‹ Chronique du Mont-Saint-Michel (1343-1468) (volume 2)Chapitre 43 sur 144 · Geoffroi de Gouvran était capitaine de Coutances · texte numérisé non relu

Geoffroi de Gouvran était capitaine de Coutances

Apiès la prinse de Valongnez et de Carenten, il descendit en Costentin une armée d'Angleterre qui mistrent le siège a Valongnes et l'eurent par composicion '. Et de la, en cuydant aller a [Bayeux] et a Caen aux aultres Anglois, il furent chevauchés par monseigneur de Cleremont -^ ainsné filz de monseigneur de Bourbon, qui les tint tant que Artur de Bretaigne, connestable de France, fust venu. Et quant le dit connestable fut arrivé a Fourmygnye 3, les Anglois y furent desconfis, et y en mourut en champ trois mille vii''lxxiiii 4, et d'aultres

1. Débarqué à Cherbourg à la tête de deux à trois mille hommes vers la mi-mars 1460, Thomas Kyriel força Abel Rouault à lui rendre Valognes dès le 27 du même mois. Le i" avril 1450, Abel Rouault et Arthur de Montauban, bailli du Cotentin, avaient appelé en toute hâte à leur secours François i"", duc de Bretagne, Prégent de Coetivy, amiral de France, André de Lobéac, maréchal de France, enfin Arthur de Richemontj connétable de France, qui se trouvait alors à Messac (Ille-et-Vilaine, arr. Redon, c. Bain). Comme le mandat de payement délivré en faveur des deux messagers à cheval, envoyés en Bretagne par le bailli du Cotentin, est daté du 1" avril 1450 avant Pâques, « selon l'usage du diocèse de Coutances », et que l'usage dont il est ici question consistait dans la substitution de Noël à Pâques comme date du commencement de l'année, c'est par erreur que l'acte analysé dans les lignes qui précèdent a été rapporté au r'' avril 1451 (Jules Tardif, Monuments historiques, cartons des rois, p. 479, n" 2 388).

2. Jean de Bourbon, comte de Clermont, marié par contrat du 23 décembre 1446 à Jeanne de France, l'aînée des filles de Charles VII et de Marie d'Anjou, avait été nommé, au commencement de 1450, lieutenant général en basse Normandie.

3. Formigny, Calvados, arr. Bayeux, c. Trévières. La bataille se livra devant ce village le mercredi i5 avril 1450.

4. Ce chiffre est emprunté à un bulletin officiel, rédigé sur le champ de bataille, dont M. Delisle a retrouvé et publié un fragment {Hist. du château de Saint- Sauveur, p. 273, note 2). Ce document se termine ainsi : a Somme qu'il y a des mortz iii"'vii"lxxui, et des prisonniers de douze a quatorze cens, ainsi que l'om les a peu conter n. Quatre jours après la bataille de Formigny, par lettre datée de Saint-Lô le dimanche 19 avril, Prégent de Cosiivy,

plusieurs en la poursuyte. Et plusieurs furent prisonniers, et n'y mourut pas vi hommes des gens du roy de France.

En l'an mil iiii<= cinquante, viron le commencement de juing S le duc de Bretaigne, acompaigné des dessus nommez, vint devant Avrenches, et la furent bien xv jours et tirent batre de grosses bonbardez. Et en la fin les Anglois s'en allèrent par composicion le xu""^ jour de juing, chascun un bâton en sa main.

Et auxi tost après, le xvi^ du dit moys, les Anglois de Tumbelaine lessérent la place au duc et ses dis gens, et en portèrent leurs biens.

amiral de Fi-ance, transmettait à son ami Pierre de Carné, seigneur de la Touche, la nouvelle de la victoire de Formigny. Pierre de Carné faisait partie du corps d'armée qui avait mis le siège devant Caen et se trouvait alors sous les murs de cette ville. Prégent ajoutait que, le lendemain lundi 20 avril, ils devaient quitter Saint-Lô pour aller mettre le siège devant Vire, et que Charles VII avait mandé par Floquet qu'il fallait envoyer Dunois avec 5oo lances mettre le siège devant Àvranches (Dom Morice, Preuves,

II, l32l).

I. Il doit y avoir ici une erreur de date. La reddition d'Avranches au roi de France eut lieu, non en juin, mais au plus tard le 12 mai 1460 {Ibid., i52o). C'est ainsi qu'il faut préciser la date du traité par lequel Charles VII, qui se trouvait alors à Argentan, accorda aux habitants d'Avranches, nouvellement soumis à son obéissance, la confirmation de leurs privilèges et la paisible jouissance de leurs biens et possessions {Ordonn., XIV, 91J. Cette reddition se fit certainement avant le i3 mai, date de la nomination de Louis, sire d'Estouteville, capitaine du Mont-Saint-Michel, comme capitaine et gouverneur d'Avranches {Mém. de la Société d'archéologie d'Avranches, IV, 238). Quant à François, duc de Bretagne, qui avait fait étrangler son frère Gilles de Bretagne le 25 avril de cette année, on sait qu'il arriva au Mont-Saint-Michel cinq semaines environ après cet attentat, le dimanche 31 mai, fête de la Trinité. Il y demeura huit jours pendant lesquels il fit dire des messes pour *e repos de Gilles. C'est alors que, d'après une tradition populaire, un cordelier aurait ajourné le duc fratricide à comparaître devant Dieu au bout de quarante jours pour rendre raison du meurtre de son frère (Dom liuynes, Hist. du Mont-Saint-Michel, II, bz).

CHRONIOUl

Et lorsque le dit siège d'Avrenchez estoit, fut mis par ces gens du roy le siège a Bayeux ' et fut battu de bonbardez. Et s'en allèrent les Anglois par composicion, chascun ung bâton en sa main, comme ilz s'en estoient allez d'Avrenchez et de Carenten,

En celuy an, viron le commencement du dit moys de Juing, les gens du roy vindrent devant Caen, et après le roy s'aproucha et vint au siège 2. Et la estoit le gouvernant, et se rendirent au roy et s'en allèrent avecques leurs biens le primier jour de juillet.

Après fut mis le siège a Faloise 3 et a Danfront 4, toult a une fais par les gens du roy, qui furent tost renduz.

Et de la toulx ensemble s'en allèrent aChierbourc - qui

1. Bayeux capitula le 16 et se rendit aux Français le 21 mai 1450. Par acte daté d'Argentan en mai 1450^ Charles VII accorda aux habitants de Bayeux, nouvellement soumis à son obéissance, l'abolition de tous délits antérieurs et les rétablit dans tous les droits, franchises et privilèges dont ils jouissaient avant l'occupation anglaise [Ordonn., XIV, g3j.

2. Charles VII, après avoir résidé à Argentan au moins jusqu'au 19 mai {Arch. Nat.^ K 68, n" 41), puis à Alençon, à Essai et à Carentan, partit de cette dernière ville vers le 5 juin 1450, afin de diriger en personne le siège de Caen. Le roi était logé à l'abbaye d'Ardenne (en Saint -Germain -la- Blanche -Herbe, Calvados, arr. et c. Caen) le 25 juin {Ordonn.^ XV, 5o8). Par acte daté de Caen le 24 du même mois, Edmond de Beaufort, duc de Somerset, traitant pour le roi d'Angleterre, conclut avec Jean, comte de Dunois, traitant pour le roi de France, une convention relative à la reddition de Caen. En vertu de cette convention, le duc de Somerset devait évacuer la ville le i'" juillet, s'il n'était secouj-u auparavant (K 68, 1." 45). Charles VII fit son entrée solennelle dans la capitale de la basse Normandie le 6 juillet 14^0.

3. Du 6 au i3 juillet 1450, Charles VII assiégea en personne Falaise qui capitula le 10 et se rendit le 20 du même mois.

4. Domfront, assiégé le i3 juillet, se rendit le 2 août 1450.

5. Arthur, comte de Richemont, connétable de France, avait fait des préparatifs pour mettre le siège devant Cherbourg dès la fin de juin 1460, car, par acte daté de Caen le 3o de ce mois, il donna ordre au vicomte d'Avranches d'assembler un certain nombre de

estoit toute la derraiiie place de Normendie a recouvrer, qui fut tant batu que les Anglois le rendirent le xii"^ jour du raoys d'aoust l'an mil iiii'^ cinquante '. Et ainxi fut le pais délivré des Anglois qui par l'espace de xxxiii ans l'avoient occupé, et fut toult recouvert par force. Car a chascune ville faillit mettre siège, et les mettre en tel neccessité que il lour convenoit se rendre ou mourir. Dieu leur doint courage de James n'y revenir !

Après le conquest et recouvrement du pais de Normendie, ainxi fait par le roy Charles VIP, roy de France, il envoia son armée en Guyenne, qui estoit occupé des Anglois passé avoit iii'= ans, qui par leur vaillance et grande diligence, par sièges, assauls et batement de places recouvrèrent toult yceluy pais, tant que en l'an mil iiii"^Liî toute la duché fut recouverte et mise en l'obéissance du roy de France =, Et fut la ville de Baionne la derrainiere recouverte 3, ou il advint ung biau

charpentiers et de maçons pour les employer au siège de Cherbourg occupé par les Anglais (K 68, n" 43). Jacques Cœur, en prêtant à Charles Vil 60,000 livres pour le recouvrement de Cherbourg (Bibl. Nat., cabinet des titres originaux, au mot Cœur), les frères Gaspard et Jean Bureau, par l'emploi heureux et vraiment nouveau qu'ils surent faire de l'artillerie, contribuèrent en première ligne au succès de l'entreprise. Toutefois, un assaut, livré avant la fin de juillet, coûta la vie à l'amiral Prégent de Coëtivy et au brave Tugdual de Kermoisan, dit le Bourgeois.

1. Cette date est parfaitement exacte. Cherbourg se rendit et fut évacué par les Anglais le mercredi 12 août 1450. On trouvera parmi les Pièces diverses publiées par ordre chronologique à la suite de la Chronique du Mont-Saint-Michel, l'acte de capitulation conclu entre Arthur, comte de Richemont , et Jean de Bourbon , comte de Clermont, d'une part, et Thomas Gower, écuyer, capitaine de Cherbourg , de l'autre, lequel acte fut ratifié par Charles VII à Ecouché pendant la seconde quinzaine du mois d'août 1450 {Arcli Nat., JJ i85, n» yS).

2. Jean, comte de Dunois, fit son entrée solennelle à Bordeaux le 29 juin 145 1.

3. Assiégée le 6 août i45i,ia ville de Bayonne se rendit par traité à Jean, comte de Dunois, le 20 du même mois.

miracle. C'est assaver que, le jour que il se rendirent, une nue noire y vint entour l'eure de my jour, en laquelle avoit une grande croix blanche qui se tint sur la ditte ville par l'espace d'un grant quart d'eure, qui estoit signifiance que Dieu vouloit que yceluy pais fust rendu a celuy qui portoit la croix blanche, a qui il estoit de droit et de rayson, puysque Dieu y envoiet les ensaignes de France. Et par tant il ne demoura aux Englois, en l'an mil nii^Lii, en toute France, que la ville de Caleys.

Mes, environ ung an après, les bourgois de Bordeaulx, qui n'estoient pas encor bons François, envoiérent en Angleterre et firent tant que Tallebot avecques une grande armée d'Angleterre vindrent au dit lieu de Bordeaulx et luy rendirent la ville '. Et conquesta yceluy Tallebot plusieurs villes en yceluy pais.

Mes bientost après le roy envoia son armée, et mistrent le siège a une ville nommée Castillon =. Et quant Tallebot le sceut, il vint luy et toulx les Anglois et Gascons que il peult trouver, et entra dedens la ville a ung ser. Et l'endemain au matin 3 il vindrent assaglir les François qui s'estoient fortifiez en leur siège. Aux quieulx François Dieu ayda en tel manière que ilz desconfirent les dis Anglois et Gascons qui estoient plus en nombre de la moitié que les François. Et y mourut le dit Tallebot 4 et 'des Anglois et des Gascons sans nombre.

1 . Talbot, à la tête de quatre à cinq mille Anglais, rentra dans Bordeaux le 22 octobre 1452,

2. Auj. Castillon-sur-Dordogne, Gironde, arr. Libourne. Le corps d'armée, envoyé par Charles VII et placé sous les ordres des maréchaux de France, de Jean Bureau et de Joachim Rouault, mit le siège devant Castillon le i3 juillet 1453.

3. La bataille de Castillon fut livrée le mardi 17 juillet I453.

4. Jean, lord et vicomte Lisle, fils de Talbot et de sa seconde femme Marguerite Beauchamp, fille du comte de Warwick. fut tué aux côtés de son père, et cette double mort a inspiré à Shakespeare, dans son Henri VII, (acte iv, scène 7) la fameuse apostrophe de Talbot devant le cadavre de son fils. C'est que Talbot fut

DU MONT-SAINT-MICHEL 6l

Et lors furent reboutées et recouvertez toutez les dittes villes de Guyenne et mises toutes en la main du roy de France en l'an mil iiii'^ cinquante et quatre.

En l'an mil iiii'= cinquante et viii, la duchié d'Alenczon fut attribué[e] et unie a la couronne de France, pour ce que Jehan d'Alenczon \ qui estoit duc du pais d'Alenczon, avoit commis crime, en tant qu'il avoit voulu faire venir les Anglois en Normendie et en France, pour conquérir le pais.

En yceluy temps, estoit monseigneur le daulphin nommé Louys, ainsné filz du roy Charles VH"^% en Bourgoigne avecques le duc de Bourgoigne, la ou il s'en estoit fuy, pour crainte et doubte de son père, dès l'an précèdent, qui estoit l'an mil nii*= Lvn. Et estoit débat entre eulx par les mauvais rappors des serviteurs des deux princes.

En l'an mil iiii<^lix "~, se meut guerre en Angleterre entre le duc d'Iorch qui se disoit her du roy Richart, que le duc de Lencastre fist tuer pour estre roy, contre le filz du roy Henry de Lencastre^ conquereur en France, nommé ausssi Henry de Lencastre. Et y eut en yceluy an moult de debatz et de batailles par entre eulx.

Eu dit an mil nii"= cinquante neuf, monseigneur de Calabre ^, filx du roy de Cécile, duc d'Angeou, alla a Gen-

au xv siècle, comme Chandos l'avait été au siècle précédent, le héros le plus populaire de l'Angleterre.

1. Arrêté à Paris le 27 mai 1456 dans son hôtel de l'Étoile, rue Saint-Antoine, Jean II, duc d'Alençon, fut condamné à mort le 10 octobre 1458. On lui fit grâce de la vie, mais ses possessions, et notamment le duché d'Alençon, furent confisquées.

2. La lutte armée entre le prétendant Richard, duc d'Yorck, dont la marque distinctive était la rose blanche, et le roi Henri VI, de la maison de Lancastre, dont les partisans portaient la rose rouge, cette lutte armée avait commencé dès 1452. Charles VII prit parti pour Henri VI, marié à Marguerite d'Anjou.

3. Jean de Lorraine, fils de René d'Anjou, capitaine du roi de France à Gènes.

nez, acompaigné de monseigneur de Castillon et de plusieurs gens d'armes que le roy Charles VIT''^ leur bailla pour ainder aux Genetaoys ^ contre le duc de Millon ^ et contre les Venissiens. Depuys se partit de Gennez et s'en alla en Cecille pour conquérir le royaulme et la duché de Calabre que son père avoit perdue contre le roy d'Arragon qui l'avoit sur luy conquise. Et l'occupoit ung bastard du dit roy d'Arragon que le pappe avoit légitimé a tenir le dit royaulme après la mort de son père contre le droit des héritiers. Et fut le duc de Calabre repceu des contes et barons et firent guerre au dit bastard en celuy an et en l'an mil ini'^Lx ^, tant que il ne demoura au bastard que Naples, Gayette ^ et une aultre ville eu dit pais, qui n'obéissent au dit duc de Calabre. Et en l'an mil mi^LX!, fut le dit bastard mys en grant neccessitey et eust perdu le pais, sy n'eust esté le dit pappe Plus ° qui luy aindoit de l'argent de l'Eglise a soustenir sa mauvaise cause.

En l'an mil mi'^LX, le débat du roy Henry de Lencastre et du duc d'Yorch se renforça en telle manière que, en la fin d'yceluy an, en moins de trois moys, ilz eurent plus de VI journées en guerre. Et mourit tant de noblesse d'Engleterre que mervoilles. Et le duc d'Yorch y mourit^ et ducs et contes, barons et seigneurs grant nombre, et de gens de guerre et de menu peuple sans nombre. Et dura ycelle grande guerre jucquez eu mois de may l'an mil nn'^Lxi, et y eut le roy Henry du pire pour yceluy an.

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