‹ Chronique du temps de charles 9. 1572Chapitre 24 sur 41 · K. HENRY IV · texte numérisé non relu

K. HENRY IV

Tbou dost belie htm, Percy, thou dost belie him.

Sll A KSPEARE , K. Heur/ IV.

George était allé chez l'amiral le matin même , pour lui parler de la position de son frère. En deux mots il lui avait conté l'aventure.

L'amiral, en l'écoutant , écrasait entre ses dents le cure-dent qu'il avait à la bouche; c'était chez lui un signe d'impatience.

-— Je connais déjà cette affaire, dit-il, et je m'étonne,que vous m'en parliez , car elle est assez publique.

— Si je vous en importune , monsieur l'amiral , c'est que je sais l'intérêt que vous daignez prendre à

notre famille ; et j'ose espérer que vous voudrez bien solliciter le roi en faveur de mon frère. Votre crédit auprès de Sa Majesté....

— Mon crédit, si j'en ai, interrompit vivement l'amiral, mon crédit tient à ce que je n'adresse jamais que des demandes justes à Sa Majesté. En prononçant ce mot, il se découvrit avec respect.

— La circonstance qui oblige mon frère à recourir à votre bonté n'est malheureusement que trop commune aujourd'hui. Le roi a signé l'année dernière plus de quinze cents lettres de grâce ; et l'adversaire de Bernard lui-même a souvent joui de leur immunité.

— Votre frère a été l'agresseur. Peut-être, et je voudrais que cela fût vrai, n'a-t-il fait que suivre de détestables conseils.

Il regardait fixement le capitaine en parlant ainsi.

— J'ai fait quelques efforts pour empêcher les suites funestes de la querelle , mais vous savez que M. de Comminges n'était pas d'une humeur à jamais accorder d'autre satisfaction que celle qui se donne à la pointe de l'épée. L'honneur d'un gentilhomme, et l'opinion des dames ont....

— Voilà donc le langage que vous tenez à ce jeune homme ; sans doute vous aspirez à en faire un raffiné? Oh! que son père gémirait s'il apprenait quel mépris son fils a pour ses conseils! — Bon Dieu! voilà à peine deux ans que les guerres civiles sont éteintes, et ils ont déjà oublié les flots de sang qu'ils Y ont versés. Ils ne sont point encore contens ; il

faut que chaque jour des Français égorgent des Français!

al

— Si j'avais su , monsieur , que ma demande vous fût aussi désagréable...

' Écoulez, M. de Mergy , je pourrais faire violence à mes sentimens, comme chrétien, et excuser la provocation de votre frère; mais sa conduite dans le duel qui Pa suivie, selon le bruit public , n'a pas été.....

— Que voulez-vous dire, M. l'amiral? '

y — Que le combat n'a pas eu lieu d'une manière loyale, et comme il est d'usage parmi les gentilshommes français.

— Et qui a osé répandre une aussi impudente calomnie? s'écria George, les yeux étincelans de fureur.

— Calmez -vous. Vous n'aurez point de cartel à envoyer, car on ne se bat pas encore avec les femmes La mère de Comminges a donné au roi des

détails qui ne sont point à l'honneur de votre frère. Voilà ce qui explique comment un si redoutable champion a succombé si facilement sous les coups d'un enfant à peine sorti de page.

— La douleur d'une mère est si grande et si juste! Faut-il s'étonner qu'elle ne puisse voir la vérité, quand ses yeux sont encore baignés de larmes? Je me flatté, M. l'amiral, que vous ne jugerez pas mon frère sur le récit de madame de Comminges.

Coligny parut ébranlé, et sa voix perdit un peu de son amère ironie.

— Vous ne pouvez nier, cependant, que Béville, le second de Comminges, ne fût votre ami intime? • - . ,

— Je le connais depuis long-temps, et même je lui ai des obligations; mais Comminges était aussi familier avec lui; d'ailleurs c'est Comminges qui Ta choisi pour son second. Enfin , la bravoure et l'honneur de Béville le mettent à l'abri de tout soupçon de déloyauté.

L'amiral contracta sa bouche d'un air de mépris profond.

— L'honneur de Béville ! répéta-t-il en haussant les épaules, un athée, un homme perdu de débauche!

— Oui , Béville est un homme d'honneur, s'écria le capitaine avec force; mais pourquoi tant de discours? moi aussi n'étais-je pas présent à ce duel ? Est-ce à vous, M. l'amiral, à mettre en question notre honneur, et à nous accuser d'assassinat?

Il y » avait dans son ton quelque chose de menaçant. Coligny ne comprit pas , ou méprisa l'allusion au meurtre du duc François de Guise , que la haine des catholiques lui avait attribué. Ses traits reprirent même une calme immobilité.

— M. de Mergy, dit-il d'un ton froid et dédaigneux , un homme qui a renié sa religion n'a plus le droit de parler de son honneur , car personne n'y croirait*

La figure du capitaine devint d'un rouge pourpre, et un instant après d'une pâleur mortelle. Il recula

deux pas, comme pour ne pas succomber à la tentation de frapper un vieillard.

— Monsieur! s'éeria-t-il , votre âge et votre rang vous permettent d'insulter impunément un pauvre gentilhomme dans ce qu'il a de plus précieux. Mais je vous en supplie , ordonnez à l'un de vos gentilshommes, ou à plusieurs, de soutenir les paroles que vous avez prononcées. Je jure Dieu que je les leur ferai avaler jusqu'à ce qu'elles les étouffent. .

— C'est, sans doute, une pratique de messieurs les raffinés. Je ne suis point leurs usages, et je chasse mes gentilshommes, s'ils les imitent.

En parlant ainsi, il lui tourna le dos. Le capitaine, la rage dans l'ame , sortit de l'hôtel de Châtillon , sauta sur son cheval , et comme pour soulager sa fureur , il fit galoper à outrance le pauvre animal, en lui labourant les flancs à coups d'éperons. Dans sa course impétueuse il manqua d'écraser nombre de paisibles passans ; et il est fort heureux qu'il ne se trouvât pas un seul raffiné sur son passage, car de l'humeur qui le possédait, il est certain qu'il aurait saisi aux cheveux une occasion de mettre flamberge au vent.

Parvenu jusqu'à Vincennes, l'agitation de son sang commençait à se calmer. Il tourna bride, et ramena vers Paris son cheval sanglant et trempé de sueur. — Pauvre ami , disait-il avec un sourire amer, c'est toi que je punis de l'insulte qu'il m'a faite. Et en flattant le cou de sa victime innocente , il revint au pas jusque chez son frère. Il lui dit simplement

que l'amiral avait refusé de s'entremettre pour lui , supprimant les détails de leur conversation.

Mais quelques momens après entra Béville, qui d'abord sauta au cou de Mergy, en lui disant: — Je vous félicite, mon cher; voici votre grâce, et c'est à la sollicitation de la reine que vous Pavez obtenue.

Mergy montra moins de surprise que son frère. Dans son ame il attribuait cette faveur à la dame voilée, c'est-à-dire à la comtesse de Turgis.

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