CHAPITRE CCCXXYI
Des murmuracions des Franchois et de hautes paroles en leur quartier pour la foule qui leur tournent si griesve.
Et en vérité, se Franchois murmuroient durement et usoient de hautes paroles en leur quartier, n'est point de merveilles, considéré encore que la foule tournoit griève sur eux et sur tout le royaume, et que se eux en contraire eussent inféré ceste foule es pays du duc , et que là feussent venu monstrer leur orgueil contre ly , on les eust maudits par de ça de cent mille maux en pareil, comme ores ils faisoient les autres; car à l'oppressé est toujours l'occasion de maudire et de se« doloir. De la part doneques des Franchois, qui est la plus noble nacion du monde , et la plus fière , et par nature de puissance et de chevalerie est celle qui les autres nacions a appris à combattre et à dompter , quant il est avenu ainsi que ung duc de Bourgogne, subjecl et membre de la couronne, s'est venu présumer jà deux fois efforcément en pays , et de son propre pooir sans emprunt, soi venir mettre en barbe à un roi de France
pour lui livrer assaut, certes il convient dire : ou que la gloire est bien haute et clère à un duc de Bourgogne d'avoir ce empris et achevé , et à un roy de France grant foule, ou que de l'injure que le roy y porte et a souffert la plainte que Franchois font du duc de Bourgogne est raisonnable ; car ont porté plaie, ce sambleroit ^ de cely dont ils devroient avoir deffense. Mes comme la gloire des princes pend en orgueil et en haut péril emprendre , et que ce duc ici Fa attempté bien difficile et bien dur, et glorieusement en est venu au bout, à qui qu'en demeure la foule ne l'occasion de s'en doloir, au duc demeure la gloire d'avoir fait ce dont les autres allèguent injure. Combien qu'à dire voir d'injure ny avoit-il point à le bien entendre, ne à intencion d'injurier n'est pas venu le duc ici; mes, en procurant son droit et sa cause légale et juste, il s'est venu deffendre par la mesme voie qu'on l'a volu quérir comme par force. Gomme doncques toutes principales puissances conviengnent en ung point estroit qui se dit orgueil , et qu'en enuisl'ungcèdeà l'autre, enflez doncques tous deux, tous deux se monstrent et se préparent , et s'exposent au péril de confliction soubs fortune, là où coustumièrement ceux qui se confient avoir bon tiltre et bon droit sont ceux aussi qui les mieux s'asseurent de péril emprendre. Comme ce duc Charles, lequel, tout quanqu'il a fait en ce royaume, l'a fait, ce veut-il maintenir, à tiltre d'onneur et de juste cause en son premier voyage ,
et non à intention de combattre le roy , ne de lai jurier, quoique autrement advint, mes à intention, aveucques les autres de pourveoir aux affaires du royaume,qni alors chanceloient. Dont, pour ce que le roy estoit puissant pour résister à eux tous , ly aussi se voloit mettre sus fort, pour non payer Fescot pour les autres ; aveucques ce que il savoit bien que le roy le héoit durement et de mort. Et à ceste seconde fois, là où honneur l'obligoit d'aller au secours à monseigneur Charles de France , et au duc Breton , et que par nulle voie ne moyen, en longue traite de temps , ne s'estoit peu descoupler de eux, que toujours ne demorast contraint de les assister; et qu'aveuques ce que le roy de rechief,. en plusieurs actions et tiltres, lui tenoit des durs et estranges termes , puis en une manière puis en une autre , et à quoi il sentoit bien et véoit que pourvoir il y convenoit, par voie de fait; tout en pareil comme on prétendoit sur lui , tempre et de^ heure mesme proposa et délibéra de y prévenir ; et comme la puissance et l'effort d'un roy de France il le congnoissoit redoutable et de fière attente , et que mesmes ne se fondoit pas trop fort sur l'ayde ne sur le secours des Bretons , qui autrefois l'avoient lessîé ou péril, voult tellement penser de soi, et comme sage, qu'en allant en France, sur ce que Dieu vouldroit faire et souffrir de ly , il y iroit si fort et si garni, que de nul effort d'autrui il n'au- 1 oit peur. Et de fait y mena quarante mille combattais et d'autre monde, tant que c'esloit une
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horreur. Ceci doncques«considéré , et sainement disputé sans faveur et sans haine , et recoulé en bon sain jugement, tant pour le roy que pour le duc qui est Franchois et du sang, les causes pourront estre trouvées telles^ que le tout tort nedemora point devers le duc ne au roy , aussi toute l'équité de la cause. Et véritablement, mes je le dis à plainte et à regret , le roy originellement a esté plus cause que nul autre de tout ce meschief et de sa propre tribulacion.