LA PRISE DE POSSESSION
" Depuis déjà quelque temps, Rimouski s'était dignement préparé à recevoir son pontife. Huit jours avaient été employés à ériger sur le parcours de son passage d'élégants arcs de verdure ; on avait bordé le chemin de sapins et de cèdres ; des cultivateurs étaient venus d'une quinzaine de lieux aux alentours pour s'en faire bénir et lui payer la bienvenue, et la joie de la cathédrale se reflétait depuis la modeste chaumière du paysan jusque sur l'humble cabane du pêcheur. Mais la pluie torrentielle, cette pluie serrée et continue que nous avons eue, cette année là, dès le commencement d'avril, vint nous forcer de mettre
notre paraj)luic entre toutes ces belles choses, et c'était réellement bien triste que d'entrevoir ces pauvres drapeaux, faisant mélancoliquement suinter, eux aussi, leur quote-part d'eau sur les passants, et de jeter les yeux çà et là, sur quelques-unes de ces belles devises que M. Bérubé avait travaillées si artistiquement et que l'humidité s'était amusée A déchirer et à faire battre au vent.
" Parmi ces inscriptions, nombreuses et fort remarquables, l'une, la première en débarquant — était une expression de respectueuse courtoisie: — " Bimouski vous saluée L'autre contenait en elle seule un résumé complet de la vie du saiut prélat : *' Honneur à la vertu, au mérite et au dévouement.''
" A mesure que nous approchions de la nouvelle cathédrale, les ornements et les décorations de toutes sortes se pressaient et s'entremêlaient les uns aux autres. A l'intérieur, au-dessus du sanctuaire, de jolies draperies retombant en festons servaient à relever la sévérité architecturale de l'édifice ; le parvis était encombré d'une foule pieuse et recueillie, et l'imposante cérémonie, attendue avec tant d'impatience, allait commencer. (1)
(1) M. André-Elz. Gauvreau, Régistrateur, avait lui-même fait les frais de ces décorations, et aVait magnifiquement bien
'' Après s'être revêtu de ses habits pontificaux, le premier acte de Monseigneur Langevin, en mettant le pied dans le vestibule de sa cathédrale, fut de s'agenouiller sur le seuil de la porte principale, pour exprimer officiellement et sacerdotalement son entrée dans le diocèse de St.-Germain de Eiraouski. Là, le curé de la paroisse, M. l'abbé Lahaye, lui présenta le crucifix à baiser, et, lecture ayant été donnée de la bulle du Souverain Pontife, érigeant cette portion du diocèse de Québec en évêché et en confiant la direction à la vigilance du nouveau pasteur, Monseigneur, accompagné de l'Evêque de Kingston, reçut l'eau bénite et l'encens, et fit son entrée triomphale, annoncée par les sublimes accords du Te Deum, bénissant solennellement son peuple et entouré de son chapitre et de son clergé. Arrivé au pied de l'autel, il s'y agenouilla pour y faire une seconde prière, puis, l'ayant embrassé respectueusement, il fut conduit à son trône épiscopal par Sa Grandeur Monseigneur Horan, et là, comme dit naïvement l'acte notarié de
préparé son salon pour la réception de Sa Grandeur, où. Elle devait revêtir les ornements pontificaux, avant son entréee solennelle dans sa nouvelle Cathédrale. Mais le mauvais état des rues ne permit point à Monseigneur de s'arrêter chez M. Gauvreau, et Sa Grandeur dut se rendre immédiatement à sa Cathédrale.
prise de possession, " personne ne s',y étant opposé, reconnu joyeusement pour père en Dieu et évêque de St. -Germain de Eimouski, par le baiser de la main/' que les prêtres s'en vinrent lui donner deux par deux. Après avoir reçu cette marque d'allégresse et de dévouement, Monseigneur retourna à l'autel, où l'antienne du patron du diocèse, St. Germain, ayant été entonnée, il chanta lui-même l'oraison, et, donnant de nouveau la bénédiction pontificale, une messe basse dite parM. leGrand-YicaireEd. Langevin. commença,
" Pendant le saint sacrifice, un cbœnr dirigé par M, l'abbé Eouleau, exécuta des morceaux choisis de grands maîtres, et le magnifique chant du ténor M. Gagné, qui serait tout à fait à l'aise au milieu de celui de nos artistes les plus distingués, fut habilement accompagné sur l'harmonium par M. Bégin.
" Musique, prières, cathédrale et peuple, tout semblait commenter à sa manière le verset sacré qui allait fournir au savant prédicateur de la fête, le texte de son discours :
— Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.