‹ Chronique de Rimouski [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 45 · P, L. DESCHENAUX · texte numérisé non relu

P, L. DESCHENAUX

Voici maintenant le document lui-même :

‘ PARDEVANT LE RÉVÉREND PÈRE AMBROISE Rouil- & lard, Récollet-Missionnaire faisant les fonctions de “ curé dans la paroisse de Saint Germain et témoingts ey bas nommez, furent présents en leurs personnes “ le Sr. LePage, de St. Barnabé, scigneur du dit lieu “ Iequel de son gré ct volonté a donné, ceddé, quitté, ‘ délaissé ct transporté comme il donne, cedde, quitte “ ot delaisse au dit toussaint Cartier un endroit dans la dite isle de $t. Barnabé et autant de terre qu’il en “ pourra faire et ce seulement pendant sa vie sans “que le dit toussaint Cartier puisse la vendre ni “l’alliéner attendue qu’il l’a demandé au dit Sr, ‘“ Lepage sous ces conditions et qu'après le déceds “du dit toussaint Cartier le dit endroit aussi bien

“que la terre qu'il pourra avoir fait retournera au

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d. Sieur Lepage ou à ses hoirs et ayant cause attendu que le dit Cartier s'est expliqué avec le d. Sr. Le Page qu'il ne voulait pas se marier et qu'il voulait se retirer dans un endroit seul afin de faire son salut et qu’il ne prétendait et n’entendait pas avoir aucun droit sur le dit endroit que pendant sa vie durante, et que au cas que le dit toussaint Cartier

voulût servir et prendre les intérêts de la maison

‘ comme un propre enfant le dit Sieur LePage s'o-

‘ blige de lui faire comme il feras à ses enfants seule-

ment pour son entretien et sa vie et au contraire si

‘ le dit toussaint Cartier veut agir autrement il fera

comme il pourra et usera de ce qu’il pourra recueillir sur son dit bien en estant le maître sans toutes

fois qu'il puisse empécher le di. Sr. donateur de

faire de la dite isle ce qu'il jugera à propos soit

‘ foins, pesche ou pâturage des animaux dont il seras

le muitre d'en faire comme il voudras sans que le

dit toussaint Cartier puisse les empècher ny lui ni

‘ les siens cédant seulement au dit Cartier lendroit

qu'il pourra occuper par lui-même et la terre qu'il pourra faire pour sa subaissance seulement et que

au cas que le dit toussaint Cartier vienne sur l’âge

‘aiant pris les intérêts de la maison moi Le Page

m'oblige et les miens de le nourrir et entretenir

“dans ma maison le regardant dès lors pour un ‘homme de la famille auquel tems le dit bien me

“ reviendra ou aux miens sans que le dit toussaint

pa

ni autres puissent y rien prétendre no lui aiant été “ accordé seulement que pendant sa vie après m'avoir “ fait connaitre qu'il n’y prétendait rien après son “ décez. Fait en présence du R. père Ambroise “ Rouillard et de Charles Souslevent et de Basile “ Gagnier tesmoingts qui ont signez avec nous, le dit “ toussaint Cartier ayant déclarez ne scavoir écrire ny “ signerdeceanquissuivant l'ordonnance àSt. Germain “ce quinzième novembre mil sept cent vingt huit. “ Signé sur l'original père Ambroise, LePage de St. “ Barnabé, marque de toussaint Cartier ? Charles

“ Souslevent.” Vient ensuite l’authentique, comme suit :

“ Collationné et vidimé mot pour mot et lettre “ pour lettre par les notaires publics en la province “ de Québec résidants à Québec soussignés sur l'ori- ‘ ginal au papier à nous présenté et à l’intant remis, “fait et collationné à Québec l'an mil sept cent “quatre-vingt-dix le trentième jour d'Août après

“ midi, Ju. PLANTÉ

TI, DESCHENAU x.’

“Voilà un contrat qui mérite d'être connu et con-

. À ‘és. , flot

servé, un contrat fait pour la considération de faire énc

son salut !

le 1 “ Ce contrat a été observé par les parties contrac- L'I tantes, pendant tout près de quarante ans, avec cette côt fidélité et cette honorabilité qui caractérisent les sd temps de foi et lés hommes de foi. oût “ Toussaint Cartier se mit de suite à travailler à sur" se constituer son hermitage : tout le temps qu'il lui seul fallut pour se mettre en état de subsister des fruits de égal | sa culture, il recevait du sieur Lepage la nourriture et Dos | l'entetien, et il prenait les intérêts du sieur LePage apr

comme ‘homme de Ia famille;” puis, lorsque ses fait

défrichements devinrert en état de subvenir à ses mel

besoins, il se retira dans l'Ile dont il ne sortait déc

jamais, excepté pour assister aux exercices de la mis- Sans

sion. [1 partagcait son tomps entre le travail, la se

méditation et la prière, vivant du produit de son

petit champ. IL s'était construit une petite maison- Bar

nette dans laquelle il vivait seul, et une petite étable du

qui logeait une vache et quelques poules.

€ En l’année 1759, le pays et surtout les paroisses

échelonnés des deux côtés du fleuve, en bas de Québec,

eurent à souffrir de l'invasion des anglais dont la

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flotte, en remontant le Saint-Laurent, avec des forces énormes, comparées à la petite population disséminée le long des côtes, semait la dévastation et la torreur. L'Ile St.-Barnabé fut un des premiers points de la côte qu’ils touchèrent. Les habitants de Rimouski, incapables d’opposer la moindre résistance, avaient conduit leurs familles dans les bois, et les hommes surveillaient les mouvements des navires. L'hermite seul ne changea rien à sa manière de vivre, devenant également étranger à la crainte et à la curiosité. Dos chaloupes mirent à terre des oscouades qui, après quelques excursions sur l'Ile, le croyant tout à fait déserté et se trouvant à distance des établissements de terre ferme, se rembarquèrent sans avoir découvert la demeure du solitaire que Dieu protégeait

sans doute.

“ [l y avait trente-neuf ans que l’hermite menuit cette existence mortifiée, embaumant cette île de Saint- Barnabé du parfum de sa sainteté, lorsque, le matin du 29 janvier 1767, le jeune Charles Lepage, âgé de quatorze ans, fils de Pierre Lepage, donateur au contrat que je viens de reproduire, remarqua, en sortant de la maison, que la cheminée de l’Hermite sur l’île ne donnait pas de fumée. Ayant informé son père

du fait, il reçut l’ordre d'atteler immédiatement un

cheval pour aller voir quelle pouvait être la cause de l'absence du feu au logis du vieux solitaire, en ce jour

de grand froid.

“ Le jeune Lepage partit accompagné d’un camaade, et, voiturant sur {« glace du pont de l'Ile, ils eurent bientôt franchi la distance qui les séparait de la maisonnette de l'hermitage. Cette demeure n'avait qu'une pièce, au milieu de laquelle ils trouvèrent le saint étendu sans connaissance sur le plancher. Un petit chien, seul compagnon de la solitude de l’homme de Dieu, était couché sur la poitrine de son maitre, il se mit à lui lécher la figure et à s’agiter de joie en

voyant entrer les jeunes gens qu'il connaissait.

‘Toussaint Cartier, enveloppé de couvertures, fut amené à la maison du Sieur Lepase, où les bons traitements et Ja chaleur du ioyer le ramenèrent bientôt à lui-mème. Il déclara cependant, dès qu'il put parler, qu'il croyait son heure arrivée, et il demanda le père

Ambroise,

“ Le bon Père, qui, près de quarante ans auparavant, avait été témoin du contrat intervenu entre le sieur Lepage et celui qui était alor 2ncore un tout jeune homme, le bon père Ambroise, chargé d'années et de

mérites, se trouvait en ce moment à sa mission de

Rimouski, comme par une permission de la divine Providence : il assista son ami, lui conféra les sacrements de l'Eglise et reçut, le 30 janvier 1767, le dernier soupir de l’'Hermite de Saint-Barnabé. Le lendemaiu, 31 janvier, il inhumait le pieux solitaire dans la petite chapelle qui servait alors d'église paroissiale à Rimouski, et il inscrivait dans les registres l’acte de

la sépulture que nous avons vu plus haut.

“ Cette histoire si simple, si touchante et si belle en elle-même de l’Hermite de Saint-Barnabé, a été ridiculement exploitée par quelques écrivains qui, sur la foi de la si peu croyable Lady Emily Montague, ont

travesti ce souvenir si intéressant de notre histoire

intime en un pitcyable roman d’amourettes.

# L'habitation et le champ cultivé de l'hermite étaient situés vers le milieu de l'Ile Saint-Barnabeé, du côté sud, faisant face au village de Rimouski, et, il n’y a pas encore bien des années, on trouvait encore quelques arbustes de jardin dont les premiers plants avaient été mis en terre par Le pieux reclus. Les recherches faites pour découvrir la tombe du «olitaire, sur les indications de monsieur Charles Lepage, mort en 1946, à l’âge de quatre-"ingt treize ans, (celui

ruëme qui était allé le chercher dans sa petite maison

es

de l'Ile) ces recherches sont demeurées sans succès :

la construction successive de plusieurs églises ayant

fait perdre toute trace précise de l’exacte situation

des choses à l'époque où le Père Ambroise déposait

son ami dans sa dernière demeure,”

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