enfants, dont les plus âgés chantaient la chanson do Jehan Petaquin\ tandis que les plus petits criaient de toutes leurs forces : Au huguenot*, au huguenot! les fagots ï

Après avoir chevauché assez tristement pendant près d'une demi-lieue, il réfléchit qu'il n'attraperait probablement pas les reîtres ce jour-là ; que son cheval était sans doute vendu; qu'enfin il était plus (pie douteux que ces messieurs consentissent à le lui rendre. Peu à peu il s'accoutuma à l'idée (pie son cheval était perdu sans retour ; et, comme dans celte supposition il n'avait rien à faire sur la route d'Orléans, il reprit celle de Paris, ou plutôt une traverse, pour éviter de passer devant la

1 rL'i'sonjirtp^ ridicule d'une vieille chanson populaire.

malencontreuse auberge témoin de ses désastres. Insensiblement, et comme il s'était habitué de bonne heure à chercher le bon côté de tons les événemcns de cette vie, il considéra qu'il était fort heureux, à tout prendre, d'en être quitte à si bon compte; il aurait pu être entièrement volé, peut-être assassiné, tandis qu'il lui restait encore un écu d'or, à peu près toutes ses bardes, et un cheval qui, pour être laid, pouvait cependant le porter. S'il faut tout dire, le souvenir de la jolie Mila lui arracha plus d'une fois un sourire. Bref, après quelques heures de marche et un bon déjeuner, il fut presque touché de la délicatesse de cette honnête iille, qui n'emportait, que dix-huit écus d'une bourse qui en contenait vingt. 11 avait plus de peine à se réconcilier avec la perte de son bel alezan, mais il ne pouvait s'empêcber de convenir qu'un voleur plus endurci que le trompette aurait emmené son cheval sans lui en laisser un à la place.

Il arriva le soir à Paris, peu de temps avant la fermeture des portes, et il se logea dans une hôtellerie de la rue Saint-Jacques.

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