‹ Chronique de RimouskiChapitre 9 sur 19 · POUR EN CONSERVER LE PERPÉTUEL SOUVENIR · texte numérisé non relu

POUR EN CONSERVER LE PERPÉTUEL SOUVENIR

" Fidèle aux devoirs de la charge Pastorale que Dieu,

malgré notre indignité, nous a confiée, nous dirigeons

surtout nos pensées et nos soins vers ces parties du

troupeau de Notre-Seigneur qui sont éloignées du

centre de la Foi Catholique par de longs espaces de

terre et de mer : et du moment que nous voyons que

l'intérêt et le bien de ce troupeau demandent que nous

érigions de nouveaux diocèses en ces lieux éloignés,

nous ne manquons pas de le faire par Notre Autorité

Apostolique. Xos Vénérables Frères TEvêque de

Tloa, Administrateur de rArchidiocèse de Québec, Province du Canada, et les Evêques de la dite Province, ayant donc eu l'attention de nous exposer qu'il serait très-avantageux pour la Foi Catholique que nous érigions la partie inférieure du dit Archidiocèse en un diocèse séparé et distinct, qui aurait son Evoque propre, nous avons délibéré sur ce projet avec Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Ste. Eglise Eoniaine ; nous Tavons examiné avec soin, et nous avons jugé à propos de nous rendre à la prière des dits Evêques, et d'ériger le nouveau diocèse demandé/Aussi, du conseil de Nos Vénérables Frères, et par la plénitude de Notre Pouvoir Apostolique, nous érigeons et nous établissons, par les présentes, ce nouveau Siège Episcopal, dans le lieu appelé Saint- Germain de Eimouski, dans la partie inférieure de l'Archidiocèse de Québec, province du Canada ; et nous décrétons qu'à ce Siège appartiendra toute cette partie de territoire qui comprend les immenses districts de Eimouski et de Gaspé, au sud du fleuve St.- Laurent, ainsi que le comté de Témiscouata, excepté pourtant les paroisses de St.-Patrice, de St.-Antonin et de N.-D. du Portage ; et au nord du dit fleuve St.- Laurent, tout le territoire qui s'étend à l'est de la Bivière Portncuf. avec toutes les îles situées dans le

dit fleuve Saint-Laurent, et comprises dans les limites indiquées tout-à-l'heure. Nous voulons de plus que cette nouvelle Eglise Episcopale jouisse de tous les honneurs, droits et privilèges qui sont l'apanage des autres Sièges Episcopaux.

"• Yoilà ce que nous voulons, ce que nous statuons, ce que nous décrétons ; ordonnant que nos présentes Lettres soient dès à présent et à l'avenir stables, valides et efficaces, qu'elles obtiennent et produisent leurs effets pleins et entiers, et qu'elles servent parfaitement à ceux qu'elles regardent maintenant, et à ceux qu'elles regarderont plus tard, et qu'il soit jugé et défini suivant les prémices par tous Juges ordinaires et délégués, même par les Auditeurs des Causes du Palais Apostolique ; et nous déclarons nul et sans valeur tout ce qui pourrait être tenté contrairement à ces choses, par toute autorité quelconque agissant soit par ignorance, soit avec connaissance de cause. Nonobstant notre règle et la règle de la Chancellerie Apostolique, de jure quœsito non toUendo, et nonobstant les autres Constitutions Apostoliques, et celle de notre prédécesseur Benoît XIY, d'heureuse mémoire, super divisione Materiarum, et toutes autres choses contraires.

'' Donné à Eome, près de Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 15 janvier, Tan MDCCCLXVII de

N.-S. et le vingt et unième de notre Pontificat. (Signé) L t S " X. Gard. Paracciani Clarelli.''

Le diocèse de St.-Germain de Rimouski fut érigé le 15 janvier 1867, dans la vingt et unième année du Pontificat de Pie IX. Alors, M. Jean Langevin, Prêtre, Principal de l'Ecole Normale de Québec, fut nommé Evêque du Diocèse de St.-Germain de Rimouski, par une Bulle datée de Home, le 15 janvier 1867.

Le premier jour de Mai de la même année. Mgr. Jean-François-Pierre-LaForce Langevin recevait, dans la Cathédrale de Québec, des mains de Mgr. l'Administrateur de l'Archidiocèse, la consécration épiscopale, l'élevant à la sublime dignité de successeur des Apôtres, en présence d'un grand concours de fidèles réunis et de Nos Seigneurs les Evêques Edouard- Jean Horan, Evêque do Kingston ; Jos.-Eugêne Guignes, Evêque d'Ottawa ; Jean- Joseph Lynch, Evêque de Toronto ; Charles Larocque, Evêque de St.-Hyacinthe ; Louis-François Laflèche, Evêque d'Anthédon et coadjuteur de Mgr. Thomas Cooke, Evêque des Trois-Riviêres.

Plus de 150 prêtres étaient aussi venus des différents

diocèses jjour s'associer à cette intéressante démonstration du culte catholique, et prier le ciel de répandre ses plus abondantes bénédictions sur le nouvel Elu et sur les fidèles confiés à sa garde.

Mgv. de HimouskijCn choisissant le premier jour du mois que l'Eglise consacre à la reine des cieux, avait sans doute l'intention de mettre son diocèse sous la puissante protection de Marie.

Les deux prélats qui assistaient l'Elu furent Mgr. Iloran et Mgr. Laflèche.

L'Evêque consécrateur fut Mgr. de Tloa, assisté de M. le Grand- Vicaire Cazeau, faisant l'office d'archidiacre, de M. le Grand- Vicaire Edmond Langevin et de M. Ouellette, remplissant l'office de diacres d'honneur.

Mgr. de St.-IIyacintho, après l'Evangile, monta en chaire, et prenant pour texte ces paroles de l'Apôtre '' Vos spiritus sanctus posuit episcopos regere Ecclosiam Dei," il les développa avec grâce et bonheur.

L'Eloquent orateur, après son début, fit une belle démonstration de la dignité de l'Evêque et fit voir , en peu de mots combien l'Episcopat est nécessaire à l'Eglise et à la société.

11 termina son magnifique discours, qui fut vivement goûté de l'auditoire, à peu près en ces termes.

" C'est pour ajouter un nouvel anneau à la longue et belle chaîne du nombreux épiscopat qui gouverne maintenant les vastes territoires autrefois soumis à la jurisdiction de l'Evêché de Québec, que vient d'avoir lieu la consécration de Mgr. Jean Langevin ; ce jour doit être pour la vieille Eglise métropolitaine un jour de joie et de bonheur, puisqu'il est donné encore une fois de se complaire dans sa fécondité à l'occasion de la naissance de cette fille qui sort de son sein, pleine de vigueur et d'espérance, qui promet d'ajouter à sa couronne de mère un nouveau fleuron digne de figurer à côté de ceux qui en font déjà l'ornement et l'orgueil.

" Et ce qui doit'ajouter à sa joie, c'est que celui que le Yicaire-Eternel a désigné pour gardien, pour époux à cette nouvelle fille, est lui aussi l'enfant de l'Eglise de Québec, qui après lui avoir donné, à son entrée dans la vie, la naissance spirituelle du baptême, a cultivé avec soin ses belles qualités, pour le préparer à entrer dans le sanctuaire et à monter les degrés de l'autel.

'^ Il s'est toujours montré digne du caractère sacerdotal dont elle l'avait revêtu ; aujourd'hui, sa tendresse de mère goûte une satisfaction aussi vive que naturelle, en le voyant monter au premier degré de la hiérarchie ecclésiastique et prendre sa place parmi les princes

de l'Eglise. Et vou8, noiivcîiii pontife du Seigneur, je jîourrais à bien juste titre vous engager à prendre part à la joie eommune du clergé et des fidèles réunis pour être témoins des grandes choses que la puissance do Dieu a opérées en ce jour pour vous ; car il vous serait bien permis de dire, en empruntant les paroles si pleines de reconnaissance et d'humilité de notre Auguste Mère : " fecit mihi magna quia potens es."

" Mais il me vient une réflexion propre à arrêter les élans de cette joie, c'est que l'épiscopat n'est pas seulement un grand honneur, mais qu'il est aussi un grand fardeau, " Grandis honor vel grave pondus ". Mais, pourtant, consolez-vous : " dabit firmitatem qui contulit dignitatem."

Pendant que la cérémonie du sacre avait lieu dans la Cathédrale de Québec, Messire P.-Léon Lahaye, Prêtre, Curé de St.-Germain do Rimouski, en vertu d'une procuration, en date du 22 avril de la même année, de Mgr. Jean -François-Pierre LaForce Langevin, promu Evêque de St. Germain de Rimouski, par N. S. Père, le Pape Pie IX, (glorieusement régnant) prenait possession corporelle, réelle et actuelle en son nom, du dit diocèse de St.-Germain de Rimouski, de.

sa Cathédrale de St.-Germain et de son Evèché, droits, appartenances et dépendances.

Voici l'acte de prise de possession :

" A laquelle prise de possession, nous avons été appelé par M. P.-Léon Lahaye. En vertu de quoi, nous nous sommes transporté à la Cathédrale, où lecture, traduction française de la Bulle, nommant Jean Langevin Evêque de St.-Germain de Eimouski, a été faite, et le dit P.-Léon Lahaye, a pris possession du Diocèse, Cathédrale et Evêché, en allant s'asseoir sur le trône épiscopal. Après quoi, nous avons fait acte. Signé du dit Procureur, de Messieurs A.-Elz. Gauvreau, Régistrateur ; S.-Jos. Chalifour, Ecr., Shérif, Témoins instrumentaires exprès mandés.

(Signés) " P. S. Lahaye, Ptre., Proc, " A. Elz. Gauvreau, Régis., " Simon J. Chalifour, Shérif, " D. Bégin, N. p. J. p., " L. A. Dasïous, m., " E. GrOxNdin, C. m. et A. P., " Alp. Poulin, C. N.,

'' X. F. Talbot, Avocat,

" F. M. Derome, Protonotaire,

" P. L. Gauvreau, N. P.

" La Consécration de Mgr. Langevin, nous disait la Minerve, a été une cérémonie grandiose. Quoique la température de la veille et du jour fussent affreuses, néanmoins, les membres de l'épiscopat et du clergé s'étaient empressés de venir témoigner par leur .présence que le Sacre de Mgr. Langevin était plus qu'une fête religieuse, c'était une fête nationale : car un pays doit se glorifier d'un prélat aussi distingué par ses vertus que par ses talents. C'était une fête générale de la ville de Québec, et toutes les figures étaient épanouies de bonheur. La Cathédrale était ornée avec un goût exquis et souriait au nouvel Elu, sous ses somptueuses parures. La foule était compacte, quand l'office a commencé à 9 heures."

Il y eut, après l'office, grand dîner au Séminaire de Québec, auquel assistaient Nos Seigneurs les Evêques, et tous les prêtres présents à la cérémonie.

Dans la soirée, tous se rendirent en foule à une séance littéraire et musicale, à l'Uni versité-Laval, pour chômer dignement l'anniversaire d'un grand prélat.

Les Evêques, entourés de tous les membres du Clergé, ainsi qu'un grand nombre de citoyens et de

dames, rehaussaient de leur présence cette réunion choisie.

Le lendemain, dans l' après-dîner, Mgr. Langevin allait présider une charmante et intéressante réunion qui avait lieu dans l'ancienne chambre d'assemblée. C'était le dixième anniversaire de la fondation de l'Ecole-Normale.

Mgr. Langevin, accompagné des Evoques de la Province, du Clergé, de plusieurs membres distingués de la législature et de l'élite de nos concitoyens, voulut agir pour la dernière fois comme Principal.

Les musiciens de l'artillerie royale rehaussèrent cette splendide fête de famille par leur présence et leurs morceaux choisis, exécutés avec art.

Notre bienveillant lecteur lira avec intérêt, nous en sommes sûr, le récit de l'installation de 8a Grandeur Mgr. Langevin, si bien narré par une plume amie, M. Faucher de St. Maurice :

'• Le 15 mai 1867, le vapeur provincial ïAdcance, joyeusement pavoisé, emportait, vers son nouveau diocèse, Sa Grandeur Monseigneur Langevin, accompagné d'une suite nombreuse de prêtres et d'amis.

" La ville de Québec n'avait pas voulu laisser partir

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le nouveau Pontife, sans au moins lui donner un dernier témoignage de l'inaltérable souvenir qu'elle allait conserver de ses vertus chrétiennes et de ses talents distingués. Ses citoyens les plus influents et les j)lus honorables s'étaient réunis à Monseigneur do Tloa, aux ecclésiastiques de l'Archevêché, du Séminaire, et aux officiers de la Force Active, pour lui former un cortège d'honneur.

" Unegarde fournie par le neuvième batail Ion, placée sous les ordres du capitaine Gragné, était rangée sur le quai en ligne de bataille ; sa musique militaire jetait au vent du large les notes graves et majestueuses do l'hymne national anglais, et au milieu de toutes ces paroles d'adieu, de ces cliquetis d'armes et de ces respectueux hommages, Mgr. Langevin, debout sur la duniette, la tête nue et les yeux pleins de larmes, commençait à s'acheminer lentement vers ce mystérieux sentier de l'Episcopat, où venait de le placer la main de Pierre.

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