‹ Chronique du temps de charles 9. 1572Chapitre 37 sur 41 · LANOUE · texte numérisé non relu

LANOUE

PCHXSTS.

Cap de you! cet homme ne se mouche pas du talon.

D'Aubignb , Le baron de Fœneste.

Les assiégés venaient de faire une sortie assez heureuse, contre les ouvrages avancés de l'armée catholique. Ils avaient comblé plusieurs toises de tranchées , culbuté des gabions , et tué une centaine de soldats. Le détachement qui avait remporté cet avantage rentrait dans la ville par la porte de Tadon. D'abord marchait le capitaine Dietrich, avec une compagnie d'arquebusiers , tous le visage échauffé, haie tans et demandant à boire, marque certaine qu'ils ne s'étaient pas épargnés. Venait

LÀNOEE.

ensuite une grosse troupe de bourgeois, parmi lesquels on remarquait plusieurs femmes qui paraissaient avoir pris part au combat. Suivait une quarantaine de prisonniers, la plupart couverts de blessures, et placés entre deux files de soldats, qui avaient beaucoup de peine à les défendre de la fureur du peuple rassemblé sur leur passage. Environ vingt cavaliers formaient l'arrière-garde. Lanoue, à qui Mergy servait d'aide-de-camp, marchait le dernier. Sa cuirasse avait été faussée par une balle, et son cheval était blessé en deux endroits. De sa main gauche, il tenait encore un pistolet déchargé, et au moyen d'un crochet qui sortait au lieu de main de son brassard droit, il gouvernait la bride de son cheval.

— Laissez passer les prisonniers, mes amis, s'écriait-il à tous momens. Soyez humains, bons Rochellois : ils sont blessés, ils ne peuvent plus se défendre, ils ne sont plus ennemis.

Mais la canaille lui répondait par des vociférations sauvages : Au gibet les papistes! à la potence! et vive Lanoue!

Mergy et les cavaliers, en distribuant à propos quelques coups du bois de leurs lances, ajoutèrent à l'effet des recommandations généreuses de leur général. Les prisonniers furent enfin conduits dans la prison de ville , et placés sous bonne garde dans un endroit où ils n'avaient rien à craindre des fureurs de la populace. Le détachement se dispersa dans la ville, et Lanoue, accompagné de quelques gentils-

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hommes seulement, mit pied à terre devant l'hôtel de-ville, au moment où le maire en sortait, suivi de plusieurs bourgeois, et d'un ministre âgé , nommé Laplace.

— Eh bien, brave Lanoue! dit le maire en lui tendant la main , vous venez de montrer à ces massacreurs que tous les braves ne sont pas morts avec M. l'amiral.

— Mais, l'affaire a tourné assez heureusement, monsieur, répondit Lanoue avec modestie. Nous n'avons eu que cinq morts, et peu de blessés.

— Puisque vous conduisiez la sortie, M. de Lanoue , reprit le maire, d'avance nous étions sûrs du succès.

— Eh ! que ferait Lanoue , sans le secours de Dieu? s'écria aigrement le vieux ministre. C'est le Dieu fort qui a combattu pour nous aujourd'hui; car il a écouté nos prières.

— C'est Dieu qui donne et qui ôte la victoire à son gré , dit Lanoue d'une voix calme , et ce n'est que lui qu'il faut remercier des succès de la guerre. Puis, se tournant vers le maire : Eh bien ! monsieur, le conseil a-t-il délibéré sur les nouvelles propositions de Sa Majesté?

— Oui , répondit le maire ; nous venons de renvoyer le trompette à Monsieur , en le priant de s'épargner la peine de nous adresser de nouvelles sommations. Dorénavant ce n'est qu'à coups d'arquebuse que nous y répondrons.

— Vous auriez dû faire pendre le trompette , 6b-

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serva le ministre ; car n'est-il pas écrit : Quelques médians garnemens sont sortis du milieu de toi, qui ont voulu séduire les habitons de leur ville... Mais tu ne manqueras point de les faire mourir ta main sera la première sur eux, et ensuite la main de tout le peuple! Lanoue soupira, et leva les yeux au ciel, sans répondre.

— Quoi! nous rendre! poursuivit le maire, nous rendre, quand nos murailles sont encore debout , lorsque l'ennemi n'ose même les attaquer de près, tandis que tous les jours nous allons l'insulter dans ses tranchées! Croyez-moi, M. de Lanoue, s'il n'y avait pas de soldats à La Rochelle, les femmes seules suffiraient pour repousser les écorcheurs de Paris.

, — Monsieur, quand on est le plus fort, il faut . parler avec ménagement de son ennemi , et quand on est le plus faible....

— Eh ! qui vous dit que nous sommes les plus faibles? interrompit Laplace. Dieu ne combat-il pas pour nous? Et Gédéon , avec trois cents Israélites , n'était-il pas plus fort que toute l'armée des Madianites ? ^

— Vous savez mieux que personne , M. le maire , combien les approvisionnemens sont insufHsans. La poudre est rare , et j'ai été contraint de défendre aux arquebusiers de tirer de loin.

— Montgomery nous en enverra de l'Angleterre, dit le maire.

— Le feu du ciel tombera sur les papistes, dit le ministre.

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— Le pain enchérit tons les jours, M. le maire.

— Un jour ou l'autre, nous verrons paraître la flotte anglaise, et alors . l'abondance renaîtra dans la ville.

— Dieu fera tomber la manne , s'il le faut , s'écria impétueusement Laplace.

— Quant au secours dont vous parlez, reprit Lanoue, il suffit d'un vent de sud de quelques jours , pour qu'il ne puisse entrer dans notre port. D'ailleurs il peut être pris.

— Le vent soufflera du nord ! Je te le prédis, homme de peu de foi, dit le ministre. Tu as perdu le bras droit , et ton courage en même temps.

Lanoue paraissait décidé à ne pas lui répondre. Il poursuivit, s'adressant toujours au maire delà ville.

— Quand nous perdons un homme, c'est pour nous plus que si l'ennemi en avait perdu dix. Je crains que si les catholiques pressent le siège aveo vigueur, nous ne soyons contraints d'accepter des conditions plus dures que celles que vous rejetez maintenant avec mépris. Si, comme je l'espère, le roi veut bien se contenter de voir son autorité reconnue dans cette ville, sans exiger d'elle des sacrifices qu'elle ne peut faire, je crois qu'il est de notre devoir de lui ouvrir nos portes, car il est notre maître , après tout.

— Nous n'avons d'autre maître que Christ ! et il n'y a qu'un impie qui puisse appeler son maître le féroce Achab Charles , qui boit le sang des pro-

phètes ! et la fureur du ministre redoublait en voyant l'imperturbable sang-froid de Lanoue.

— Pour moi, dit le maire, je me souviens bien que la dernière fois que M. l'amiral passa par notre ville, il nous dit : Le roi m'a donné sa parole que ses sujets protest ans et ses sujets catholiques seraient traités de même. Six mois après, le roi, qui lui avait donné sa parole, l'a fait assassiner. Si nous ouvrons nos portes, la Saint-Barthéleray se fera chez nous comme à Paris.

— Le roi a été trompé par les Guises. Il s'en repent, et voudrait racheter le sang versé. Si par votre entêtement à ne pas traiter vous irritez les catholiques, toutes les forces du royaume vous tomberont sur les bras , et alors sera détruit le seul refuge de la religion réformée. La paix! la paix! croyez-moi , M. le maire.

— Lâche! s'écria le ministre, tu désires la paix, parce que tu crains pour ta vie.

— Oh ! M. Laplace , dit le maire.

— Bref, poursuivit froidement Lanoue , mon dernier mot est , que si le roi consent à ne pas mettre garnison à La Rochelle, et à nous laisser nos prêches libres, il faut lui porter nos clefs, et l'assurer de notre soumission.

— Tu es un traître! cria Laplace, et tu es gagné par les tyrans.

— Bon Dieu! que dites-vous-là , M. Laplace? répéta, le maire.

Lanoue sourit légèrement, et d'un air de mépris.

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