Louis de Bourbon
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De Saint George le bon seigneur
Y fuce jour à haulte honneur , Et grant planté de Briennoys.
Il y en eut de Reteloys ,
De Flan dres et de Picardie ,
De Bourgoingne et de Normandie ,
De Hénault et de plusieurs lieux ,
Que , se nommer les sceusse mieulx
En fust la déclaracion,
Pour le bon seigneur de Chaalon.
Y estoit de Fribourg le conte ; Et si dois bien nommer en compte , De Bourgoingne le mareschal ,
Et de Hénault le séneschal.
Messire Jehan de Namur
Y fu ce jour à cuer séur ;
Et si esloit à moult grant joye Ung noble baron de Savoy e ; De La Baume porte le nom ' .
De ses escuiers de regnom Féist lors vingt-deux chevaliers , Qui moult furent vrays et entiers ; Et si scay biçn que sa bannière Fust aveucq toute la première.
i . Le baron de la Baume fit chevaliers 22 de ses écuyers,
Ly sire s'y voult tant prouver Qu'on doit de sa valeur parler* Messire Anthoine de Vergy
Y fu , et le seigneur d' Autry 't Si fut le comte de Flormont , Et le seigneur de Rougemont ; Messire Jehan de Guistelle
Y oit compagnie moult belle ;
Et le puissant seigneur d'Angien y
A qui atient honneur et bien ;
Et le frère du noble roy
De Danmarc y ot son convoy.
Ce jour y avoit maint rabot*
Si fu messire Régnier Pot ,
Et le bon seigneur de Waurin
Qui le couraige ot enterin.
Si f u le seigneur de Penguy >
Et son frère sire Henry ;
Et de Vienne bien le sçay
Y fust sire Jacques pour vray.
Ce jour qui estoit cler et net
Y véissiez maint bacinet
A très nobles plumes d'autFuce.
Le nepveu du maistre de Pruce Ce jour y fust fait chevalier.
Et tant d'autres en puis noncier C'om povoit avoir grant plaisance
:46?) DE GEORGES CHÀSTELLAIK. ' 249
A véoir la noble ordonnance De ceulx qui là furent venus.
Des nobles Escossois y fu , En cestui jour , que bien le scay, Lors messire Guillaume Hay ; Messire Jacques Seveigour Fu en la bataille ce jour; Et sire Hélis de Guemmout :
Cil passa l'avant-garde moult, Pour faire en l'estour son devoir.
Et sy doy bien ramentevoir Messire Jean de Bouteville Qu'à armes fust ce jour habille, Et moult grand plaisance prenoit , Quant les nobles barons4 véoit Aregarder sa contenance, Et par sa très haulte vaillance Chacun sa valour esprouver ; Et je puis pour certain prouver Que es quatre parties du monde Comme il s'estent à la ronde , En Pruce, en Grenade, oultre mer Jhérusalem puis bien nomer ^ Et les haux mons de Sinay , En Chypre et au port à Brandy A esté. Et si vous tesmongne Qu'oncques mais si noble besongne
25o CHRONIQUE («Wî
On ne vist en pays lointain
Comme celle de Hasebain.
Nouveaux chevaliers Escossoys
Furent ce jour, j'en sçay la voix ,
Pour leur prouesse en grant renom. ■
Sire Alexaudre en son droit nom
De Commech } qui ot cuer entier ,
Ce jour y fust fait chevalier ;
Et messire Andrieu Strevart
Fust chevalier de belle part :
De Huy sire Guillebert
Fu ce jour en armes appert.
Com bon et hardi combattant ,
Sire Jehan de Sudrelant
Doy bien en honneur mettre en compte;
Car il est fils d'un noble comte.
Sire Alexandre Diernin,
Qui le cuer ot humble et bénin ,
En ce jour monstra hardi chère;
Et cil qui porta la bannière
Du comte qui est tant prisiez ,
Ce fu sire Jean de Mimez.
Des Escossoys ai dit les noms.
Or vueil dire des Bourguignons
Qui furent de moult grant vertu.
Le seigneur de Couches y fu,
Et Gaultier de Rupes en joye
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Que nommer puis seigneur de Soye ; Et le seigneur de la Serrée, De Savoy e, y ot son armée.
Si fu Jacques de Chastenay; De Courte-jamble nommeray Messire Jacques , car , pour voir , En Festour fist bien son devoir ; De Pontelic messire Guy , Et sire Pierre de Granty ; De Poupet y fust le seigneur ; Berault de Bùcy, gouverneur Fust de la bataille, de nom ; Messire Jehan de Châalon , Qui de ses nobles Escuiers Fit lors vingt et six chevaliers ; Estienne de Saint George fu Près de la banière en vertu ; Huguenin de Sens la portoit.
Le seigneur de Troppez estoit En Testour , et cellui dlngny , Et sire Jehan de Choisy.
Sire Charles de Guillonnet Fu en la bataille de fait ; Sire Gaustier de Chastenay , Et messire Jehan d'Annay ; Sire Jehan Bioche y fu y Et aussi le sire de Ru; Sire Pierre de Fonlenay
25fc CHRONIQUE x ('46&)
Et Je bon seigneur de Fonçay ,
De la Chaine sire Symon ,
Sire Anthoine de Thoulongeon :
Si fu Oudart de l'Espinace
En ce jour; Marguet et Fougace.
Jehan d'Ormoy y puis nommer, ,
Et le bon seigneur d'Oyseber.
Sire Guillaume Sandoiers
Y fu , ce nous dien t les vers ; Et le bon seigneur de Réy , Et les deux enfans de Mailly , Sire Pierre de Beffraumont Et messire Henry. Ceulx sont Grandement à recommander.
Et si doy en honneur nommer Messire Jehan de Manut ;
Et le sire de Maigne y fut :
Messire Jehan de Baudré , Et de Choisel messire Ame.
Moult firent aux Hedrois de han.
Et messire Anthoine de Cran , Messire Jehan de Cusance , Et messire Jehan de France , Le bon seigneur de la Viéville
Y fut, et celly de Neufville.
Là fut sire Aubert de Canuy ' ,
i. Cauny.
Et le bon seigneur de Genlly ; Messire Philippe d'Harcourt Et sire Jehan de Houcourt; Cil Saint-Ligier de Beauvoir ; Miraumont doi, ramentevoir, Et le bon chastelain de Lens , Qui a voit o luy belle gens.
Le bon seigneur de Longueval, Sire Allain , y fut à cheval ; Et messire Jehan poui* vray De Sognez y fist bien le stay .
Carmaret bien s'y esprouva , Aty de Bonnay y frapa.
Si fist Anthoine de Villiers , Et le seigneur de Louvilliers.
Sy fu Jehan de Saint- Aubin ; De Salegny sire Bourdin ; Messire Ponce Périlleux ,
Et sire Jehan de Fosseux ;
De Humières messire Andrieu ;
Si fu aveucques lui Mathieu •
Si fu le sire de Manures ,
Et le sire de Herbaulures ;
Et de Vaulx y estoit Robert ,
Chevalier ysnel et appert.
Et le sire de Rosutboys
Moult y avoit de beaux raboys.
254 CHROH1QUB («W
Si fu le sire de Beufort ; Et ce jour s'y esprouva fort Messire Jehan de Bailleul , Et sire Jehan de Moureul ; Messire Rollan de Utquerque , Et sire Henry de le Lerque , Et le damoisel de Nasso :
Si fu le sire de Dyo.
Sire Guillaume Thignon ville Fu ce jour en armes habille ; Car il est oit ambassadour
De nostre roy à grant baudour.
Sy fu le sire de Sempy En arme , et celluy de Jussy ; Et messire Jehan de Roye ; Raoul le vicomte , à grant jove Y fu, qui tout honneur souhaide, Et le sire de la Hamaide , Lallain , Bossut aveucq Floyon , Et cil de Quesnot en son nom ; Cil de Ligne, et maint Hennuyer Ce jour furent moult à prisier.
Aveucq eux fust Robert le Roux, Qui aux Hédroys fust moult escoux.
Griefs tourments leur fist endurer.
De Lesque vous y puis nommer Messire Guillaume , pour vray.
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Et de Rotel ois, bien y sçay
Nommer le seigneur de Sorbon,
Et ses frères qui furent bon
Pour faire aux Hédroys moult de maulx,
Et Messire Jehan de Vaulx.
Si fust Aruet de Maumont ,
Vuitace de Haisellemont ,
Et de Becquefin le Françoys.
Y ot un chevalier courtoys Dont dire puis bonnes nouvelles, Messire Jehan de Courcelles.
Ce jour y fust Gérard de Guaix.
Et Girardin son fils moult gaix
Y fu , et àon frère Henry ,
Et Guillaume L'estay d'Espy.
D'Oitonville qu'on doit nommer ; Herbert faut, ne doy oublier , Bien se maintint en son harnoys.
S'en y ot ung de Gastinoys, Chevalier en armes habille , Sire Hélyon de Jacqueville.
Son escuier doibs mettre en compte , Qu'on nomme Robin le vicomte ; Trouillart de la Trimouille aussy Avec Olivier de Crully l ,
i. Coully.
Et plusieurs nobles escuiers.
Si ot de nouveaux chevaliers , Bernier Jehan de Neufchastel.
Georges de la Trimoille bel Se maintint en i'estour félon , Et Guiot y le seigneur d'Uchon ; Ces deux si sont cousins germains.
Le seigneur de Chasteau- Viilains , j Cil de Cottebrune par nom, Et le bon seigneur de Raon.
Robert de Flandres fu ce jour Chevalier , par sa grant vallour , Et son noble frère Victor.
On fist adoncq sonner maint cor.
Messire Loys de Guistelle
Y ot compagnie moult belle ; Et le bastart de Dicquemur Ne se tint pas ce jour en mur.
Messire Jehan de Disgongne
Y fu , Tistoire le tesmongne ; Bien y fery pour voir la fiche ; Et le bon seigneur de la Guiche Fust chevalier ; et dit la voix , Cil conduisoit les Charroloys.
Picquars , Hennuyers , Bourgoingnons , Flamens, et maintes nacions
Firent aux Hédrois griefs tourmens ;
Et scachiez certain que les gens De delà s'y rendirent fort ; Car moult est oit grant leur effort ; Et s'estoient mis dessus un" mont.
Messire Jehan de Jeumont * Leur pourchassa cruel dolour ; Car il avoit passé maint jour Qu'il avoit esté à Paris Devers les haux princes eslis Pour Jehan de Bavière aidier , Et pour ces Hédrois abaissier , Qui tout vouloïent surmonter, Et les nobles suppediter.
Quant tretous furent assemblé, Ce jour, par le commant et gré Du très noble duc de Bourgoingne , Pour mieux ordonner la besoingne De la très crueuse bataille , Fu establi , ce n'est pas faille A dé viser le grant hustin. Lors messire Guissart Dauphin , Et messire Vuitace de Bours , Avec le bon seigneur de Dours, Pierre de la Trimouille en nom Chevalier fust par son renom ;
i. Jaumont.
Chrohiques. T. XLIIL —G. Chastellaiw ///. 17
Près du noble duc se tenoit , Et moult grant plaisance prenoit A regarder sa contenance ; Car par sa très haulte vaillance Voult estre devant , pour certain, Àdoncques vindrent main à main Ces gens d'armes des deux parties , Qui grief vement furent départies.
Leur devoir firent ly archers Ce jour , et ly arbalestriers , Et ces nobles gentils héraulx Qui tant sont nobles et loyaux.
Ménestrels se faisoient oyr , On faisoit trompettes bondir ; Canons , bombardes décliquoient , Et ces gens d'armes yfrapoient.
Le noble seigneur de Helly , Cil de Vasse et cil de Crouy , Cil de Noyelle , de Vuyon , Et plusieurs dont ne sçay le nom , Qui d'ainez servent la setille ; Et Enguerran de Bournonville , Qui a esté en aultre lieu , Aux Liégois jouèrent d'un jeu Dont ils ne se donnoïent garde.
Car toute leur grant avant-garde Où il avoit, par justes sommes, .
468) DE GEORGES CHASTELLAIN. îJfc)
Bien quatre cens de gentilshommes , Allèrent derrière assaillir Liégeoys , à la fin que fuir Ne puisent aucunement.
Et là firent si grant content , Qu'on doit de leur valeur parler.
Mais je vous puis pouvoir compter Qu'oncques nul semblant de partir Ne firent Liégeois à ce juir ; Ains se combatirent moult, bel , Comme hardy , preux et ysnel ; Car ils estaient gouvernez Du fort seigneur de Pervehez , Qui trestout le temps de sa vie Saigement et sans nulle envie S'estoit gouverné noblement, Jusques à ce jour proprement , Que par très folle convoitise Qui maint cueur embrase et atise , Fist son fils seoir ou hault siège De la seigneurie du Liège.
Adoncq failly sa grant science , Gentillesse et vraye audience , Quant aux conjurez s'assenty Et les francs hommes relenquy , Dont il receut cruel dolour ; Car il en mourut en Testeur ,
Et son fils et tous leurs aidans.
Mains barons nobles et puissans S'esprouvèrent à la besoingne Avec le franc duc de Bourgoingne , Et les haulx princes dessusdits :
Chacun avoit hardement pris De faire d'armes le mestier; Mais à présent n'est pas mestier D'en dire toute l'ordonnance ,
Fors que la plus belle substance Nos gens s'y voulrent tant peiner Que Liégeois firent reverser
En telle manière , sans faille ,
Que la très crueuse bataille Ne dura une , ferme et seure , Pleinement la valeur d'un heure, Que Liegeoys furent desconffys, Par les nobles seigneurs de pris.
Ce dit l'istoire par tel sens , Que trente mille de le.urs gens , Ou plus, demoura en la place.
Et se j 'a vois bien espasse De tous les haulx faits déclairer , Et les nobles seigneurs nommer , Moult diligemment l'escriroye A l'onneur , révérence et joje De celui pour qui l'ai empris ,
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Lequel est de si haultain pris, Que depuis cjue l 'eure accomplie Fu , et la bataille finie , Pour sa grant puissance monstrer Voult quatorze jours demourer Près de la bataille environ , Sans ce qu'en chastel n'en donjon Soy voulsist loger nullement , A la fin que aucune gent Lu y vouloient estre nuisant , Pour ce fait venissent avant , Et ils y seroient recéus Et en ce terme , sans reffus.
Liège la très puissant cité , Tongres , Saintron en vérité , Huy , Dinant et maint autre ville Se rendirent , ce n'est pas guille.
Aux princes crièrent mercjs , Si qu'accordé leur fust respis , Jusques qu'ils vindrent présenter Corps et biens , sans rien excepter ; Et de leurs plus prochains amys Furent adoncq plusieurs estis , Qu'ils délivrèrent en hostaige, Pour accomplir double couraige , ;
i. Ouvrage.
2Ô2 CHRONIQUE (i4®0
Et pour plus piaillement ouvrer
Et obéissance accomplir ,
Aux princes vouldrent requérir
Justice de tous les Hédrois ,
Dont ils connoissoient les endroiz ;
Et les firent lier sur chars.
Là fust décollée leurs chars
Pour la très grande forfaiture.
En ce monde n'a créature ,
Pour tant qu'il ait entendement ,
Qui plaindre do je nullement
Leur mort ; car passé cinquante ans,
Ne fust prince tant fust puissant,
Qui en péust venir à chief .
Dont c'estoit dommage et meschief ;
Car souvent on fait décoler
Plusieurs nobles , et désoller
Leurs lieux et habitations.
Tout le pouvoir des Bourguignons,
Ne fu pas à celle journée.
Quant honneur leur fust adjournée ,
Comme vous oyez en ces vers,
Premiers le conte de Nevers.
Frère du franc duc Bourgoingnon ,
Vint devers son frère de nom
Huict jours après la grant meslée ,
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La quelle ot esté si hastée
De Liégeois , par folle ordonnance ,
Que le conte de grant puissance
N'y peut oncques venir à temps ; Dont il fu durement dolant ; Et ceulx qui estaient o luy , Le noble conte de Joingny , Rimaucourt , le seigneur puissant ; Raoul , le seigneur d'Austrevant , AmédeViry, Savoy en, Et Viennois, ceulx scoy-je bien Qu'ils vindrent après la besongne Devers le franc duc de Bourgongne.
Dont sa force multiplia.
Et de très bon cuer festia Son très chier frère signeury, Et ceulx qui estoient avec luy Venus en foy et en amour.
Et puis au quatorziesme jour Le noble duc se departy De ce pays, par tel party Que grant joye vouldrent mener Ceulx qu'o luy ot voulu mener , Pour la victoire très baultaine Q'orent en la terre lointaine.
Pressés sont de leur fort tenir ; Ensemble vouldroïent mourir,
Ains que souv'nance fut gardée.
Cil qui ceste chose a dictée Ruelle à tous escoutans prie Que chascun de cuer s'humilie , En priant Dieu dévotement ; Que le duc de Bourgoinge gent A luy ceulxque j'ai renommez, Et ceulxque je n'ai pas nommez , Veulle en tel estât maintenir Que l'amour Dieu puist déservir A l'onueur de sa fleur de lys , Et de tous ses nobles amis.
Amen.