‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 32 sur 103 · LE CATÉCHUMÈNE · texte numérisé non relu

LE CATÉCHUMÈNE

nous pourrons Commettre encore , . . . tout cela nous serait remis. Que dis-jeî nos péchés auraient été l'instrument de notre salut !

En parlant ainsi , elle le serrait dans ses bras de toute sa force , et la véhémence de l'enthousiasme qui l'animait en parlant avait , dans sa situation, quelque chose de si comique , que Mergy eut besoin de se contraindre pour ne pas éclater de rire à cette étrange façon de prêcher.

-—Attendons encore un peu pour nous convertir,

ma Diane. Quand nous serons vieux l'un et l'autre

quand nous serons trop vieux pour faire l'amour. . .

- — Tu me désoles, méchant; pourquoi ce sourire diabolique sur tes lèvres? Crois-tu que j'aie envie de les baiser maintenant?

— Tu vois que je ne souris plus.

— Voyons, soyez tranquille. Dis-moi, querido Bemardo , as-tu lu le livre que je t'ai donné ?

— Oui , je l'ai achevé hier.

— Eh bien, comment l'as-tu trouvé? C'est là du raisonnement ! et les incrédules ont la bouche close.

— Ton livre , ma Diane , n'est qu'un tissu de mensonges et d'impertinences. C'est le plus sot qui soit jusqu'à ce jour sorti de dessous une presse papiste. Gageons que tu ne l'as pas lu, toi qui m'en parles avec tant d'assurance !

— Non , je ne l'ai pas encore lu , répondit-elle en rougissant un peu ; mais je suis sûre qu'il est plein de raison et de vérité. Je n'en veux pas d'autres preuves que l'acharnement des huguenots à le dépriser.

— Veux-tu, par passe-temps , que , l'Écriture à la main , je te montre. . . ?

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182 GUB0N1QU£ DE GUABLES IX.

— Oh ! garde-t'en bien, Bernard ! Merci de moi ! je ne lis pas les Ecritures, comme font les hérétiques. Je ne veux pas que tu affaibUsses ma croyance. D'ailleurs tu perdrais ton temps. Vous autres huguenots , vous êtes toujours armés d'une science qui désespère. Vous nous la jetez au nez dans la dispute , et les pauvres catholiques, qui n'ont pas lu comme vous Aristote et la Bible , ne savent comment vous répondre..

— Ah ! c'est que vous autres catholiques vous voulez croire à tout prix , sans vous mettre en peine d'examiner si cela est raisonnable ou non. Nous, du moins, nous étudions notre religion avant de la défendre , et surtout avant de vouloir la propager.

— Ah! que je voudrais avoir l'éloquence du révérend père Giron , cordelier !

— C'est un sot et un hâbleur. Mais il eut beau crier , il y a six ans , dans une conférence publique , notre ministre Houdart l'a mis à quia.

— Mensonges ! mensonges des hérétiques !

— Comment ! ne sais-tu pas que dans le cours de la discussion on vit de grosses gouttes de sueur tomber du front du bon père sur un Chrysostôme qu'il tenait à la mainî sur quoi un plaisant fit ces vers. . .

— Je ne veux pas les entendre. N'empoisonne pas mes oreilles de tes hérésies. Bernard , mon cher Bernard , je t'en conjure , n'écoute pas tous ces suppôts de Satan , qui te trompent et te mènent en enfer ! Je t*en supplie, s^uve ton âme, et reviens à notre Église ! Et comme , malgré ses instances , elle lisait sur les lèvres de son amant le sourire de l'incrédulité : Si tu m'aimes, s'écria-t-elle , renonce pour moi, par amour pour moi , à tes damnables opinions !

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