LES JEUNES C0UBTIS.4NS
Bah ! tu auras bien le temps de remettre tes lettres. Pour de l'argent, j'en ai; ainsi viens avec nous. Tu vas faire connaissance avec la vie de Paris.
Mergy se laissa entraîner. Son frère le présenta à tous ses amis l'un après l'autre : le baron de Vaudreuil , le chevalier de Rheincy. le vicomte de Béville , etc. Ils accablèrent de caresses le nouveau venu , qui lut obligé de leur donner l'accolade à tous l'un après l'autre. Béville l'embrassa le dernier.
— Oh ! oh ! s'écria-t-il , Dieu me damne I camarade, je sens odeur d'hérétique. Je gage ma chaîne d'or contre une pistole que vous êtes de la religion.
— Il est vrai , monsieur . et je ne suis pas si bon religieux que je devrais.
— Voyez si je ne distingue pas un huguenot entre mille ! Ventre de loup ! comme messieurs les parpaillots prennent un air sérieux quand ils parlent de leur religion.
— Il me semble qu'on ne devrait jamais parler en plaisantant d'un pareil sujet.
— M. de Mergy a raison , dit le baron de Vaudreuil ; et vous , Béville , il vous arrivera malheur pour vos mauvaises railleries des choses sacrées.
— Voyez un peu cette mine de saint , dit Béville à Mergy; c'est le plus fieffé libertin de nous tous , et pourtant il s'avise de temps en temps de nous prêcher.
— Laissez-moi pour ce que je suis . Béville , dit Vaudreuil. Si je suis libertin, c'est que je ne puis dompter la chair ; mais du moins je respecte ce qui est respectable.
— Pour moi, je respecte beaucoup... ma mère; c'est la seule honnête femme que j'aie connue. Au sur-
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plus . mon brave , catholiques , huguenots , papistes , yj'\k ou Turcs , ce m'est tout un ; je me soucie de leurs querelles comme d'un éperon cassé.
— Impie ! murmura Vaudreuil. Et il fit le signe de la cifiix sur sa bouche, en se cachant toutefois du mieux qu'il put avec son mouchoir.
— Il faut que tu saches , Bernard , dit le capitaine George , que tu ne trouveras guère parmi nous de dispiiteurs comme notre savant mdtre Théobald Wolfsteirùus. Nous faisons peu de cas des conversations théologiques , et nous employons mieux notre temps , Dieu merci.
— Peut-être , répondit Mergy avec un peu d'aigreur, peut-être aurait- il été préférable pour toi que tu eusses écouté attentivement les doctes dissertations du digne ministre que tu viens de nommer.
— Trêve sur ce sujet , petit frère ; plus tard je t'en reparlerai peut-être : je sais que tu as de moi une
opinion N'importe Nous ne sommes pas ici
pour parler de ces sortes de choses Je crois que
je SUÎ3 un honnête homme , et tu le verras sans doute
un jour Brisons là, il ne faut penser maintenant
quVi nous amuser.
Il passa sa main sur son front comme pour chasser une idée pénible.
— Cher frère ! . . . dit tout bas Mergy en lui serrant la iTjain. George répondit par un autre serrement de mmn ; et tous deux s'empressèrent de rejoindre leui's compagnons , qui les précédaient de quelques pas.
Vin passant devant le Louvre , d'où sortaient nombre de jiersonnes richement habillées , le capitaine et ses amis saluaient ou embrassaient presque tous les sei-
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gneurs qu'ils rencontraient. Ils présentaient en même temps le jeune Mergy , qui , de cette manière , fit connaissance en un instant avec une infinité de personnages célèbres à cette époque. En même temps il apprenait leurs sobriquets (car alors chaque homme marquant avait le sien ), ainsi que les histoires scandaleuses qui se débitaient sur leur compte.
— Voyez-vous , lui disait-on , ce conseiller si pâle et si jaune î c'est messire Petrus definibus , en français Pierre Séguier, qui , dans tout ce qu'il entreprend, se démène tant et si bien , qu'il arrive toujours à ses fins. Voici le petit capitaine Bràle-bancs , Thoré de Montmorency ; voici l'archevêque des bouteilles i, qui se tient assez droit sur sa mule, attendu qu'il n'a pas encore dîné. — Voici un des héros de votre parti , le brave comte de La Rochefoucauld, surnommé l'ennemi des choux. Dans la dernière guerre, il a fait cribler d'arquebusades un malheureux carré de choux que sa mauvaise vue lui faisait prendre pour des lansquenets.
En moins d'un quart d'heure Mergy sut le nom des amants de presque toutes les dames de la cour , et le nombre de duels auxquels leur beauté avait donné lieu. Il vit que la réputation d'une dame était en proportion des morts qu'elle avait causées ; ainsi . madame de Courtavel , dont l'amant en pied avait tué deux de ses rivaux , était en bien plus grand renom que la pauvre comtesse de Pomerande, qui n'avait donné lieu qu'à un petit duel et une blessure légère.
Une femme d'une riche taille , montée sur une mule
• L'archevêque de Guise.
blanche conduite par un écuyer , et suivie de deux laquais, attira l'attention de Mergy ; ses habits étaient à la mode la plus nouvelle , et tout roides à force de broderies. Autant que Ton en pouvait juger, elle devait être jolie. On sait qu'à cette époque les daines ne sortaient que le visage couvert d'un masque ; le sien était de velours noir : on voyait , ou plutôt on devinait , d'après ce qui paraissait par les ouvertures des yeux . qu'elle devait avoir la peau d'une blancheur éblouissante et les yeux d'un bleu foncé.
Elle ralentit le pas de sa mule en passant devant les jeunes gens ; et même elle sembla regarder avec quelque attention Mergy , dont la figure lui était inconnue. Sur son passage on voyait toutes les plumes des chapeaux balayer la terre , et elle inclinait la tête avec grâce pour rendre les nombreux saluts que lui adressait la haie d'admirateurs qu'elle traversait. Comme elle s'éloignait , un léger souffle de vent souleva le bas de sa longue robe de satin et laissa voir , comme un éclair , un petit soulier de velours blanc et quelques pouces d'un bas de soie rose.
— Quelle est cette dame que tout le monde salue? demanda Mergy avec curiosité.
— Déjà amoureux! s'écria Béville. Au reste, elle n'en fait jamais d'autres ; huguenots et papistes , tous sont amoureux de la comtesse Diane de Turgis.
— C'est une des beautés de la cour, ajouta George, une des plus dangereuses Circés pour nos jeunes galants. Mais , peste ! ce n'est pas une citadelle facile à prendre.
— Combien compte-t-elle de duels t demanda en riant Mergy.
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— Oh ! elle ne compte que par vingtaines, répondit le baron de Vaudreuil ; mais le bon , c'est qu'elle a voulu se battre elle-même : elle a envoyé un cartel dans les formes à une dame de la cour , qui avait pris le pas sur elle.
— Quel conte! s'écria Mergy.
— Ce ne serait pas la première , dit Greorge , qui se fut battue de notre temps : elle a envoyé un cartel bien en règle et en bon style à la Sainte-Foix , l'appelant au combat à mort , à Tépée et au poignard , et en chemise, comme ferait un duelliste raffine ^
— J'aurais bien voulu être le second d'une de ces dames pour les voir toutes les deux en chemise , dit le chevalier de Rheincy.
— Et le duel eut-il lieu? demanda Mergy.
— Non , répondit George ; on les raccommoda.
— Ce fut lui qui les raccommoda , dit Vaudreuil ; il était alors Tamant de la Sainte-Foix.
— Fi donc ! pas plus que toi , dit George d'un ton fort discret.
— La Turgis est comme Vaudreuil , dit Béville ; elle fait un salmigondis de la religion et des mœurs du temps ; elle veut se battre en duel, ce qui est, je crois, un péché mortel, et elle entend deux messes par jour.
— Laisse-moi donc tranquille avec ma messe! s'écria Vaudreuil.
— Oui , elle va à la messe , reprit Rheincy , mais c'est pour s'y faire voir sans masque.
— C'est pour cela, je crois, que tant de femmes vont à la messe , obser\'a Mergy, enchanté de trouver
< Celt€ épithëte désignait les duellistes de profession.
UTie occasion de railler la religion qu'il ne professait pas.
— Et au prêche , dit Béville. Quand le sermon est fini , on éteint les lumières , et alors il se passe de belles choses. Par la mort ! cela me donne furieuseluent envie de me faire luthérien.
— Et vous croyez à ces contes absurdes? reprit Mergy d*un ton de mépris.
— Si je les crois ! Le petit Ferrand, que nous connaissons tous , allait au prêche d'Orléans pour voir la femme d'un notaire , une femme superbe , ma foi ! il me faisait venir Teâu à la bouche rien qu'en m'en parlant. Il ne pouvait la voir que là ; 'heureusement qu*un de ses amis , huguenot , lui avait dit le mot de pEissc ; il entrait au prêche, et dans l'obscurité je vous laisse à penser si notre camarade employait son temps.
— Cela est impossible , dit sèchement Mergy.
— Impossible ! et pourquoi ?
— Parce que jamais im protestant n'aurait la bassesse d'amener un papiste dans un prêche.
Cette réponse fut suivie de grands éclats de rire.
— Ah ! ah ! dit le baron de Vaudreuil , vous croyez que parce qu un homme est huguenot , il ne peut être ni vokur, ni traître , ni commissionnaire de galanteries \
— Il tombe de la lune ! s'écria Rheincy.
— Moi , dit Béville , si j'avais à faire remettre un poulet à une huguenote, je m'adresserais à son mijLÎstre.
- C'est , sans doute , répondit Mergy, que vous
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êtes habitué à donner de semblables commissions à vos prêtres î
— Nos prêtres,... dit Vaudreuil rougissant de colère.
— Finissez ces ennuyeuses discussions , interrompit George remarquant »• l'offensante aigreur de chaque repartie ; »* laissons là les cafards de toutes les sectes. Je propose que le premier qui proiioncera le mot de huguenot , de papiste , de protestant , de catholique , soit mis à V amende.
— Approuvé ! s'écria Béville ; il sera tenu de nous régaler de bon vin de Cahors à l'hôtellerie oii nous allons dîner.
Il y eut un moment de silence.
— Depuis la mort de ce pauvre Lannoy , tué devant Orléans, laTurgis n a pas d'ainant connu, dit George, qui ne voulait pas laisser ses amis sur des idées théologiques.
— Qui oserait affirmer qu'une femme de Paris n'a pas d'amant ? s écria Béville ; ce qui est sûr, c'est que Comminges la serre de bien près.
— C'est pour cela que le petit Navarette a lâché prise , dit Vaudreuil ; il a craint un si terrible rival.
— Comminges fait donc le jaloux 1 demanda le capitaine.
— Il est jaloux comme un tigre , répondit Béville , et il prétend tuer tous ceux qui oseront aimer la belle comtesse ; de sorte que , pour ne pas rester sans amant, elle sera obligée de prendre Comminges.
— Quel est donc cet homme si redoutable? demanda Mergy , qui éprouvait une vive curiosité , sans pouvoir
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s'en rendre compte, pour toat ce qui r^ardait de près oa de loin la comtesse de Targis .
— C'est , loi répondit Rheincy, on de nos plus fameux raffinés ; et comme vous venez de la province , je veux bien vous expliquer le beau langage. Un raffiné est un galant homme dans la perfection , un homme qui se bat quand le manteau d'un autre touche le sien, quand on crache à quatre {àeds de lui , et pour tout autre motif aussi légitime.
— Comminges , dit Vaudreuil , mena un jour un homme au Pré-aux-Clers * ; ils ôtent leurs pourpoints et tirent Tépée. — N'es-tu pas Bemy d'Auvergne? demanda Coomiinges. — Pointdu tout, répond Vautre ; je m'appelle Villequier, et je suis de Normandie. — Tant pis , repartit Comminges , je t'ai pris pour un autre ; mais, puisque je t'ai appelé, il faut nous battre. Et il le tua bravement.
Chacun cita quelque trait de l'adresse ou de Thuineur querelleuse de Comminges. La matière était riche , et cette conversation les mena jusque hors de la ville, à l'auberge du More, située au milieu d'un jardin , près du heu où Ton bâtissait le château des Tuileries , commencé en 1564. Plusieurs gentilshommes de la connaissance de Greorge et de ses amis s*y rencontrèrent, et Ton se mit à table en nombreuse compagnie.
Mergy , qui était assis à côté du baron de Vau^ dreuil , observa qu*en se mettant à table il faisait le
' Lieu classique alors pour les duels. Le Préaux-Clercs s'éten^ dall en face du Louvre, sur le terrain compris entre la rue des PclIts-AugusUns et la rue du Bac.
LES JEUNES COUBTISANS. 65
signe de la croix , et récitait à voix basse et les yeux fermés cette singulière prière ;
Laos Deo» pax vivis, salutem defunctis, et beala tnscera virgmis Mariœ quce portaverunt œtei^ni Patris Filium !
— Savez-vous le latin , monsieur le baron ! lui demanda Mergy ,
— Vous avez entendu ma prière ?
— Oui , mais je vous avoue que je ne Tai pas comprise.
— A vous dire le vrai , je ne sais pas le latin et je ne sais pas trop ce que cette prière veut dire ; mais je la tiens d'une de mes tantes qui s'en est toujours bien trouvée , et , depuis que je m'en sers , je n'en ai vu que de bons effets.
— J'imagine que c'est un latin catholique , et par conséquent nous autres huguenots nous ne pouvons le comprendre.
— A l'amende ! à l'amende ! s'écrièrent à la fois Béville et le capitaine George. Mergy s'exécuta de bonne grâce , et l'on couvrit la table de nouvelles bouteilles qui ne tardèrent pas à mettre la compagnie en belle humeur.
La conversation devint bientôt plus bruyante , et Mergy profita du tumulte pour causer avec son fi*re sans faire attention à ce qui se passait autour d'eux.
Ils furent tirés de leur a parte à la fin du second service par le bruit d'une violente dispute qui venait de s'élever entre deux des convives.
— Cela est faux ! s'écriait le chevalier de Rheincy .
— Faux ! dit Vaudreuil. Et sa figure , naturelletpent pâle , devint comme celle d'un cadavre.
jU chbonique de chaules îx.
— C*est la plus vertueuse , la plus chaste des femiTiL'i , continua le chevalier.
Vaudreuil sourit amèrement et leva les épaules. Tuiia les 3^eux étaient fixés sur les acteurs de cette scène , et chacun paraissait vouloir attendre dans une neutralité silencieuse le résultat de la querelle.
— De quoi s'agit-il , messieurs , et pourquoi ce Inpnge? demanda le capitaine , toujours prêt à s'opposer à toute infraction à la paix.
— C'est notre ami le chevalier, répondit tranquillc*incnt Béville , qui veut que la Sillery , sa maîtresse, suit chaste , tandis que notre ami de Vaudreuil prélentl qu'elle ne l'est pas, et qu'il en sait quelque choÈC.
t'n éclat de rire général qui s'éleva aussitôt augïiionta la fureur de Rheincy, qui regardait avec des yeux enflammés de rage et Vaudreuil et Béville.
^ Je pourrais montrer de ses lettres , dit Vaudreuil.
— Je t'en défie I s'écria le chevalier.
— Eh bien ! dit Vaudreuil avec un ricanement très -méchant , je vais lire une de ses lettres à ces messieurs. Ils connaissent peut-être son écriture aussi Invn que moi , car je n'ai pas la prétention d'être seul honoré de ses billets et de ses bonnes grâces. Voici un billet que j'ai reçu d'elle aujourd'hui même. Et il parut fouiller dans sa poche comme pour en tirer une lettre.
— Tu mens par ta gorge !
La table était trop large pour que la main du baron pût toucher son ad\^ersaire, assis en face de lui. — Je te ferai avaler le démenti jusqu'à ce qu'il t'c-
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touffe! s'écria-t-il. Et il acxîompagna cette phrase duiie bouteille qu'il lui jeta à la tête. Rheincy évita le coup , et , renversant sa chaise dans sa précipitation , il courut à la muraille pour décrocher son épée qu'il y avait suspendue.
Tous se levèrent , quelques-uns pour s'entremettre dans la querelle , la plupart pour éviter d'en être trop près.
— Arrêtez, fous que vous êtes ! s'écria George en se mettant devant le baron , qui se trouvait le plus près de lui. Deux amis doivent ils se battre pour une misérable femmelette?
— Une bouteille jetée à la tête vaut un soufflet , dit froidement Bé ville. Allons , chevalier , mon ami , flamberge au vent !
— Franc jeu ! franc jeu ! faites place ! s'écrièrent presque tous les convives.
— Holà ! Jeannot , ferme la porte , dit nonchalamment l'hôte du More , habitué à voir des scènes semblables ; si les archers passaient , cela pourrait interrompre ces gentilshommes et nuire à ma maison.
— Vous battrez-vous dans une salle à manger comme des lansquenets ivres? poursuivit George, qui voulait gagner du temps ; attendez au moins à demain.
— A demain soit , dit Rheincy. Et il fit le mouvement de remettre son épée dans le fourreau.
— Il a peur, notre petit chevalier, dit Vaudreuil.
Aussitôt Rheincy , écartant tous ceux qui se trouvaient sur son passage, s'élança sur son ennemi. Tous deux s'attaquèrent avec fureur. Mais Vaudrfeuil
avait eu le temps de rouler avec soin une serviette autour de son bras gauche, et il s'en servait avec adresse pour parer les coups de taille ; tandis que Rbeincy , qui avait négligé une semblable précaution, reçut une blessure à la main gauche dès les premières passes. Cependant il ne laissait pas de combattre avec courage , appelant son laquais et lui demandant soiî poignard. Béville arrêta le laquais , prétendant que , Vaudreuil n'ayant pas de poignard, son adversaire ne devait pas en avoir non plus. Quelques amis du chevalier réclamèrent ; des paroles fort aigres furent échangées ; et sans doute le duel se fat changé en une escarmouche , si Vaudreuil n*y eût mis fin en renversant son adversaire frappé d*un coup dangereux à la poitrine. Il mit promptement le pied sur l'épée de Rheincy pour l'empêcher de la ramasser , et leva la sienne pour lui donner le coup de grâce. Les lois du duel permettaient cette atrocité.
— Un ennemi désarmé! s'écria George. Et il lui arracha son épée.
La blessure du chevalier n'était pas mortelle , mais il perdait beaucoup de sang. On le pansa du mieux qu'on put avec des serviettes , pendant qu'avec un rire forcé il disait entre ses dents que l'affaire n'était pas finie.
Bientôt parurent un moine et un chirurgien qui se disputèrent quelque temps le blessé. Le chirurgien cependant eut la préférence , et , ayant fait transporter son patient au bord de la Seine , il le conduisit dans un bateau jusqu'à son logement.
Tandis que des valets emportaient les serviettes ensanglantées et lavaient le pavé rougi , d'autres met-
laient de nouvelles bouteilles sur la table. Pour Vaudreuil , après avoir soigneusement essuyé son épée, il la remit au fourreau , fit le signe de la croix , puis , avec un imperturbable sang-froid , il tira de sa poche une lettre ; et d'abord , ayant réclamé le silence , il lut la première ligne, qui excita de grands éclats de rire.
" Mon chéri, cet ennuyeux chevalier quirnob^ sède. . . »
— Sortons d'ici , dit Mergy à son frère avec une expression de dégoût.
Le capitaine le suivit. La lettre occupait Tattention générale , et leur absence ne lut pas remarquée.