‹ Chronique de Rimouski [microforme] (volume 3)Chapitre 60 sur 71 · IT, LE SERMON · texte numérisé non relu

IT, LE SERMON

Le sermon de circonstance, prêché par M. l'abbé Ladrière, curé de St, Fabien, renferme de nobles pensées, rendues avec bonheur et avec éloquence, Sa diction est pure et facile, son geste noble, et plus d'une fois sa voix forte ct éme, impressionna vive-

ment son auditoire,

‘ Benedictus qui venit in nomine Domini.” St, Matt. 21, IX.—

“ Messcigneurs, mes frères,

[y a plus d'un siècle et demi, le 31 Août 1701, les bords de la rivière Rimouski tressaillaient d'allégresse, à la vue d’une frèle embarcation qui déposait, sur la rive sauvago, un homme béni venant au nom du Scigneur, le Père Bernardin le Neuf. Il embrasse avec transport cette terre qu’il doit féconder de ses sueurs et peut-être de son sang ; il en prend possession au nom de la religion, et, pour assurer sa conquête, il arbore l’étendard du salut. Alors, les quelques blancs, entre autres les familles Lepage et St-Laurent, qui avaient fixé ici leurs demeures, et la tribu sauvage

des Micemacs, dont les cabanes étaient rangées sur les

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deux bords de la rivière, viennent s'agenouiller aux pieds du missionnaire pour recevoir ses premières bénédictions. Le prêtre les bénit, mais ce n'est pas assez : il brûle du désir de purifier cette terre avec le sang divin qui efface les péchés du monde. On elève donc à la hâte une tente de feuillages, et là, sur un autel rustique, le Dieu Tout-Puissant vient vérifier une fois de plus ces paroles si consolantes pour l'humanité : “ Mes délices sont d’être avec les enfants

des hommes.”

‘ Aujourd’hui, ce n'est plus le léger canot d'écorce qui apparaît à nos regards. Il est vrai que la Providence, pour nous rappeler plus vivement les commencements pénibles de cette église, a semblé susciter des obstacles presque insurmontables, mais le courage a vainéu toutes les difficultés, et un splendide bateauà-vapeur dépose sur notre rivage un homme très-élevé en dignité, mais dont le cœur, comme celui du missionnaire, ne désire que le salut des âmes. Aujourd’hui, la magnifique église de St.-Germain de Rimouski, parée de ses plus beaux ornements, sicut sponsa ornata viro suo, ouvre ses bras à un prince de l'Eglise, venant à elle au nom du Seigneur : et à la vue de cette pompe, à la vue de cet immense auditoire, à la vue

surtout de ce nombreux et vénérable clergé venu de

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tous côtés pour tre témoin de cette alliance mysterieuse, je suis tenté de mettre dans la bouche de cette gloricuse église, le cantique de l’humble vierge d'Israël : “ Mon âme glorifie le Seigneur, et toutes les générations m'appelleront bienheurouse, parce que Dieu a

fait pour moi de grandes choses.”

“ Vous pouvez donc voir, mes frères, quel accroissement Dieu a donné au grain de sénévé enfoui sur vos rives par la main du missionnaire ; vous pouvez voir quels progrès merveilleux la religion a réalisés. Oui, osons le proclamer hautement, la religion est la source de tout véritable progrès ! Et si cette divine religion n'eut pas réchauffé sur son sein les 60,066 Canadiens laissés orphelins, après la conquête, sur les bords de notre grand fleuve, ils auraient disparu sous l'empire du vainqueur, comme la neige disparait dans

nos plaines sous les regards brûlants du soleil.

+ Non pas que je veuille avancer ici que nos Evèques et nos Prètres aient seuls défendu nos droits, aient seuls combattu et protesté. Non, mais ils ont, dans leurs maisons d'Education, donné la plupart des hommes dont le Canada s'enorgueillit, la plupart des hommes qui ont revendiqué et qui revendiquent

encore pour notre patrie bien-aimée, le droit de garder

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sos institutions, sa langue et scs lois. Admirons donc les desseins de la Providence sur notre pays, admirons donc la protection visible de Dieu sur ce petit peuple qu’il a voulu confier au soin tout spécial de la Religion ; et recevons comme un don de sa main, le Pontife béni qui vient au nom du Seigneur: Bene-

dictus qui venit in nomine Domine.

“ Il est béni; il vient pour bénir : telle est sa fonction principale. [l vient au nom de Dicu, comme représentant de Dieu: telle est sa mission par rapport à nous. Il vient pour bénir: cela est si vrai, que le premier acte d’un évêque, après sa consécration, est de parcourir l’église en répandant des bénédictions sur les assistants. Oh! quel moment pour l’évèque nouvellement consacre, que celui où il lève la main pour bénir! Quelles émotions délicicuses doivent agiter son âme! Ne se dit-il pas lui-mème: ces mains consacrées ne se lèveront que pour bénir; à chaque pas, je verrai les populations ineliner leurs tètes sous mes bénédictions ; je bénirai le vieillard qui penche vers la tombe, je bénirai l'enfant qui commence à

sourire à la vie ! Je bénirai toujours et partout.

“ Monseigneur, Votre Grandeur a dù surtout éprou-

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milieu de ceux qui sollicitaient ses premières bénedietions, elle a reconnu un père et une mère venérables, des frères et des sœurs chéris. Oui, Monseigneur. vous avez compris alors que lEvèque est fait pour bénir! Et d'ailleurs, on le voit par les cérémonies si belles et si sublimes, les invocations si ardentes que le Pontife consécrateur emploie pour appeler les bénédictions de Dieu sur Celui qui doit être consacre. On dirait mème que l'Eglise de lu terre n'a pas de termes assez forts, assez éncrgiques pour exprimer ses désirs. Alors elle appelle à son aide l'Eglise triomphante, elle supplie toute la cour céleste d'unir ses prières aux siennes, afin que l'âme du nouvel Elu soit remplie des bénédictions les plus abondantes. Et, pendant que la terre fait monter jusqu'au ciel ses supplications ardentes, et que le ciel attendri s'incline pour conter. pler un spectacle aussi ravissant, le nouvel Elu, prosterné jusqu’à terre, ‘emble mourir, mais pour renaitre avec une âme d’évèque, c'est-à-dire, une âme embräséc de la plus profonde et de la plus vive charité, Ce n’est pas tout: l'Eglise bénit encore tous les ornements de l'Evèque, depuis sa chaussure jusqu'à la mitre qui couronne sa téte. Elle veut que tout en lui et sur lui

soit béni.

“ Mais pourquoi, M. F,, la fonction principale de

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l'Evèque est elle de bénir ? C’est parce que l'Evéque est appelé à continuer dans les âmes l’œuvre de Dieu. Or,on voit dans la Crenèse que le premier acte de Dieu, après la création, fut de bénir tous les êtres sortis de ses mains. Cette bénédiction divine, nos premiers parents la perdirent par leur péché, et lu malédiction s’appesantit sur leurs têtes. Mais Dicu, qui aimait son œuvre, ne l’abandonna pus complétement. 1lsuscita de temps en temps des hommes selon son cœur, qui conservèrent en eux-mêmes, ct communiquèrent à quelques autres, les faibles restes de cette bénédiction donnée par Dieu à la création tout entière, jusqu'au temps où le divin Réparateur fit entendre au monde étonné ces paroles qui devaient confondre l'empire de Satan : ‘“ Je viens écraser la tête du serpent infernal, je viens effacer la malédiction; je viens bénir, je viens sauver! Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre; je vous envoie comme mon Père m'a envoyé.” C'est à des hommes que Jésus-Christ donnait cette puissance et cette mission ; c’est aux Apôtres et aux Evèêques, leurs successeurs, qu'il a établis pour continuer son œuvre. Vous venez, Monseigneur, au nom de Dieu, comme le repré-

sentant de Dieu.

“Ici, M. F,, je ne puis m'empêcher de vous faire

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remarquer la vigueur et la fécondité de l'épiscopat canadien, implanté à Québec par le Pape Clément X, en la personnedu très-illustre Francoisde Montmorency Laval, le 1er octobre 1674. Ses rameaux s'étendent maintenant sur une vaste étendue de puys, et, naguère encore il a produit trois rejetons illustres destinés à faire la gloire et l'honneur de la Religion et de la Patrie. Le venérable Evèque de Kingston, dont la présence ici ajoute tant à notre joie et à l'éclat de cette fête, est, lui aussi, un rejeton de cette tige féconde, et c'est à deux cents lieux d'ici qu'il est appelé à cultiver uy cep de cette vigne, dont la racine est à Québec. Votre Grandeur nous accuserait d’ingratitude si, en ce moment, nous ne jotions un regard vers ce beau diocèse dont nous nous trouvons séparés. L'enfant que le sort éloigne de la maison paternelle, quelque heureux qu'il doive ètre, ne laisse pas de tourner ses regards vers cette demeure4imée où se sont écoulés de si beaux jours, et de tendre ses bras vers le bon père dont il a appris à connaître l'amour et la tendresse ! Vénérable Evêque de Tloa, nous osons espérer que, malgré la distance, nos accents parviendront à votre cœur. Nous nous consolons par la pensée que vous nous avez donné pour père un autre vous-même. Oui, nous sommes

certains qu’en imposant vos mains sur la tête de notre

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premier pasteur, pour appeler dans son âme les dons de l'Esprit-Saint, vous avez eu une pensée pour les enfants de Rimouski, et que vous avez désiré infuser dans son cœur la bonté, la tendresse, la charité qui animent le vôtre, afin que nous pussions toujours être conduits par votre main bien-aimée.

‘ Me permettrez-vous, M. F,, d'adresser aussi un mot à M. le Supérieur du Séminaire de Québec, digne représentant de cette maison qui vous est chère à tant de titres? M.le Supérieur, le clergé de Rimouski n'ose pas vous faire ses adieux, parce qu’il espère recevoir encore quelquelois dans les murs de votre maison cette généreuse et bonne hospitalité dont le souvenir fait tant de bien au cœur. Mais, dans ce moment où s'accomplit la séparation, notre cœur avait besoin de vous dire: Amour et reconnaissance ! Ces deux mots me rappellent tout naturellement les sentiments qui doivent nous animer à l'égard de celui qui vient, au nom de Dieu, comme représentant de Dieu! Oui, amour, reconnaissance, respect, docilite envers celui qui vient exercer an milieu de nous une charge sisainte et si redoutable. Oportet enim episcopum judicare, interpretari, consecrare, ordinare, offerre, baptizare et confirmare. L’Evèque doit juger, il doit interpréter les

lois et les faire observer, il doit consacrer, il “cit offrir

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l'Ordre, de Baptème et de Confirmation.

“ Mais comment exercer ces pouvoirs qui le rendent pour ainsi dire l’égal de Dieu? Ne craignez rien, M.F. Jésus-Christ a parlé, son œuvre se fera! “ Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.” Et l’Evèque consécrateur, pénétrant jusque dans le sanctuaire où réside l’adorable Trinité, ordonne à l'Esprit trois fois saint de venir habiter l'âme du nou-

“vel Elu: Accipe Spiritum Sanctum : Recevez le Saint- Esprit! Vous serez juge, recevez l'esprit de sagesse et de conseil. Vous serez l'interprète des lois, recevez l'esprit d'intelligence et de science. Vous devrez consacrer et administrer les sacrements, recevez l'esprit de piété. Mais ces fonctions sont bien saintes'et bien redoutables, recevez donc l'esprit de force et l'esprit de crainte, Vous voyez, M. F., que l'Evèque, muni de ces SCCOUrS, He manquera pas à sa mission de repré-

sentant de Dieu.

# Nous croyons donc, Monseigneur, que Votre Grandeur vient au nom de Dieu pour être la pierre angulaire du siège épiscopale de Saint-Crermain de Rimouski. Je ne puis donc pas ranimer en ce moment les cendres

de vos prédécesseurs pour vous les donner comme

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modeles, mais je puis proclamer hautement que la paroisse de $St.-Germain de Rimouski a été conduite par une longue suite de braves et respectables curés qui, morts ou vivants, doivent être heureux aujourd’hui de voir leur humble église élevée à la dignité de cathédrale. Votre Grandeur sera la pierre angulaire du bel et solide édifice que la Povidence veut élever à la gloire de la Religion. Je puis donc lui adresser en ce moment les paroles que Dieu adressait à Abraham, lorsqu'il le destina à devenir le père d'un grand peuple: ‘“ Sortez de cette ville où vous avez passé des jours si heureux et si paisibles, quittez vos parents et la maison de votre père, et venez en la terre que je vous montrerai. Vous serez le père d'un grand peuple, je vous bénirai, je rendrai votre nom célèbre, et vous serez béni. Je bénirai ceux qui vous béniront et je maudirai ceux qui vous maudiront.” Cette terre qui vous à été promise, c'est l'immense diocèse qui à été confié à vos soins. Du milieu de ces forêts encore vierges surgiront de populeuses paroisses qui vous reconnaitront pour leur père, et vous dédommageront des sacrifices que vous faites aujourd'hui. Vous irez dans quelques années répandre en ces lieux, aujourd’hui déserts, les bénédiccions dont votre cœur sura-

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que la nduite ÿ curés aujournité de gulaire lever à ssCI' on raham, nd peussé des rents et

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haissantes, qui crieront sur votre passage: Benedictus qui venit in nomine Domini ! Ce sont les espérances de l'avenir.

Mais nous croyons, Monseigneur, que le présent ne sera pas sans consolations, et l'accueil si enthousiaste et si cordial que vous à fait la population de Rimouski, doit prouver à Votre Grandeur qu'il y a ici des cœurs sensibles, capables d'apprécier la grandeur du bienfait

que la Providence nous accorde aujourd'hui, Pas un

n'osera encourir la terrible malédiction annoncée par 3 Dieu. Vous surtout, peuple de Rimouski, vous que je puis appeler la garde du corps de notre premier

Pasteur, puisque vous habitez près de lui, tâchez de lui rappeler sans cesse qu'il est au milieu de ses enfants. Honneur à vous, parce que vous avez fait de généreux sacrifices pour fêter dignement l’arrivée de votre premier Pasteur ! Vous avez lutté contre

les éléments qui semblaient conjurés, et votre cou-

rage a remporté la victoire! Nous sommes donc persuadés que vous le consolerez toujours dans ses peines, et que vous réjouirez son cœur par vos vertus et vos bons exemples. Nous vous confions, en vous quittant, la douce tâche de mériter toujours pour vous

et pour tout le diocèse, la bénédiction de Mônseigneur.

Ainsi soit-il ?

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