‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 94 sur 103 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Basile a pardonné à son infidèle cponse ; il a pris le livre que tout chrûlien devrait jeter au feu avec horreur.

La nuit est venue ] nn grand vent s'est élevé , et la rivière jaune a débordé ; le cadavre de Cara-AH fut jeté sur le rivage ►

Basile a ouvert le livre impie à la soixante-sixième ^ page ; soudain la terre a trembla? et s'est ouverte avec un bruit affreux.

472 CABA-AU, tB YAUPIBE.

xxn.

Un spectre sanglant à percé la terre ; c'était Cwa- Ali. « Basile , tu es à moi maintenant que tu bb re- »» nonce à ton Dieu, n

U saisit le malheureux , le mord à la veine du eou , et ne le quitte qu'après avoir tari ses veines.

Cçlui qui a fait qette histoire est NieoJaa Coasiewitch , qui Favait apprise di^ la graud'mère de Jwiéli.

* Probablement la Zarmagna , qni est très-jaune en automne.

* Cet ornement se trouve fréquemment aux fusils des Illyriens et des Turcs.

^ Presque tous les musulmans portent un Alcoran dans une petite giberne en cuir rouge.

* Le nombre soixante-six passe pour être très-puissant dans les coi\iurations.

LES POBRATIMI

Jean Lubovich était né à Traù , et il vint une fois à la montagne de Yorgoraz , et il fut reçu dans la maiâon de Gjnrille Zborr, qui le régala pendant huit jours.

Et Cyrille Zborr vint à Traù , et il logea dans la maison Je Jean Lubovich , et pendant huit jours ils burent du vin et de Teau-de-viç dans la même coupe.

Quand Cyrille Zborr voulut s'en retourner dans son pays , Jean Luboviob le retint par ta man(^ et lui dit : » AUkms devant un prêtre et soyons pobraiimi. »

Et ils allèrent deve^t un prêtre , qui lut les saintes prières. Ils communièrent ensemble, et jurèrent d*être frères jusqu'à la mort de Tun ou de l'autre.

Un jour Jean était assis , les jambes croisées ' , devant sa maison à fomer sa pipe , quand \m jeune homme , les pieds tout poudreux , parut devant lui et le salua.

474 LES POSBATIMI.

« Jean LuVovich , ton frère Cyrille Zborr m'envoie. » Il y a près de la montagne un chien qui lui veut du H mal , et il te prie de Taider à vaincre ce mécréant. «

Jean Lubovich a pris son fusil dans sa maison ; il a misim quartier d'agneau dans son sac, et , ayant poussé sa porte ' , il s'en vint dans la montagne de Vorgoraz.

Et les balles que lançaient les pobratimi allaient toujours frapper le cœur des ennemis ; et nul homme , si fort , si leste qu'il fat , n'eût osé leur tenir tête.

Aussi , ils ont pris des chèvres et des chevreaux , des armes précieuses , de riches étoffes et de l'argent monnayé, et ils ont pris aussi une belle femme turque.

Des chèvres et des chevreaux , des armes et des étoffes , Jean Lubovich a pris une moitié , et Cyrille Zborr l'autre moitié; mais la femme , ils ne pouvaient la diviser.

Et tous deux voulaient l'emmener dans leur pays , et ils aimaient tous deux cette femme : de sorte qu'ils se querellèrent pour la première fois de leur vie.

LES POBBATIMI. 475

Mais Jean Lubovich dit : « Nous avons bu de l'eauf de- vie et nous ne savons ce que nous faisons : demain *> matin nous parierons de cette affaire avec tranquil-

" lité •• Alors ils se sont couchés sur la même

natte , et ils ont dormi jusqu'au matin.

Cyrille Zborr fut le premier qui s'éveilla, et il poussa Jean Lubovich pour qu'il se levât. - Mainte- *• nant que tu es sobre , veux-tu me donner cette - femme! » Mais Jean Lubovich n'a pas répondu , et il s*est assis , et des larmes coulaient de ses yeux noirs.

Alors Cyrille s'est assis de son côté , et il regardait tantôt Tesclave turque et tantôt son ami , et il regardait quelquefois le hanzar qui était à sa ceinture.

Or les jeunes gens qui étaient venus à la guerre avec eux se disaient : « Qu*arrivera-t-ilî deuxpobran timi rompront-ils l'amitié qu'ils se sont jurée à l'én glise? »

Quand ils furent restés assis pendant longtemps , ils se levèrent à la fois , et Jean Lubovich a pris la main droite de l'esclave , et Cyrille Zborr sa main gauche.

Et des larmes coulaient de leurs yeux, grosses comme des gouttes de pluie d'orage. Soudain ils ont

476 LES POBUATIMI.

tiré leurs hanzars , et en même temps ils les ont plongés dans le sein de Tesclave.

xvra.

» Périsse l'infidèle plutôt que notfe amitié! » Alors ils se sont serré la main , et jamais ik ne cessèrent de s'aimer.

Cette belle chanson a été fiiite par Etienne Chipila , le jeune joueur de guzla.

NOTSU.

' On a Yu dans les w>U4 d^ la Flamme de, /Vtru^tM VexplicaUon de ce mot.

'C'est la manière la pins. générale de s'asseoir.

> Ce peu de mots exprime assez bien les préparatife de guerre d'un Morlaque.

HADAGNY».

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