CHAPITRE CCCXXX
Ici fait Paucteur une générale objurgation à F encontre plusieurs nobles
et autres qui vicieusement vivent
En ceste généralité que je mets sur tous les princes, et dont, à la vérité , on cognoit à l'œil ce qui j est, je n'accuse nulluine ne donne charge par exprès, fors d'autant que chacun en soi-mesmes et de soi peut jugier ce qu'il y a de coulpe ; et ne m'est ne haine ne amour envers nulluv , cause plus de l'ung que de l'aultre. Tous me sont honorés et recommandés, amés et doubtés ; mes amèrement me tient et fait grief, souverainement en ce royaulme , que tant de nobles vaillans princes ,
(*468) DE GEORGES CHASTELLAIN. l83"
hommes aisés de corps et doezde vertu , d'entendement et de sens , j'ai si peu de cause de escripre en haulte recommandacion; mes ce que je plains et ce qui m'est dur , c'est que je me treuve contraint, se je veuille satisfaire à ce que les temps portent et rendent, que je moulle ma plume en leur honte et opprobre , et en détester leur odieuse mauldite vie toute enténébrée de confuse laidure , acharnez l'un sur l'aultre , comme tigres ramages que seule sensualité féroce conduit sans entendement envers le ciel ; et souffrent le divin opprobre multiplier et croistre la foy crestienne , succomber et cheoir devant leur nez , en pollucion infidèle ; l'ennemi de Dieu prévaloir sur l'église, et les prochains environs de France gésir en prochainemenace de perdicion ; et n'y acoutent ne s'en^ deullent. Ains ce dont deussent servir Dieu, les, terribles praticquées puissances des vaillans hommes, leurs innombrables et excessifs deniers et agens que ils rapinent et prendent sur le povre menu peuple , leurs sens , leurs entendemens, et toute leur industrie , tout ils l'exposent au service de l'ennemi , tout le convertissent en excitation de divine ire ; et veuillans miner et déchirer l'ung l'aultre aux dans , comme chiens rabis , ne veulent que perdre et désoler le monde , et faire lucre et donner joie au deable ; et infament et diffament l'ung l'aultre ; et se publient et se font prescher inhumains tous deux; et se scandalisent es malignités volontaires, et dont le ciel mesmes
l84 CHRONIQUE (i468)
le reboute et confute ; et de quoi tout le monde se doibt plaindre , quant dignité royale et princiale est si à bas venue , que d'estre entéchiée de tels vices. Dieu y pourvoie.