CHAPITRE CCCXXXVIII
Comment le duc Charles sceut toutes les nouvelles par delà ; et que toute sa diligence ne prouffita riens à Edouard.
J'estoîe en court à ceste heure, quant toutes ces choses ici se firent, et qu'on les rapporta teles au duc, qui lesprist enpacience tellement quellement, et mesme en fit ses contes j car autrement faire ne povoit , comme il savoit bien que les choses humaines et les faits des royaulmes et seigneuries pendoient toutes en la main de Dieu et en son ordonner ,' et les convient prendre en la nature de leur venir teles qu'il lui plaist les envoyer j car sens d'omme n'a point de lieu, là où les fais de fortune ont opération secrète sur opinion commune. Ceci dis-je pour le duc qui avoit grand intérest, et qui cognoissoit bien et véoit que tout ce brouillis ici , et ceste mutaeion en Angleterre estoit pratiquée
pour ly par le roy Loys et Warwyc, ensemble, pour le défaire et non pour autre fin. Principalement et à ceste cause, lui scaichant ce , et afin de conforter son frère le roy Edouard ', qu'il ne succombast sous les malices des deux, ce duc maintenoit sa puissante fière armée sur mer à grans cousts et despens, pour cuidier rompre leu r con vi ne; et envoya au roy Edouard tontes les adresses de conseil quepooit, hui d'une manière, demain d'une autre, afin de soi porter sagement et vaillamment en cestes ces machinacions contre ly : mes tout enfin ne servit à riens; riens n'y porta ne fruit, ne effect. Le malice des deux pour ce temps ici porta fleur et fruit, et vindrent à leur intention , pour une grande part; el la diligence du duc Charles , aveucques tout son pooir et conseil en celui endroit, fondit tout et tourna à nient en l'exécution de Edouard , qui estoit en nort et se préparoit , ce disoit l'on , pour venir contre Warwyc , trois jours après la bonne heure ; non pas que je ce lui impute à lascheté , ne à faute de vaillance , mes à ce qu'il n'avoit pas ses gens si prests ne si à heure comme il eust bien volu , et peut estre aussi que fortune alors ne le vouloit pas ainsi , pour en faire sortir fin plus grande et plus admirable , ne sa-* voit-on pour qui.
1. Charles avait épousé en 1468, Marguerite soeur d'Edouard IV.
Vray est toutefois que se le roy Edouard eust mis à effect temprement et de bonne heure le conseil du due son frère, et lequel il lui avoit signifié par un Taillant écuyer nommé Anthoine De La Mer, ce fut qu'il s'en fust venu saisir Calais en tandis que Warwyc estoit encore en France , et là où Waneloc lui eust fait ouverture, et en pareil le seignenr de Duras,etneluieust-on osé contredire , il n'eust tout espoenté le roy Loys et Warwyc, et fait confus et camus en toutes leurs malices; et feust demoré paisible et tranquille en son royaulme maugré tous; ou à l'autre lez, s'il eust pris et levez subtillement le roy Henry de la tour de Londres, parbeaucop de manières qui estoient dressées et bien faisables, car y avoit kernelle avantageuse merveilleusement qui gisoit en la rivière de Tamise , toute propre à ce pour le rechevoir , Edouard , par ce moyen eust osté à Warwyc , tout l'instrument de quoi il se pooitaidier pour rentrer en Angleterre ; et le duc Charles l'eust eu en ses mains , bien hors du commandement de toute France et d'Angleterre , ses contraires. Mes, comme j'ai dit, je ne sai se Dieu l'eust volu ou non ainsi avenir, mes toutefois le sens de Tomme ne profite riens ici au roy Edouard , quand ly-mesmes ne seut oncques mettre à effect ce qui estoit de son salut. Promist toutefois assez, et afferma de le faire ; mes onques n'en fist riens. Si en porta dur anuy le duc Charles, et ditbienqu'il ne se voloit point aidier , ce percevoit bien \ mes
au fort, ce dist, quant il se soufriroit perdre et bouter hors de son royaulme, si demorroit-ilduc de Bourgogne et de ses autres pays , et feroit tout à part ly, au moins mal qu'il poroit.