Le 8 janvier 1466 (n, st
DU MONT-SAINT-MICHEL 8l
Rouan envolèrent devers le roy au Pont de TArche pour faire oposicion et appointement de rendre la ville de Rouan au roy i. Le dix vii^ jour du dit mois, les dessus dis de Rouan obeyrent au roy, et fut prendre possession monseigneur de Bourbon, monseigneur de Cresot 2, seneschal de Poitou, et plusieurs aultres seigneurs.
Et se partit de la le dit duc de Berry et s^en vint au duc de Bretaigne a Honnefleu ou y furent certains jours. Et de la vindrent a Caen ou furent faictes plusieurs ouvertures de la part du roy au dit duc de Berry de luy baillier pais pour son partage, tant du Daulphiné, de certaine partie de Languedoc, de la conté de Saintonge, pour une offerture, et de la conté de Poitou et de la conté de Touraine, pour une aultre, et semblablement de la comté de Champaigne; mes, pour ce que le roy vouloit retenir a luy certaines places en iceulx pais qu'il offroit a son frère, il ne les voulut accepter.
Et le vi^ jour de febvrier enssuivant, se partirent les dis ducz de Berry et de Bretaigne souldainement de Caen. Et le vin^ jour du dit mois, furent et arrivèrent en Bretaigne, ainssi comme en se deffiant du roy qu'i[l] ne leur voulsist faire aucune traverse.
Eu dit vi^ jour de février mil nii'^ lxv, fut rendue la ditte place de Grantville au roy qui avoit tenu contre le roy viron cinq sepmaines. Et fut celle de toute la duchié de Normandie qui fist derrainement obéissance au roy ^.
1, Le discours adressé par Louis XI, le i3 janvier 1466, aux Rouennais- qui étaient venus traiter avec lui à Pont-de-l' Arche, a été publié dans la collection des Documents inédits. Mélanges, II, 419.
2, Louis de Crussol, sénéchal de Poitou et grand panetier de France (mars 1467). Arch. Nat., JJ 194, n» 218.
3, Dans cette guerre, dite du Bien public, les populations rurales de Basse Normandie prirent parti, en général, pour le roi contre les princes coalisés et notamment contre le duc de Bretagne, En juillet 1466, Louis XI accorda des lettres de rémission
En Tan mil un'' lxvii, eu mois d^octobre, vindrent les Bretons de par monseigneur de Berry entrer en Normendie, cuydans recouvrer la duchié ', Et s'en aléren
générale aux habitants du Cotentin, du comté de Mortain^ des vicomtes de Caen, Vire et Avranches, qui avaient pris les armes de leur chef afin de repousser les Bretons {Arch. Nat., sect. hist., JJ 194, n" 170).
1. Notre savant maître, M. Jules Quicherat, pour qui le règne de Louis XI n'a pas de secrets, a le premier signalé une sorte d'affiliation ou de chouannerie qui se reforma en 1466 et 1467, dans cette partie de la Basse Normandie appelée le Bocage et notamment dans le val de Vire, et que Louis XI mit à profit en 1468 pour expulser les Bretons de cette région. Nous disons que cette affiliation, enveloppée à l'origine du secret le plus absolu et le plus inviolable, se reconstitua plutôt qu'elle ne se forma en 1466 et 1467, parce que, comme nous le montrerons ailleurs, il y a de bonnes raisons de croire qu'elle remontait à l'époque de l'occupation anglaise. Les gars qui se livrèrent à cette guerre de partisans, d'abord contre les Anglais alors maîtres de la Normandie, et plus tard, à l'époque de la guerre dite du Bien public, contre les Bretons envahisseurs , s'appelaient les Galants de la FeuHiée, sans doute parcequ'ils cherchaient volontiers un abri et un refuge sous l'épaisseur des feuillages et dans les fourrés des bois; Dans une lettre de rémission de Louis XI, datée de Beaugency en janvier 1467 (n. st.), Pierre Hossart, archer, lieutenant de Raymonnet de Boessi, capitaine du château de Gavray, demeurant au donjon du dit château, prie Raoulet le FouUon, « qui se disoit estre ung des galans de la feuille », « qu'il n'entrast plus en sa dicte chambre ne aucuns des galans de la feuille, desquels avoit lors grant nombre au dit lieu de Gavray. » {Arch. Nat., JJ 194, n" 227. — Par un autre acte daté de Chartres, en mai 1467, Louis XI fit rémission à Jean Carbonnel, écuyer, qui, depuis Noël 1466, avait « hanté et fréquenté avec les Galans de la feuillée » en plusieurs lieux et notamment aux environs de Torigni (JJ 226 ', n» i3). En 1472, Jean de la Motte se fit aussi délivrer des lettres de grâce pour s'être mis, au temps des divisions passées (guerre du Bien public), et Cl abandonné en nostre service en la compagnie des Gallans de la feuillée, pour résister aux grans mauls et dommaiges que faisoient aucuns Bretons qui pilloient et desroboient chascun jour noz subgectz en nostre pays et duché de Normandie. » JJ 197, n» 335. — Basin, éd. Quicherat, II, i63, note i.
devant Coustances qui incontinent leur fut rendue pour et eu nom du dit sire de Berry par les Bourguignons et autres estans dedens. Et viron huit jours après, s'en vint le dit duc de Berry de Bretaigne a Avrenches qu'i[l] trouva obéissante a luy par les Bretons qui estoient demourez en garnison de par le roy. Et semblablement les Bretons, qui estoient en garnison pour le roy a Baieux, a Caen, Carenten, Gavray et en plusieurs autres places, baillèrent et tindrent les dittes places pour le duc de Berry et non pour le roy.
Item, après la prinse de Coustances, allèrent les Bretons mettre le siège devant Saint Lo qui tint bon pour le roy. Et bientost après les gens du roy vindrent fraper sur le siège, et la y eult plusieurs des Bretons mors et prins. Et de la se levèrent les Bretons et s'en alérent honteusement.
Et Tan dessus dit, eu mois de décembre, le dit duc de Berry, frère du roy, qui estoit a Avrenches, ne passa point plus avant en Normendie, doubtant que le roy ne le feist assiéger, [et] s'en partit d' Avrenches et s'en retourna en Bretaigne o bien pou de gens.
En l'an mil nn<= lxviii, viron le mois de juillet, monseigneur l'admirai et le baillif de Costentin et plusieurs autres seigneurs alérent mettre le siège devant Coustances qui tint viron xv jours. Et en la fin, par composicion, les Bretons rendirent la ville au roy, et s'en allèrent eulz et leurs biens sauvez. Et pour ce que ceulx de la place avoient sy tost rendue la ville aux Bretons, le roy en fist abatre les murs au raz de la terre ^ .
Eu dit an, viron le mois d'aoust, quant le roy sceut que son dit frère et les Bretons avoient gaignè les dittes places, il assembla son armée devers Angiers pour mener guerre en Bretaigne. Et s'en allèrent ses gens mettre
I. Ces fortifications, que Louis XI fit démolir vers le milieu de 1468, remontaient aux premières années du règne de Charles V.
le siège devant Ancenix ' qui tantost fut prins, et la y eult plusieurs Bretons mors et prins. Et bientost après les dis ducz de Bretaigne et de Berry demandèrent trêves et voulurent traitter d'appointement aveques le roy. Et adonques le roy envoya devers son dit frère, duc de Berry, en luy mandant qu^il voulsist venir devers luy a trêves et qu'il lui bailleroit si bonne pencion que il devroit estre bien content, a quoy son dit frère obéit. Et adonques vindrent assembler le roy et son dit frère entre Ancenix et Angiers, leurs armées estans d'un costé et d'aultre. Et a l'assemblée pleurèrent l'un contre l'autre, tant qu'ilz furent longuement sans pover parler l'un a l'autre. Et puis après parlèrent longuement ensemble loing de toutes gens. Et en la fin l'apointement de eulx deux fut que le roy bailla a son frère la duchiè de Guyenne aveques iiic lances et l mille de pencion et plusieurs aultres villes et pais. A quoy son dit frère se tint pour bien comptent, par aincy que Ancenix seroit rendu au duc de Bretaigne. Et a celle heure promist son frère au roy de non jenmès aller a l'encontre de luy, et prindrent et usèrent « Corpus Doniini » ensemble, en signe de bonne paix et union entre les deux princes 2. Et de la s'en ala son dit frère prendre possession du pais de Guyenne ou il fut certain temps. Et partant les Bretons, qui tenoient Avrenches et les autres places en Normendie, rendirent les dittes places au roy et vuydèrent Normendie et s'en allèrent en Bretaigne.