SEPTEMBRE, ROUEN
Mandement de Henri VI prescrivant, en vue du recouvrement du Mont- Saint-Michel et du siège qui doit être mis, au retour de la belle saison, par terre comme par mer, devant cette forteresse, une levée extraordinaire sur tous les contribuables du duché de Normandie montant à 3 0,0 00 livres tournois et payable en deux termes, moitié à la Chandeleur 142g, moitié à la Pentecôte suivante.
Henry, etc., a noz chiers et bien amez Hamon Belkanap, escuier, trésorier gênerai de toutes noz finances en France et Normendie, et Pierre Surreau, receveur gênerai de noz dictes finances en Normendie, salut et dileccion. Comme, pour la recouvrance du Mont Saint Michiel ^ qui longuement a esté et est encores tenu par noz ennemis et adversaires qui moult durement ont opprimé et encores oppriment noz bons et loyaulx subgez, soit besoing et expédient d'avoir grosses finances d'argent dont ne pourrions bonnement finer sans l'aide de noz subgez, nous, qui avons conclu de entendre,
I. Vers le milieu de 1428, les Français avaient réuni un petit corps d'armée à Montaudin (Mayenne, arr. Mayenne, c. Landivy) d'oii ils menaçaient Pontorson ; et vers le 2 septembre de cette année, Thomas Burgh, capitaine d'Avranches, fit porter un message de Saint Lô au bailli du Cotentin pour lui annoncer que « certains ennemis, par manière de hostilité, estoient assemblés à Montaudin pour venir ou pais de Normendie » (Bibl. Nat., Quitt., t. 60, n" 933). C'est alors que les Anglais renforcèrent la garnison de Pontorson. Le 18 septembre 1428, Thomas, sire de Scales, chevalier banneret, fut nommé capitaine de cette forteresse, et l'effectif de la garnison fut porté à 80 hommes d'armes et 240 archers, tous à cheval [Ibid., no 957).
par le plaisir de Nostre Seigneur, la saison d'esté prouchaine, a la dicte recouvrance, tant par sièges qui seront mis par mer et par terre comme autrement, avons ordonné que, pour emploier en l'armée dessus dicte, sera mise sus generalment en nostre dit duché de Normendie et pais de conqueste la somme de trente mil livres tournois i pour une foiz, oultre et pardessus les octroys qui derrenierement nous ont esté faiz generalment par noz subgez de noz diz duchié et pais, a laquelle contribueront seulement toutes personnes, de quelque estât ou condicion qu'ilz soient, tant juges, advocas, procureurs, officiers , sergens, monnoyers, arbalestriers et autres quelconques qui n'ont acoustumé d'estre assiz a taille, exceptez gens d'église qui contribueront par autre voye, nobles vivans noblement et frequentans les armes, lesquelz serviront en leurs personnes par autre voye,
1. Il ne semble pas que le mandement dont nous publions le texte ci-contre ait jamais été mis à exécution. A la fin d'août et dans les premiers jours de septembre 1428 les habitants des bailliages de Caen et de Cotentin avaient voté une aide spéciale de 25, 000 livres dont le produit devait être exclusivement affecté au recouvrement du Mont-Saint-Michel. Les réclamations des habitants des autres bailliages de Normandie firent sans doute révoquer l'ordonnance rendue à Rouen le 17 septembre; il est certain du moins que deux mandements en date des 14 septembre 1428 et 22 février 1429 (n. st.) prescrivent de ne lever l'aide spéciale de 2 5, 000 livres, votée pour le recouvrement du Mont-Saint-Michel, que sur les manants des deux bailliages de Caen et de Cotentin {Bibl. Nat., ms. fr. n» 4488, fos 3, 5 et 6). D'ailleurs, nous avons le compte détaillé de Pierre Surreau, receveur général de Normandie, pour l'aimée 1429, et l'on y voit que les divers vicomtes de ces deux bailliages sont les seuls qui aient versé dans la caisse de Surreau des sommes provenant de la perception de l'aide spéciale de 25, OGO livres {Ibid., f»s m à ii3, 144 à i5i). Nous possédons un état des paroisses sujettes à faire guet en la forteresse de Coutances, daté du mois de septembre 1428, et nous y voyons à quel degré de missre et de dépopulation tant d'exactions accumulées avaient réduit ce beau pays. A Coutances, par exemple, y compris les paroisses de Saint-Pierre, de Saint-Nicolas et les faubourgs, on comptait alors 32o feux seulement; à Nicorps, 29 feux ; à Courcy, 60 feux ; à Cambernon, 5ofeux; à Monthuchon, 20 feux; à la Vendelée et à Servigny, 34 feux, 1 7 dans chacune de ces deux paroisses ; à Saucey, 40 feux ; au Homméel, 2 5 feux; à Ancteville, 35 feux; à Montsurvent, 52 feux; à Muneville-le- Bingard, 80 feux; à Montpinchon, 90 feux, etc. Chaque feu était tenu de faire le guet de 3o nuits en 3o nuits. Les paroisses les plus éloignées de Coutances, telles que Quettreville, où l'on comptait 100 feux, et Marchésieux, dont la population était évaluée à 60 feux, s'exemptaient du guet en payant une redevance annuelle de 10 sous par feu, et le produit de ces redevances s'éleva en 1428 à 764 livres 10 sous tournois {Bibl. Nat., Quitt., t. 60, n" 964).
iS
exceptez aussi ceulx qui ont acoustumé d'estre assiz et imposez a taille sans fraude. Si vous mandons, commandons et enjoignons expressément, en commettant, se mestier est, par ces présentes, que par les esleuz et autres qu'il appartendra et ainsi que adviserez estre a faire pour le mieulx vous faites imposer, asseoir et mettre sur les personnes de la condicion dessus dicte, par juste et égale porcion, ayans regard et consideracion a la faculté et puissance d'un chascun, la dicte somme de trente mil livres tournois, a icelle paier et cueillir a deux termes, c'est assavoir la moitié a la Chandeleur prouchain venant, et l'autre moitié a la Penthecouste après ensuivant, pour emploier et convertir a la dicte recouvrance et non autre part, en contraignant et faisant contraindre tous ceulx qui seront pour ce a contraindre par toutes voyes deues et raisonnables, et ainsi qu'il est acoustumé de faire pour nos propres debtes. Toutevoyes, s'il y a aucuns des dessus diz juges et officiers ou autres qui ayment mieulx contribuer a part libéralement que estre assiz a taille, nous voulons que a ce soient receuz, pourveu qu'ilz baillent aussi grant somme comme ilz feroient s'ilz estoient imposez et non autrement, et que de telz particuliers, s'aucuns en y avoit, recepte soit faicte a part, pour avoir congnoissance de ceulx qui par ceste manière contribueront... Donné a Rouen le xvii« jour de septembre l'an de grâce mil cccc vint et huit, et de nostre règne le six™^. Par le roy, a la relacion de monseigneur le régent, duc de Bedford. J. de Rinel.
(Bibl. Nat., Quittances, t. 60, n» g46.)