CHAPITRE CCCL
Comment le roy, par couvert engin, offrit au duc toute réparacion et satisfaction, et pour quelle cause il fit ce semblant.
Or avoie-je dict que le roy offroit, par ses gens dessus nommés , satisfaction et réparacion de tous dammages fais au duc de Bourgogne, et ce pour avoir son amisté et pour pooir vivre en paix aveucques ly , car ne désiroit point la guerre, ce dîsoit, etestoit jà de cinquante ans passés, là où repos lui estoit mieux séant que traveil ; et le duc toutefois ne le voult accepter , mais répudia son offre , et ne faisoit ne pois ne estime alors dé son amour ne de sa hayne pour cause de Warwyc. .Mes ores convient-il entendre ici le secret de cest offre qui a esté fait au duc, et là où le roy lui à offert paix et amisté encore par prière , ce sambleroit, et laquelle chose sambleroit avoir esté menée au roy d'une manière de peur, et d'avoir beaucoup p?isé ce duc et son pooir, où il sambleroit , se meschief en avient cy-après, que le duc ait esté moult ingrat et hors de voie, d'avoir refusé paix et amour, et cely mesmes à qui il le deust a Voir requis plus tost ; car estoit son souverain et son plus digne et plus puissant ; et pourtant, ou l'onneur en
23î CHRONIQUB (i4&))
doit demorer au roy d'avoir offert réparation pour non cheoir en guerre , ou la honte lui demeure d'avoir requis paix à son subject , par peur de sa puissance. Et du costé de ce duc Charles, il convient aussi qu'il ait eu cet honneur et ce tiltre d'oser répudier et refuser l'amour à un roy de France , sur fiance en sa fortune , ou se l'effect de la guerre en ensieut depuis , et là où les hazards sont périlleux , que ceste guerre lui demeure à charge à tous jours , parce qu'il a vilipandée paix* Or Dieu scet comment tout va , et ly seul en est juge ; mes en ce temps ici, quant le roy fist ces offres , certainement il n'estoit point encore asseur que le conte de Warwyc peust jamais expulser si tost Edouard hors d'Angleterre; et par lequel, tant qu'il estoit régnant , le duc Charles se main-r lenoit en son orgueil ; et les deulx joins ensemble et en leur hault vol , le roy les craignoit , et non sans cause. Et ainsi donques le roy non voyant encore la ruine d'Edouard, offroit au duc son ajoinct réparation desdammagesqueavoit fait Warwyc pour rompre au duc son ire ; car sentoit grand grief pooir advenir en son royaulme , se les deux, Edouard et Charles, lui movoient guerre : et dont adès les espérances estoient très grandes par l'armée que le duc tenoit vaucrant en mer , et dont toutte la Normandie estoit en doubte et en grand traveil.
Ainsi doncques , se le roy offroit satisfaction au duc, ce faisoit-il, ainsi le faut-il entendre , pour
046$) DE GEOttGES CHASTELLATH. 235
s'asseurer de l'aigre volenté du duc, qui faisoit samblant de guerre par mer , et pendant lequel temps, et jusques à ce que Warwycporoit avoir mis ruine en Testât d'Eduard , il demorroit paisible. Ainsi doncques, se peur sambloit estre ici du coslé du roy , ce n 'estoit pas peur qui se dit de révérence, mes estoit une peur de prévention et de sens, pour à autrui rompre son entreprendre. Aussi voirment comme je dis que sens et cautèle estoient de la part du roy en ceste matère , le duc aussi les entendoit tout au cler; et estoit la cause pourquoi il faisoit moins de pois de ses offres. Car toujours il maintenoit que le roy ne tendoit qu'à le décevoir , et qu'en ses paroles n'avoit rien de ferme ; et aveuquësce, quelconque chose qu'il lutmandast par ungnepar autre, ne quom belle qu 'elle peust estre, ne quom grande , si pratiquoit toujours en couvert devers tous les princes de France et ailleurs en son contraire. Et pourtant, quant il a refusé les offres du roy présentement , il sambleroit que ce il l'ait plus fait en contempt de sa privée personne, sans regarder se roy ou non , qu'en contempt de paix. Mes comme Loys, qui se monstroif son ennemi por porter Warwyc, son ennemi Jy, comme Charles, ennemi à son ennemi, a refusé les offres d'amisté à cely en qui n'avoit point défiance. Ainsi doncques , se la paix a esté offerte à cautèle , elle a esté refusée à bon propos, pour ce qu'on n'y ajoustoit point de foi. Et en effet , le duc aussi avoit toujours son attente sur Edouard, le roy angles,
et par lequel il se confioit estre assez fort encontre les menaces de France , et d'en avoir nxesmes sa raison au besoing.