‹ Chronique du règne de Charles IXChapitre 96 sur 103 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Je gardais mes chèvres appuyé sur mon long fiisil '. Mon chien était couché à l'ombre , et les cigales chantaient gaîment sous chaque brin d'herbe ; car la chaleur était grande;

Du défilé je vis sortir un beau jeune homme. Ses vêtements étaient déchirés , mais on voyait encore

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briller les broderies sous ses haillons. Il portait un long fusil garni d'argent, et à sa ceinture un yatagan.

Quand il fut près de moi , il me salua et me dit : " Frère, ce pays n*est-il pas celui d*Ostrowiczî » Alors je ne pus retenir mes larmes, et je poussai un profond soupir. « Oui, lui répondis-je. »

Alors il dit : <« Ostrowicz était riche autrefois , ses »* troupeaux couvraient la montagne , ses guerriers n faisaient briller quatre cents fu^ls au soleil. Mais »» aujourd'hui je ne vois que toi et quelques chèvres » galeuses. »

Alors je dis : « Ostrowicz était puissant ; mais une f grande honte est tombée sur lui et lui a porté mal- " heur. Serrai Ta vaincu à la guerre depuis que le » jeune Hadagny a tué la belle Hélène. ^

— - Raconte-moi, frère, comment cela est arrivé. « — •• Serrai est venu comme un torrent ; il a tué nos »» guerriers, dévasté nos moissons et vendu nos en- ** fants aux infidèles. Notre gloire est passée I *•

— •• Et le vieux Bietko , ne peux-tu me dire quel » fut son sort! » — ♦• Quand il a vu la ruine de sa ** tribu , il est monté sur cette roche , et il appelait " son fils Hadagny, parti pour des pays lointains.

HADAGNY. 481

» Un bey de Serrai , puissent tous les saints le maun dire ! lui tira un coup de fusil , et de son yatagan il '» lui coupa la gorge ; puis il le poussa du pied , et il » le fit rouler dans le précipice. »»

Alors rétranger tomba la face contre terre ; et, tel qu'un chamois blessé , il roula dans le précipice où son père était tombé; car c'était Hadagny, le fils de Bieiko , qui avait causé nos malheurs.

NOTES

* Cette chahsôfi eât, dlt-ôti, populaire dans le Monténègre; e'Mt à Ncrte»tû que je l^aî étendue piwt la première foi».

' Dans le Monténègre les femmes servent toujours d'espions. Elles sont cependant respectées par ceux dont elles viennent observer les forces et qni ont connaissance de leur mission. Faire la moindre insulte à une femme d'une tribu ennemie serait se déshonorer à jamais.

' En illyrique, opanke : c'est une semelle de cuir cru attachée à la jambe par des bandelettes ; le pied est recouvert d'une espèce de tricot bigarré. C'est la chaussure des femmes et des filles. Quelque riches qu'elles soient, elles portent les opanke jusqu'à leur mariage $ alors, si elles veulent, elles peuvent prendre les pachmacks on chaussons en maroquin des femmes turques.

^ Les bonnets sont garnis de médaillés et de galons btillântà.

« Lq fwm d'heiduqirè est pvesqtré imé injttfe pour ïés liabltanits dis villages riches<.

^ On croit que cette seconde partie n'est pas du même auteur qu6 la pretnièrô.

' Les hommes ne sortent jamais sans être armés.

LES MONTENEGRINS ..

Napoléon a dit : ** Quels sont ces hommes qui osent »• me résister! Je veux qu'ils viennent jeter à mes pieds w leurs fusils et leurs yatagans ornés de nielles'. • Soudain il a envoyé à la montagne vingt mille soldats.

D y a des dragons , des fantassins , des canons et des mortiers. « Venez à la montagne , vous y verrez •• cinq cents braves Monténégrins. Pour leurs canons, H il y a des précipices ; pour leurs dragons , des n rochers , et pour leurs fantassins , cinq cents bons H fusils.

Ds sont partis : leurs armes luisaient au soleil : ils sont montés en ordre poiu* brûler nos villages ; ils sont montés pour emmener dans leur pays nos fenmies et nos enfants *• Quand ils sont arrivés au rocher gris , ils ont levé les yeux , et ils ont vu nos bonnets rouges.

Alors a dit leur capitaine : «< Que chaque homme ajuste son fusil , que chaque homme tue un Monté-

LES MOMTÉMÉGBINS. 483

n négrin. »» Aussitôt ils ont tiré , et ils ont abattu nos bonnets rouges qui étaient plantés sur des piquets «. Mais nous, qui étions aplat ventre derrière eux , nous leur envoyâmes une vive fusillade.

»» Ecoutez l'écho de nos fusils , »» a dit le capitaine. Mais , avant qu'il se fut retourné , il est tombé mort et vingt-cinq hommes avec lui. Les autres ont pris la fuite, et jamais de leur vie ils n'osèrent regarder un bonnet rouge.

Celui qui a fait cette chanson était avec ses frères au rocher gris ; il se nomme Guntzar Wossieratch.

NOTBS.

1 11 n'est pas de petit peuple qui ne s'imagine que les regards de l'univers sont fixés sur lui. Du reste , je crois que Napoléon ne s'est jamais beaucoup occupé des Monténégrins.

* Ce sont des ornements ciselés sur la poignée des armes précieuses, surtout sur les yatagans. On remplit les creux d'une composition d'un beau noir bleuâtre , et dont le secret est , diton , perdu dans le Levant.

> Ici manque une stance.

^ L'habitude de faire la guerre avec les Turcs faisait penser aux Monténégrins que tontes les nations exerçaient les mêmes atrocités dans leurs expéditions militaires.

* Cette ruse fut fréquemment employée avec succès.

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